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Depuis que George Bush a lancé sa croisade globale contre le mal, on a vu quelques gouvernements moins que démocratiques rejoindre le projet de W. pour rebaptiser leurs problèmes internes. Un des plus vocaux parmi ces opportunistes se trouve à Londres aujourd'hui, où il sera reçu par un gouvernement britannique qui est maintenant sa seconde plus importante source d'assistance militaire.
Ce visiteur est le Président Alvaro Uribe de Colombie, qui proclame que son plan de "pacification pour la Colombie" mérite encore plus de soutien de la part du contribuable britannique, et que les investisseurs de ce pays devraient s'impliquer dans son pays, qui combine les avantages d'un gouvernement fort et d'un engagement ferme à la libéralisation des marchés.
La visite d'Uribe offre le spectacle peu commun d'un tapis rouge britannique déroulé pour un homme qui, comme maire de Medellin, le sanctuaire "des barons de la drogue", avait paraît-il accepté des fonds du narcotraficant notoire Pablo Escobar. Le père d'Uribe, Alberto, était réclamé par les USA avec des charges de trafic de drogue quand il a été tué en 1983.
Par coïncidence, sans doute, le directeur présidentiel de la campagne d'Uribe, Pedro Moreno Villa, est désigné par les douanes des USA comme le plus grand importateur de permanganate de potassium, un produit chimique utilisé dans la production de cocaïne, entre 1994 et 1998, bien qu'il ait proclamé que c'était pour des buts innocents; à ce moment-là Uribe était le gouverneur du département d'Antioquia dont Medellin est la capitale, et Moreno était son chef du personnel. C'était également dans ce département qu'Uribe a conçu sa politique d'encourager les groupes terroristes armés d'extrême droite qu'il cherche maintenant à legitimiser.
Le Président Uribe a appelé "Justice et Paix" , un plan que le congrès colombien a approuvé en juin et qui offre l'amnistie et des récompenses en argent comptant aux combattants paramilitaires d'extrême droite, dont beaucoup sont coupables de crimes contres les droits de l'homme et de trafic de cocaïne.
La solution du Président Uribe à cette situation malheureuse est de leur accorder le pardon, en leur permettant de changer leurs uniformes pour celui des firmes de sécurité privées, et pour d'autres de signer un engagement pour aller se battre en Irak. Les deux options présentent des opportunités de carrière pour ces tueurs. La Justice et la Paix ne peuvent pas être établies sans Vérité, comme l'a fait observer le commissaire de l'ONU pour les Droits de l'Homme en Colombie, Michael Frühling. Le Président Uribe est bien au courant de l'importance de cette perception. La Colombie est plongée dans la guerre civile depuis 40 ans, mais pour son gouvernement actuel cette guerre n'existe pas - c'est simplement du terrorisme.
Un ensemble de directives publiées par Uribe en juin, et adressées aux agences de l'ONU, aux ambassadeurs, aux agences de développement et aux groupes humanitaires, ont défini les termes par lesquelles le conflit doit maintenant obligatoirement être défini. Il est interdit d'utiliser des termes comme "le conflit armé interne", "les acteurs armés" ou "les parties en conflit" pour décrire les forces de sécurité. Interdits également, les "acteurs non-étatiques du conflit" pour désigner les rebelles d'extrême gauche ou les paramilitaries d'extrême droite; interdits aussi les termes "communauté de paix" ou "zone humanitaire" - expressions qui décrivent les Colombiens qui essayent de rester neutres.
Il n'y a pas en Colombie, exige le gouvernement, de guerre civile ou de conflit armé, mais simplement une menace terroriste constituée par les guérillas de gauche. Le document a à ce point indisposé Roberto Meier, le directeur en Colombie du UNHCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) qu'il a prévenu que le UNHCR devrait envisager de se retirer de Colombie si Uribe ne se rétractait pas.
Durant les cinq dernières années les USA ont dépensé trois milliards de $ dans la guerre contre la drogue en Colombie, un commerce auquel les troupes paramilitaires sont intimement liées. L'argent est distribué dans le cadre du plan Colombie, qui devrait normalement se terminer en septembre mais qui a maintenant été prolongé d'un an. Il est raisonnable de se demander s'il a été remplacé parce qu'on l'a considéré comme un succès ou comme un échec: il n'a eu aucun effet sur la disponibilité de la drogue, son prix sur le marché ou sur la pureté des drogues qui continuent à arriver aux USA; et même si les USA et les autorités colombiennes prétendent qu'un million d'acres de coca ont été supprimées en Colombie, l'ONU témoigne que la zone de culture de coca dans les Andes s'est développée l'année dernière de 3%.
Washington a désigné 18 commandants paramilitaires comme les responsables de la majeure partie du trafic de cocaïne atteignant les villes des USA. Maintenant les USA voudraient les extrader, mais beaucoup, y compris le narcotraficant et chef paramilitaire Salvatore Mancuso, se sont attachés avec succès au plan du Président Uribe's et sont devenus untouchables. Et pendant ce temps, en Grande-Bretagne, Uribe se voit offrir l'opportunité d'une photo avec Tony Blair et une visite au parlement.
En juillet dernier, le sénateur John Kerry et 22 autres sénateurs avaient signé une lettre invitant Uribe à poursuivre les fonctionnaires qui avaient collaboré avec les unités paramilitaires. Les fonctionnaires d'administration peuvent comparer Uribe à Abraham Lincoln, mais le comité des crédits du Sénat Américain a déclaré la semaine dernière qu'il gèlerait le financement de Justice et Paix si Uribe ne guarantissait pas le démantèlement des groupes paramilitaires et l'extradition de ses commandants. Ni l'un ni l'autre n'est susceptible de se produire dans le cadre du plan.