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Officiellement, Washington a toujours été très clair au sujet de ses relations avec la guérilla colombienne : il n’en existe aucune. « Les États-Unis ne négocient pas avec un groupe terroriste », répète l’ambassadeur américain à Bogota, William Wood. Il ferme ainsi la porte à tout dialogue avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui retient en otages trois de ses compatriotes, des agents antidrogue enlevés au cours d’une mission en février 2003. Mais, hors des micros, la position américaine est beaucoup moins rigoureuse.
Des révélations récentes montrent que les États-Unis ont tenté en sous-main, à plusieurs reprises, d’approcher les guérilleros pour obtenir la libération de leurs hommes. « J’ai été contacté par l’ambassade des États-Unis pour servir d’intermédiaire avec les FARC », a affirmé il y a dix jours Carlos Lozano, rédacteur en chef de l’hebdomadaire communiste Voz. Avec des personnalités d’autres bords politiques, dont des religieux, le journaliste maintient des canaux de communication avec la guérilla depuis la rupture de négociations de paix, en février 2002. En Colombie, il a déjà servi plusieurs fois de messager à des familles d’otages. Les diplomates américains se seraient donc naturellement tournés vers lui, tout comme, affirme-t-il, vers d’autres figures colombiennes. Le conservateur Alvaro Leyva, artisan du dialogue avorté en 2002, et même un ex-président partisan d’une solution négociée, Alfonso López, auraient ainsi été contactés.
Tous sont en ce moment « la dernière chance » des familles de 59 autres otages politiques et militaires colombiens, au nombre desquels l’ex-sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt. Les FARC n’acceptent de relâcher leur butin humain avec les Américains que contre plusieurs centaines de leurs combattants prisonniers. Mais aucune négociation n’a pu être ouverte avec le gouvernement conservateur du président Alvaro Uribe, les deux parties montrant la même obstination. En Colombie, seule une poignée de responsables, au nombre desquels les trois personnalités contactées par Washington, tentent encore de rapprocher les deux parties antagonistes pour obtenir cet « échange de prisonniers ».
Les émissaires américains qui ont affirmé à Lozano qu’ils bénéficiaient de l’aval du Département d’État à Washington, ont aussi cherché un contact direct avec les FARC. En avril, ils sont allés rencontrer, dans sa cellule de haute sécurité, le guérillero Rodrigo Granda, expert en communications des FARC arrêté en décembre dernier. Information confirmée par les états-unis. Se présentant comme membres du FBI, ils lui ont proposé « de servir d’intermédiaire à une conversation ou à l’entame de conversations directes entre le gouvernement nord-américain et les FARC », selon son avocat Miguel Gonzlez.
De cette façon ou d’une autre le message serait arrivé à bon port. Dans plusieurs interviews depuis juin, le porte-parole guérillero Raul Reyes s’est dit prêt « à aborder tous les thèmes avec les États-Unis », mais en public. Les FARC, condamnés en Europe et sur leur continent pour leurs attaques contre la population civile, recherchent ainsi une reconnaissance politique inédite, que Washington juge inacceptable. Depuis la croisade antiterroriste qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, les FARC ont été classées par le Pentagone dans la catégorie des « groupes terroristes internationaux », et sont donc devenues totalement infréquentables.
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