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Une stratégie qui combine promesse de liberté et récompenses sonnantes et trébuchantes pour les guérilleros qui libèreraient des kidnappés semble porter des fruits en Colombie.
Cette stratégie, connue sous le nom « l'effet Isaza », a été mise en route fin octobre passé, quand un guérillero des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) s'est échappé avec l'ex congressiste Oscar Tulio Lizcano.
Comme récompense pour la libération de ce politicien qui était détenu depuis huit ans et demi, le gouvernement du président Álvaro Uribe a décidé de donner la liberté provisoire et une récompense de 500.000 US$ à Wilson Bueno, alias « Isaza ».
Mais l'homme et sa fiancée ont été envoyés, par la suite, résider en France, à la suite de menaces qui ont été proférées contre eux.
Le gouvernement colombien a décidé de promouvoir ce type de récompense comme une stratégie pour que d'autres guérilleros libèrent une trentaine d'otages, politiques et militaires, qui sont détenus par les Farc pour des motifs politiques depuis plusieurs années.
Mais l'offre n'a réellement fonctionné que pour des kidnappés "pour motifs économiques".
Depuis la libération de Lizcano trois autres guérilleros des FARC ont suivi l'exemple d'Isaza et se sont enfuis de leurs campements avec un nombre égal de kidnappés.
Le cas plus récent est arrivé au début de cette semaine, dans l'est du pays, quand deux rebelles ont échappé avec une paire de kidnappés - parmi ceux-ci un mineur de 14 ans qu'ils avaient kidnappés en décembre passé et pour lesquells les FARC exigeaient de grosses rançons.
« Quatre Isazas »
Enthousiasmé par les résultats de cette stratégie, Uribe a annoncé : « Nous avons déjà quatre Isazas et nous espérons en avoir beaucoup plus ».
Le président a défendu ses résultats et il a posé la question : « Pour Isaza quel sort est préférable, celui de la forêt, en maltraitant des kidnappés, ou celui qui a permis que ce kidnappé retrouve la liberté et que lui et sa fiancée puissent se promener sur les Champs Elysées à Paris ? ».
Uribe a été plus loin, il a étendu son offre aux chefs des FARC et il a parlé plus spécifiquement de l'un d'entre eux, Jorge Briceño, Mono Jojoy, dont on croit qu'il a des problèmes de santé.
« Si Mono Jojoy libère les kidnappés, s'il abandonne la guérilla, il ne va pas être gracié ni recevoir une amnistie, mais il peut avoir la liberté », a expliqué Uribe.
La législation colombienne interdit d'accorder des grâces ou une amnistie aux responsables d'un kidnapping, mais elle n'interdit pas qu'on leur accorde d'autres bénéfices comme la liberté provisoire.
Des récompenses qui encouragent le kidnapping ?
Jusqu'à présent l'offre du gouvernement a seulement fonctionné avec des guérilleros "de base" et, en plus, a suscité des critiques.
La journaliste María Jimena Duzán, de la revue Semana, a déclaré à BBC Mundo que les trois guérilleros qui avaient imité Isaza ont rendu la liberté à des personnes qui avaient été kidnappées il y a très peu de temps. Elle croit que l'offre du gouvernement « pourrait encourager les Farc à commettre des kidnappings ».
L'ex sénateur et le candidat présidentiel Rafaël Pardo Rueda, qui avait signé la paix avec l'ex guérilla du M-19, pense que la stratégie du gouvernement « aurait du sens dans la mesure où elle faisait partie d'une politique claire, mais ce n'est pas le cas à l'heure actuelle ».
« Comme les choses se passent en ce moment, le gouvernement paye pour le kidnapping. Un guérillero kidnappe une personne et, au lieu de demander une rançon, c'est le gouvernement qui le paye », ajoute Pardo.
Pardo et Duzán font tous deux remarquer que, étant donné les difficultés qu'a eues le Ministère public pour donner la liberté provisoire à Isaza, on tombe dans la casuistique.
« Nous allons finir par voter un décret différent pour chaque guérillero qui s'échappe et qui a besoin de la liberté », ajoute Duzán.
Pardo, lui, souligne qu'à ce rythme, « on dévalorise la politique criminelle ». En outre, il n'est pas non plus convaincu qu'Uribe puisse décider par lui-même le sort juridique de personnes contre lesquelles pèsent tant de charges, comme les chefs de la guérilla.
Pendant ce temps le débat se poursuit,et le gouvernement est satisfait par la quantité de guérilleros qui auraient abandonné les armes.
Selon Uribe, 3.500 guérilleros, en majorité des FARC, auraient déserté en 2008. Et déjà pour 2009 il y en aurait déjà 90.