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Lafaçade de la mairie de Bogota n'affiche pas seulement le portrait d'Ingrid Betancourt, comme la mairie de Paris, mais celui de tous les otages dont des "preuves de vie" ont été trouvées par l'armée colombienne le 30 novembre 2007. La municipalité de gauche de Bogota a ajouté à l'immense panneau une allusion plutôt poétique au sujet de "l'échange humanitaire", c'est-à-dire le troc entre les otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) et les guérilleros emprisonnés. "Oui à l'échange", est bien visible et compréhensible pour tous les passants de la place Bolivar. La suite est plus inattendue. Le panneau propose, en effet, l'échange "du silence par des embrassades", "de la solitude par des paroles", "de l'absence par de la liberté".

Les Colombiens ne montrent plus d'indifférence pour Ingrid Betancourt, ni de colère envers la France, accusée jadis de "betancouriser" sa politique à l'égard de Bogota. La longue lettre que l'otage franco-colombienne a adressée à sa mère a été publiée, le 1er décembre, par El Tiempo, le principal quotidien colombien. D'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, elle a ému tous ses lecteurs et lectrices.
Le dernier portrait d'Ingrid est le plus pathétique parmi ceux reproduits sur la façade de la mairie mais, encore une fois, il n'est pas seul. D'autres femmes ou hommes politiques figurent parmi les otages des FARC. Les onze élus du département du Valle del Cauca assassinés en captivité en juin 2007 avaient suscité un large mouvement de solidarité à Cali, la troisième ville du pays. Une association spécifique, très active, représente les familles des policiers et militaires séquestrés par les FARC, deux d'entre eux depuis dix ans déjà.
"VALEUR MARCHANDE"
Après Clara Rojas et Consuelo Gonzalez de Perdomo, il est illusoire de s'attendre à d'autres libérations partielles, même si le président vénézuélien, Hugo Chavez, demande aux FARC une mesure de clémence pour les femmes et les malades. Et ce n'est pas parce qu'Ingrid Betancourt aurait acquis une "valeur marchande" supérieure du fait de la campagne internationale dont elle bénéficie, car cet argument un peu vicieux revient en fait à culpabiliser la solidarité et la sympathie qu'elle a suscitées.
A tout prendre, les otages qui ont le plus de "valeur", du point de vue des FARC, ce seraient plutôt les trois Américains. Non seulement parce qu'ils permettraient de négocier la libération de Simon Trinidad et de Sonia, deux membres importants de la guérilla qui ont été extradés aux Etats-Unis. Mais aussi parce que dans leur mégalomanie stalinienne, les FARC rêvent de faire plier "l'impérialisme".
Le sort d'Ingrid Betancourt, dont Mme Rojas a expliqué, jeudi, qu'elle était sans nouvelle "depuis trois ans", est donc plus que jamais lié à celui des autres otages dits "échangeables". C'est-à-dire les politiques, les militaires et les policiers. Quant aux centaines d'autres captifs entre leurs mains, les FARC ne veulent pas en parler ou prétendent qu'elles ne les ont pas. Et ce, alors que les enlèvements contre rançon sont bien établis.
Un "échange humanitaire" passe forcément par une négociation entre Bogota et les FARC. Toute médiation qui ne prendrait pas cette donnée en compte est vouée à l'échec. La solution viendra d'un accord entre Colombiens.