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Les énigmes de la libération avortée des otages colombiens

09/01/2008 - Le Temps, W-Radio

Après le fiasco de l'opération «Emmanuel» de libération des otages colombiens en mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), les interrogations se multiplient. Qui est responsable de l'échec? Qui a joué un double jeu? Que savait le gouvernement colombien d'Emmanuel, l'enfant de Clara Rojas qui devait être libéré peu après Noël avec sa mère et l'ex-parlementaire Consuelo Gonzalez de Perdomo?

L'échec de l'opération dénommée «Caravane aérienne humanitaire» par le président vénézuélien Hugo Chavez, fortement impliquée dans la tentative de libération, est révélateur de l'impréparation de ce dernier, de la délégation internationale formée de sept pays dont la Suisse, mais surtout des FARC. Réputée jusqu'ici pour sa discipline, la guérilla marxiste a fait montre d'un étonnant relâchement. Après avoir remis l'enfant Emmanuel dans une famille de six enfants dans le village El Ritorno, on ne s'explique pas pourquoi les FARC n'ont pas maintenu le contact avec lui.

Emmené à l'hôpital du coin par la famille, Emmanuel, atteint de leishmaniose, n'a pas pu quitter l'établissement médical. Les services sociaux l'ont envoyé dans une structure à Bogota, l'Institut colombien du bien-être familial (ICBF). Puis il est placé dans une famille où il est bien soigné. Le père de la première famille d'accueil va tenter de le récupérer en affirmant, à l'état civil de San José del Guaviare, qu'il était le père de l'enfant. Les FARC auront vent de cette affaire et en parleront sans prendre les précautions d'usage. Les communications seront captées par le renseignement de l'armée colombienne, bien implanté dans la région.

Le courroux de Bogota

Dans la région, une hypothèse court selon laquelle le président colombien Alvaro Uribe était au courant depuis longtemps et qu'il aurait, dans un plan machiavélique, laissé Hugo Chavez monter son opération avant de la faire capoter en faisant savoir qu'Emmanuel n'était plus otage de la guérilla. L'échec a poussé le ministre colombien des Affaires étrangères, Fernando Araujo, à déclarer que son pays n'acceptait plus la présence d'une mission internationale telle qu'elle fut constituée par le président vénézuélien. Celle-ci aurait douté de la sincérité de Bogota.

Paradoxe: la plupart des protagonistes de l'affaire des otages ont intérêt à une libération rapide des deux femmes. C'est le cas de Hugo Chavez, qui a perdu du lustre dans l'échec, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui est désormais prêt à louer des hélicoptères pour agir discrètement avec l'accord de Bogota. C'est aussi le cas des FARC, discréditées, et d'Alvaro Uribe qui a tout à gagner d'une libération.

Reste une inconnue: l'attitude des chefs locaux de l'armée colombienne qui pourraient freiner toute libération. Contactée par Le Temps, Claudia Llano, de la Fondation Pais Libre qui assiste les victimes de kidnapping en Colombie, estime que la libération doit passer par un accord humanitaire. «Mais il faut de la discrétion et le CICR peut jouer un rôle d'intermédiaire.» Claudia Llano critique indirectement l'activisme de Hugo Chavez: «Tous les accords humanitaires sont bienvenus, mais ils doivent être bien construits et discrets.»


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