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Bogota se dit prêt à négocier avec la guérilla sur les otages, mais...

29/07/2005 - Le Monde, Libération, Le Temps, The Guardian

Le mari d'Ingrid Betancourt, Juan Carlos Lecompte, de passage à Paris, a lu les articles de la presse colombienne, mercredi 27 juillet, d'un air dubitatif. Le gouvernement du président Alvaro Uribe a amorcé un tournant dans sa stratégie vis-à-vis des otages détenus par la guérilla, parmi lesquels se trouve l'ancienne candidate des Verts à la présidence de la Colombie. "J'ai des instructions du président de la République pour rencontrer les FARC -Forces armées révolutionnaires de Colombie- à n'importe quel endroit, au jour et à l'heure qu'elles voudront, dans des conditions de sécurité qui les rassurent, en compagnie des personnalités nationales ou internationales qu'elles considèrent adéquates" , a déclaré le haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo.

L'annonce a été effectuée à Bogota, mardi, après une audience accordée par le président Uribe à Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt. "Cela faisait des mois qu'elle demandait en vain un rendez-vous" , précise M. Lecompte. Les familles et les amis des otages venaient de remettre une pétition au procureur général de la République, Edgardo Maya Villazon. "Nous considérons qu'obtenir la libération de nos proches, par la négociation d'un échange humanitaire avec le gouvernement, est plus qu'improbable, impossible" , dit le texte.

Le gouvernement a tenté de désamorcer ces réserves. "J'ai voulu transmettre ce message à côté de Yolanda Pulecio et de Patricia Perdomo -fille d'une parlementaire kidnappée-, pour montrer la décision gouvernementale d'avancer immédiatement vers un accord humanitaire , a assuré M. Restrepo. Je suis disposé à m'asseoir avec les FARC aujourd'hui, demain, quand on voudra, pour avancer vers un tel accord et obtenir que les séquestrés retournent chez eux. Ne mettons plus de conditions, envisageons les choses de manière simple."

OPÉRATIONS MILITAIRES

L'accord concernerait Ingrid Betancourt et son assistante Clara Rojas, douze élus du département du Valle del Cauca, un ex-gouverneur du Meta, un ancien ministre, six anciens parlementaires, trois Américains, quatorze militaires et vingt policiers, certains d'entre eux entre les mains de la guérilla depuis sept ans. Les FARC souhaitent récupérer en échange cinq cents guérilleros emprisonnés.

"Je n'ai confiance ni dans le gouvernement colombien ni dans la guérilla , réagit Juan Carlos Lecompte après avoir lu les déclarations. Il s'agit sans doute d'un calcul électoral à dix mois de la présidentielle, car Uribe compte briguer un deuxième mandat. Ou alors d'une réaction aux critiques suscitées par la loi dite Justice et Paix, qui est entrée en vigueur juste la veille. Puisqu'on dit qu'il fait la part belle aux groupes paramilitaires d'extrême droite, Uribe veut démontrer qu'il est flexible aussi à l'égard de la guérilla d'extrême gauche."

L'effort déployé par le gouvernement pour relancer des négociations avec l'Armée de libération nationale (ELN), la deuxième guérilla du pays après les FARC, irait dans le même sens. Le 18 juillet, le sénateur Carlos Moreno de Caro a assuré que l'ancien chef du gouvernement socialiste espagnol Felipe Gonzalez jouerait les médiateurs entre les autorités colombiennes et l'ELN. Le président Uribe entamait justement un voyage en Espagne et en Grande-Bretagne, alors que son vice-président Francisco Santos se rendait aux Etats-Unis. Ils ont essuyé les critiques des organisations non gouvernementales (ONG) contre la loi Justice et Paix.

M. Santos a traité les ONG de "djihadistes" , alors que des sénateurs démocrates demandent à Washington de se soucier davantage des droits de l'homme en Colombie et que le Congrès américain bloque, pour ce motif, une aide militaire de 100 millions de dollars. "Trouver l'équilibre entre le minimalisme pragmatique du gouvernement colombien et le maximalisme moral des ONG est essentiel pour éviter que le conflit armé ne continue à faire des victimes" , note le politologue Eduardo Pizarro.

Mercredi, le président Uribe s'est rendu dans la région du Putumayo (sud), où un millier de militaires, dix avions et onze hélicoptères traquent le commandement des FARC. L'armée prétend mettre la main sur Raul Reyes, le responsable des relations internationales de la guérilla. "Si le président Uribe a vraiment la volonté politique de faire un geste en vue d'un accord humanitaire, ce n'est pas le moment de lancer une opération militaire contre le secrétariat des FARC" , a averti Yolanda Pulecio, qui souhaite la médiation de la France. "La réunion entre un émissaire français et la guérilla, début juillet, voilà une bonne nouvelle" , renchérit Juan Carlos Lecompte.

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