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Uribe reprend la main dans le dossier des otages

03/01/2008 - RTL Info.be

Le président colombien Alvaro Uribe tente de reprendre le contrôle du dossier des otages en accusant la guérilla des Farc de duper la communauté internationale. En annonçant qu'Emannuel n'était peut-être plus aux mains des Farc mais se trouverait dans un foyer à Bogota, il joue cependant à un jeu dangereux. Si ce qu'il dit est vrai, il devra justifier pourquoi il a tant attendu avant de le dévoiler. Mais, en même temps, les Farc auront perdu toute crédibilité en raison de leur cynisme...

Le président colombien Alvaro Uribe tente de reprendre le contrôle du dossier des otages en accusant la guérilla des Farc de duper la communauté internationale, une stratégie risquée après l'échec de la libération promise de trois otages.

Connu pour sa politique de fermeté envers les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), M. Uribe n'avait pas eu d'autres choix que d'autoriser la mission humanitaire chapeautée par le président vénézuélien Hugo Chavez et destinée à récupérer les trois otages dans la forêt colombienne.

"L'échec de cette opération lui permet de reprendre la main dans cette affaire, où l'initiative avait été prise par ses adversaires", explique le politologue colombien Fernando Giraldo dans une interview à l'AFP.

Le report de la mission affaiblit notamment son tumultueux homologue vénézuélien Hugo Chavez, dont il avait annulé, sur fond de crise diplomatique, une médiation antérieure dans ce dossier.

"Uribe s'était mis dans une position délicate en laissant Chavez entrer dans le jeu", estime le politologue, ancien doyen de l'université de Cali.

La guérilla avait promis de remettre ses trois otages au président du Venezuela, tout en continuant à fustiger le chef de l'Etat colombien.

Elle affirme désormais que les opérations de l'armée colombienne ont fait capoter la libération de Clara Rojas, l'assistante de l'ancienne candidate présidentielle Ingrid Betancourt, son fils Emmanuel né en captivité et l'ex-parlementaire Consuelo Gonzalez.

Selon Juan Carlos Lecompte, l'époux de Mme Betancourt, le président colombien n'a "pas voulu suspendre les opérations" de l'armée, "y compris pendant l'opération humanitaire".

"Il a juste dit qu'il n'y aurait pas de combat, il n'a jamais parlé de suspendre les patrouilles militaires. Or les Farc ne pouvaient s'exposer à un tel risque", a déclaré M. Lecompte à l'AFP.

M. Uribe a contre-attaqué et reproché à la guérilla de "mentir et tromper" l'opinion publique, avant de provoquer un coup de théâtre en annonçant qu'Emannuel n'était peut-être plus aux mains des Farc mais se trouverait dans un foyer à Bogota.

Cette nouvelle spectaculaire met toutefois en difficulté autant le gouvernement de M. Uribe que les Farc, en attendant que les résultats des test ADN pratiqués sur les proches de Mme Rojas et sur le prétendu Emmanuel soient connus d'ici une dizaine de jours.

"Uribe joue à un jeu dangereux. Si ce qu'il dit est vrai, il devra justifier pourquoi il a tant attendu avant de le dévoiler. Mais, en même temps, les Farc auront perdu toute crédibilité en raison de leur cynisme", estime M. Giraldo.

"Chacun des deux camps se retrouve acculé face à la pression internationale qui peut se retourner à tout moment contre eux", ajoute-t-il.

Dans un éditorial publié mercredi, le principal quotidien colombien El Tiempo écrit que les guérilleros "continuent d'utiliser deux femmes et un enfant pour se moquer de tout le monde, y compris d'Hugo Chavez".

"Depuis le début, ce fut une opération de propagande internationale" des Farc, a déclaré à la télévision Caracol Vicente Rangel, président de la Fondation Sécurité et démocratie.

Les guérilleros veulent "tirer profit de la libération de quelques otages pour obtenir du crédit", a ajouté cet expert spécialisé dans la résolution des conflits internationaux.

Selon l'ancien ministre colombien Camilo Gonzalez, qui dirige l'Institut d'études pour la paix (Indepaz), les "Farc agissent sur la scène mondiale, car ce qui peut faire bouger les choses en Colombie, c'est l'internationalisation" de la crise des otages.


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