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Le Congrès des Etats Unis gèle un million de dollars d'aide à la Colombie pour ses manquements dans le domaine des Droits Humains

18/07/2005 - El Tiempo

Cette somme fait partie du paquet d'assistance que donnent annuellement les USA aux Forces Armées Colombiennes, dans le cadre du Plan Colombie.

Il y a en général deux parties de 500 millions de dollars chacune. Selon la loi, le Législatif exige que la livraison de 25 pour cent des fonds de ce paquet, dont la destination est militaire (autour de 300 millions), soit conditionnée à deux certifications dans le domaine des Droits Humains (DD.HH), certifications qui doivent être délivrées chaque année par le Département d'État.

Cette certification, objet de hautes tensions entre les deux pays, exige, entre autres, que soient suspendus du service actif les membres des Forces Armées liés à des violations des DD.HH et une coopération totale avec la justice civile dans ce type de recherches.

Une partie de ces fonds (35 millions de dollars) est maintenant bloquée depuis presqu'un an, parce qu'elle fait une partie du budget de l'année passée (2004). C'est la première fois que cela se produit.

Le reste, environ 70 millions de $, correspond au budget 2005 (en cours) mais il dépend lui aussi des deux certifications prévues pour cette année, qui ne sont pas encore délivrées.

« La raison est simple. Le département d'État n'a pas pu démontrer des progrès suffisants dans ce secteur. Il y a des dizaines de cas qui impliquent des militaires, qui sont instruits par la justice, mais beaucoup des militaires impliqués dans ces affaires ont été maintenus en fonction », a dit au Tiempo une source américaine.

‘ Justice et paix ’

Toutefois, et selon l'ambassadeur Luis Alberto Moreno, il y a une autre raison. « Il est indubitable - dit Moreno - que la certification est freinée pour des motifs politiques : la loi de ‘ justice et paix ’ de démobilisation des paramilitaires ».

Selon Moreno, le climat avec une certaine partie du Congrès s'est déterrioré depuis qu'a commencé en Colombie le débat sur cette loi. Apparemment, certains Congressites freinent le paiement de cette somme pour faire pression et faire voter une loin plus adaptée à leurs standards.

De fait, plusieurs lettres ont été écrites au gouvernement d'Álvaro Uribe, dans lesquelles les législateurs des Etats-Unis exigent des changements à la loi qui a été déjà approuvée par le Congrès colombien et qui est soumise à la signature présidentielle. Dans un nouveau geste de désapprobation concernant le contenu de cette loi, le Sénat américain a approuvé la semaine passée une série de mesures qui bloquent la possibilité d'assistance américaine au processus avec les paramilitaires et leur réincorporation à la vie civile.

« Espérons que ceci puisse être résolu avant la fin de l'année législative (en octobre). Mais dans le fonds ce que la Colombie doit faire, c'est démontrer le bien-fondé de la loi à travers son application », soutient l'ambassadeur.

De toute manière – affirme Moreno – le gouvernement est conscient qu'il doit effectuer une tâche de « pédagogie » aux E.U. Dans ce but, le vice-président Francisco Santos, la ministre des Affaires Etrangères Carolina Barco et le commissaire à la Paix, Luis Carlos Restrepo, se rendront à Washington le 18 juillet.

Pendant ce temps, dans une nouvelle lettre, 22 sénateurs prestigieux demandent à la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, « ne pas certifier » la Colombie jusqu'à ce que le gouvernement démontre de plus grandes avancées dans ce domaine.

Jamais auparavant un nombre aussi important de législateurs ne s'était adressé au Département d'État pour freiner l'aide à la Colombie. C'est un moment clé dans les relations entre les deux pays.

« On n'a pas démontré de progrès suffisants dans la mise hors-fonction, les enquêtes et les poursuites judiciaires concernant les membres de la Force Publique qui ont été dénoncés de manière crédible pour avoir commis des violations graves aux DD.HH ou pour avoir incité et avoir aidé des organisations paramilitaires », disent les signataires entre lesquels on trouve Richard Durbin , John Kerry, Edward Kennedy et Chris Dodd, l'auteur de la missive.

Exemples

Ils mentionnent, par exemple, l'absolution du général Rito Alejo del Río, « accusé d'avoir créé des groupes paramilitaires alors qu'il dirigeait la 17ème Brigade », le rejet de la Cour Suprême de Justice dans le cas contre le Contre Amiral (r) Rodrigo Quiñónez en ce qui concerne le massacre de Chengue, et la fuite, apparentement préméditée, d'un militaire impliqué dans la tentative d'attentat contre le congressiste William Borja.

Ils soulignent, en outre, que bien qu'un jugement de Justice ait démontré en 2002 la responsabilité de la Force Aérienne dans le bombardement de Santo Domingo (Tame) en 1998 « aucun membre de cette Force n'a été jugé ou condamné pour ce fait ».

Ils citent également un rapport de l'ONU dans lequel on affirme que durant l'année 2004 « on a observé un accroissement … des dénonciations d'exécutions extrajudiciaires et de violations du processus normal » par des fonctionnaires publics y compris la Force Publique, et le fait que le Ministère de la Défense n'utilise pas la « suspension préventive » pour retirer du service les membres de la Force Publique « impliqués dans des cas de violations des DD.HH. ».

Autres retards dans l'aide

A deux occasions précédemment, l'aide militaire pour la Colombie avait été temporairement interrompue .

À une première occasion le Département d'État avait bloqué le transfert de fonds au Secteur de Palanqueros (Port Salgar), pour le cas de Santo Domingo.

La deuxième fois, c'était lorsque le bureau du sénateur Patrick Leahy s'est opposé à la livraison des fonds pour les Forces Armées parce qu'à son avis la Colombie n'avait pas rempli les conditions relatives aux Droits Humains. Ce blocus avait été levé au bout de deux mois.

Dans ce cas, depuis l'année passée on n'a pas obtenu de certification pour la Colombie parce qu'on n'a pas pu démontrer dans ce pays de progrès en matière de Droits Humains.

San José de Apartado

 

« Nous sommes également préoccupés par le cas de San José de Apartadó…, où le 21 février de cette année, huit habitants de cette Communauté ont été assassinés dans deux incidents séparés », dit la lettre des sénateurs. « Bien que nous soyons conscients que certains témoins clef, par peur, ne se sont pas présentés, la réponse du gouvernement a fait en sorte que maintenant il est encore moins probable que des témoins se présentent pour éclaircir les faits ».

Massacre à Tame

Ils dénoncent le massacre de 11 paysans à Tame en mai 2004, alors qu'il y avait là-bas une présence militaire.

« En avril 2004, au moins 12 indigènes wayú, dans la Guajira, auraient été assassinés par des groupes paramilitaires. Malgré une alerte transmise à la Force Publique, il apparaît qu'il n'y a eu aucune tentative d'intervention ». On dit même que certaines des victimes auraient été livrées aux paramilitaires par des militaires.

Le Rio Jiguiamandó

La lettre fait aussi référence à Amnesty International, qui dénonce la présence de groupes paramilitaires qui auraient soutenu les troupes de la 17ème Brigade en menaçant des Communautés dans le bassin de la rivière Jiguiamandó; et qui affirme que les paramilitaires auraient maintenu une base dans une région du Choco, avec l'appui de l'Armée. « Nous nous demandons de plus en plus : qui la Force Publique protège-t-elle, et qui elle combat », dit la communication.

Assassinat de syndicalistes

« Le cas du meurtre de trois syndicalistes par des membres de la 17ème Brigade de l'Armée en Arauca est un des cas qui nous préoccupe  », explique la lettre des sénateurs.

« On n'a ouvert jusqu'à ce jour aucune instruction contre aucun fonctionnaire pour dissimulation de crime », font-ils valoir. Ce fait s'est produit le 5 août de l'année passée.

SERGIO GÓMEZ MASERI
Correspondant de El Tiempo
WASHINGTON

 


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