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"La loi Justice et Paix est insatisfaisante, mais c'est la loi"

11/07/2005 - El Pais

Dans "El Pais", une interview de Mgr Castro par Arcadio González Ardila :

Pour le nouveau président de la Conférence Épiscopale, Luis Augusto Castro, "la loi qui sert de cadre juridique pour le processus avec les paramilitaires est insatisfaisante, mais c'est la loi. Quant aux Farc, c'est un groupe puissant et bien armé qui ne cherche que le pouvoir, pas la paix - sauf comme une suite de leur prise de pouvoir".

Il a une longue expérience de contacts avec la guérilla. C'est grâce à son intervention qu'en 1997 les 60 soldats kidnappés dans la Base Militaire de Las Deicias ont été libérés. Il y a sept ans et demi qu'il a été nommé Archevêque de Tunja, et depuis cinq années il a servi de médiateur entre le Gouvernement et les groupes subversifs.

En parlant de paix, pourquoi dit-on que l'échange humanitaire a été mis au frigo ?

Il faut faire pression sur les Farc. Je crois que le moment est venu de sortir le sujet du réfrigérateur parce qu'il était complètement oublié. Nous parlons de gens qui pourrissent dans la forêt et de parents désespérés. Il faut insister.

L'échange n'est-il pas empêché par des divisions internes chez les Farc ?

Dans les Farc il y a des courants belliqueux et des courants pacifistes, et il y a des idéologues. Nous espérons qu'il y aura une révolution interne qui permettra aux pacifistes de faire prévaloir leur façon de penser pour faciliter le rapprochement. Mais les Farc sont un groupe tellement puissant, tellement plein de ressources, tellement armé, qui rêve de pouvoir; le sujet de la paix ne les intéresse pas - sauf comme une suite de leur prise de pouvoir.

Pour faciliter l'échange humanitaire, devrait-on baisser l'intensité du Plan Patriota ?

Je ne crois pas que le Plan Patriota baissera d'intensité. Plutôt qu'une zone dans la région où se déroule le Plan Patriota, la guérilla a demandé maintenant deux communes dans la Vallée (Pradera et Florida). C'est une proposition qui me parait possible comme zone de sécurité ou zone de confiance pour quelques jours. Nous ne parlons pas de zone de distention (ndlr : comme celle accordée aux Farc par le président Pastrana), mais le Gouvernement a refusé cette option.

Pourquoi n'a-t-on pas pu entamer un processus de paix avec l'ELN ?

C'est une question que tout le monde se pose: pourquoi, chaque fois que l'ELN est prêt à signer, elle fait un pas en arrière?  Une hypothèse, c'est qu'il y a chez eux une division interne. Une autre, c'est qu'ils sont peut-être influencés par les Farc.

ET pourquoi il n'y a-t-il pas eu d'avances avec les Farc ?

Avec les Farc nous avons maintenu des contacts directs dans la mesure où la guerre l'a permis. l'Église voudrait favoriser ces rapprochements, mais ce que nous voyons c'est à chaque fois une augmentation des hostilités. A la suite de la frustration du processus précédent qui a échoué, tout monde a demandé de plus en plus de guerre. Tous pourtant nous savons qu'une autre guerre ne pourra pas résoudre ce problème.

On dit que le Farc sont ‘ abandonnés ’. Comment voyez-vous la situation ?

On a dit que la guerre affaiblissait les Farc. Mais je ne crois pas. La guerre leur bénéficie, au contraire. Ils étaient entrés dans un état de relaxation très grande, d'embourgeoisement, ‘ Joaquin Gómez ’ — membre du Secrétariat — m'a dit un jour : " pour nous le plus grave c'est d'avoir 20.000 hommes qui se reposent sous les arbres, c'est cela qui est mortel". La guerre pour les Farc c'est leur vie, leur raison d'être. Quand le Gouvernement les attaquera ces garçons diront " enfin nous retournons à notre vie de guérilleros ".

Le Plan Patriota a-t-il réactivé l'esprit de combat de la guérilla ?

Clairement, il les a réactivés, il les a obligé à être disciplinés, à être plus prudents, ce qui n'était pas le cas en période de paix.

Mais le Gouvernement exige d'abord un cessez-le-feu…

C'est un grand problème. Le Président dit : " je veux bien dialoguer, mais il faut préalablement un cessz-le-feu ". C'est l'idéal - mais je crois qu'il sera très difficile que la guérilla l'accepte. Ce qui se pourrait, c'est que la guérilla commence à dialoguer sur un cessez-le-feu, non imposé.

Si le président Uribe était réélu, les possibilités de dialogue seraient enterrées ?

Je ne crois pas. Le président Uribe est une personne raisonnable, intelligente, qui a changé souvent d'avis quand il a vu qu'il fallait réellement changer. Il devrait s'entourer de conseillers non belliqueux mais plus pacifistes, qui favorisent une issue négociée plutôt qu'une victoire militaire.

Le Gouvernement dit qu'en Colombie il n'y a pas de conflit armé. C'est la faute des conseillers présidentiels ?

Oui, ce sont des idées à eux, mais la Communauté internationale dit le contraire. Il faut appeler les choses par leur nom. S'il n'y avait pas conflit on ne parlerait pas de solution négociée, il n'y aurait pas un Haut Commissaire pour la Paix, et on n'aurait pas inventé une loix "Justice et Paix".

Vous dites que la Loi Justice et Paix est insatisfaisante. Pourquoi ?

La Loi est insatisfaisante, mais c'est la loi. Ce n'est pas un grand pas, mais c'est un petit pas vers la paix. C'est la première fois en Colombie qu'il y a des paramètres clairs de justice pour que ces processus de paix ne terminent pas en impunité, en pardon et en manque de mémoire. Il faut chercher un équilibre : la paix ne se construit pas sans justice, parce qu'alors n'importe qui pourrait prendre les armes et être déclaré héros national.

Mais la Communauté internationale n'est pas d'accord avec cette Loi…

Clairement. Michael Frühling — le Délégué de l'ONU pour les Droits Humains en Colombie — a raison dans toutes ses critiques. La Communauté internationale voudrait des peines de 50 années pour les infractions indignes. Mais il faut dire que cette Loi est un pas vers la paix par le chemin de la justice et non par celui de l'impunité. Si on ne crée pas un rapprochement par la paix, nous resterons avec des peines élevées, mais aussi avec la guerre.


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