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Un Etat incapable de se gouverner

13/01/2008 - La Libre.be

C'est le Venezuela qui obtient le premier succès dans la crise colombienne. C'étaient déjà les Etats-Unis qui devaient juger les narcotrafiquants colombiens.

Le succès de la négociation vénézuélienne dans la crise des otages a été honnêtement reconnu par le président colombien, Alvaro Uribe, qui a exprimé sa "gratitude" envers Hugo Chavez.

Reste que, pour la seconde fois, c'est un Etat étranger qui a assumé une responsabilité dévolue à l'Etat colombien.

Exemple unique au monde

Déjà, exemple unique au monde, les Etats-Unis avaient dû se charger de juger les principaux narcotrafiquants colombiens. Ces derniers ne peuvent en effet l'être par la justice colombienne, paralysée par la peur ou par l'argent des cartels de la drogue, véritable Etat dans l'Etat.

Il est évident qu'une telle puissance n'a pu être construite sans le désintérêt, la passivité, la corruption qui ont remplacé l'action normale de l'Etat aux débuts du trafic. Déjà, l'Etat colombien avait négligé ses responsabilités, endossées par un autre.

La libération des otages grâce à une négociation - et non une médiation, Bogota ayant unilatéralement mis fin à celle-ci en novembre - du pays voisin apparaît comme une répétition de ce schéma.

Bogota traînait des pieds pour trouver une issue à la crise des otages; Caracas a montré qu'un début de solution pouvait être trouvé avec de la bonne volonté. Et l'a montré malgré les autorités colombiennes, qui ont entravé en décembre une première tentative de libération des deux femmes retenues par la guérilla.

Pour la seconde fois, c'est un Etat étranger qui assume le devoir de l'Etat colombien, et cela au sujet du second grand problème de ce dernier, l'existence de guérillas, véritables Etats dans l'Etat. La libération des otages, a dit Hugo Chavez, "n'est que la première étape. La seconde est la paix".

Bien sûr, la question de l'existence de guérillas n'est pas facile à résoudre, notamment parce qu'elle est vieille, déjà, d'un demi-siècle.

La Violencia

La plus ancienne d'entre elles, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), qui retenait les otages libérés jeudi, a été créée en 1964 par Manuel Marulanda Velez, aujourd'hui âgé de 77 ans, au départ d'une milice d'autodéfense paysanne qu'il avait montée dans les années 50. Sévissait alors la terrible guerre civile entre Libéraux et Conservateurs, connue dans l'histoire sous le nom de "la Violencia".

Pour mettre fin à ce sanglant conflit, les deux groupes ennemis avaient signé un accord partageant le pouvoir entre eux quels que soient les résultats des élections. S'il avait mis largement fin à l'effusion de sang, cet accord avait de facto bloqué l'accession au pouvoir de nouveaux venus. Et donc justifié de nouveaux recours aux armes par un puis plusieurs mouvements de guérilla.

Lorsque l'accord était devenu caduc, quelques décennies plus tard, le pli était pris et les élites colombiennes tenaient fermement et exclusivement le pouvoir. La montée en puissance de narcotrafiquants issus du peuple et adulés par lui en raison de donations sociales et religieuses apparaît, à cet égard, comme le contournement de l'absence d'ascenseur politique pour les nouveaux venus.

Depuis, le narcotrafic a attiré à lui les élites colombiennes, puis les guérillas. Les dirigeants des unes et des autres seront-ils capables de rendre à l'Etat colombien ses fonctions régaliennes ?


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