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En Colombie, l’espoir malgré tout

08/01/2008 - L'Humanité

A Bogota, les familles des otages espèrent que l’« affaire Emmanuel » n’interrompra pas la négociation d’un accord humanitaire et continuent de miser sur la médiation de Hugo Chavez.

L’image a changé. Hier deux visages, l’un aux yeux bandés, l’autre le regardant, réclamaient un « accord humanitaire maintenant ». Aujourd’hui, quinze portraits de personnes détenues par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie rappellent, sur le fronton de la mairie de Bogota, la souffrance de la séquestration et l’urgence d’un accord effectif.

José Pablo s’arrête quelques instants devant ces clichés « pour ne pas les oublier ». Le jeune Colombien confie cependant qu’après « l’histoire d’Emmanuel », il ne voit « comment les faire libérer ». Confusion pour les uns, colère pour les autres ou exaltation encore, l’affaire Emmanuel déchaîne les esprits en Colombie.

Vendredi, les FARC ont enfin reconnu que Juan David Tapiero, l’enfant recueilli en 2005 par une institution colombienne est Emmanuel, le fils de Clara Rojas, enlevée par la guérilla trois ans plus tôt en compagnie d’Ingrid Betancourt. Emmanuel « ne pouvait pas rester au milieu d’opérations de guerre, de bombardements (…)et dans les contingences de la jungle », se justifie la guérilla. Pas de quoi dissiper le malaise, à en croire José Pablo. « Les FARC mentent », peste-t-il, reprenant à son compte les propos du président Alvaro Uribe. « Pourquoi alors toute cette opération de sauvetage humanitaire ? », poursuit-il, en allusion à la mission internationale entreprise par Hugo Chavez, chargée de récupérer Consuelo de Perdomo, Clara Rojas et son fils.

Depuis, l’exécutif colombien, et la presse acquise à sa stratégie militaire, se frottent les mains, les FARC leur ayant fourni une matière en or. La guérilla s’est en effet auto-discréditée au moment même où elle recouvrait un espace politique sur la scène nationale et internationale. Son attitude a été jugée d’autant plus « irresponsable » par nombre de spécialistes du conflit colombien qu’elle compromet également la gestion du président vénézuélien, Hugo Chavez, et la dynamique continentale en faveur d’un accord humanitaire, un atout pourtant majeur pour casser le face-à-face stérile entre les FARC et le gouvernement colombien.

« Ils ont trompé leurs amis, la communauté internationale, l’opinion publique nationale et internationale », jubilait encore le ministre colombien Juan Manuel Santos. Dans le concert de sarcasmes, à même de compromettre une issue viable au calvaire des séquestrés, les familles des otages font, elles, entendre une voix dissonante. L’enfant Emmanuel « va pouvoir retrouver prochainement sa famille et recevoir tout l’amour et la chaleur dont un enfant a besoin », fait valoir, Claudia Ruejeles de Lara, dont l’époux, Alan de Lara est détenu depuis six ans par les FARC. « Il faut aller de l’avant, insiste-t-elle, car l’objectif principal est la libération de tous les séquestrés ».

À l’instar de nombreux proches de séquestrés, Claudia Ruejeles de Lara espère recevoir, à « travers les libérations de Consuelo et Clara, des preuves de survie » alors qu’elle est sans nouvelle de son époux depuis quatre ans et demi. « Les FARC ont ratifié leur engament de les remettre. Nous devons donc poursuivre », s’encourage-t-elle. L’épouse de l’ex-gouverneur du département du Meta a l’intime « espérance que le président Chavez, la sénatrice Piedad Cordba et les pays latino-américains ne nous abandonneront pas à mi-chemin, car il y a toujours des séquestrés dans la jungle ».

Un souhait partagé par Ismaël Malagon alors que son frère Raimundo, lieutenant de l’armée colombienne, entame sa dixième année de détention. « Il se dit que le président Chavez mauvaise figure et qu’il n’a plus de crédibilité. Les FARC non plus, dit-il, mais nous devons nous raccrocher à toute personne qui veut nous aider à faire libérer nos familles ». Ismaël, dont l’optimisme tranche singulièrement avec le tragique de la situation, « ratifie » la confiance que les familles des séquestrés ont placée en la gestion humanitaire de Caracas, et ce, en dépit d’une campagne médiatique et politique défavorable. « Pour que nos familles nous soient restituées, il faut parler et négocier, explique-t-il. Car nous avons les poings liés, nous sommes nous aussi séquestrés comme nos proches ».

On attendait hier que Hugo Chavez se prononce, lors de son émission Alo Presidente, quant aux suites de sa gestion tandis que la chancellerie vénézuélienne réitérait son désir d’accompagner toutes initiatives pour parvenir à un échange humanitaire en Colombie en vue de faire libérer les otages détenus par les FARC en échange de guérilleros actuellement emprisonnés. Bien que s’estimant flouée, Piedad Cordoba, également médiatrice, a néanmoins rappelé que les « événements » récents ne devaient pas « affaiblir la consécution des libérations » de Clara Rojas et de Consuelo Gonzlez de Perdomo. À cette occasion, la sénatrice s’en est pris au gouvernement colombien qui, selon elle, passe son temps, « à saboter chaque gestion », évoquant à cet effet le dispositif d’intelligence militaire colombien.

« L’argent investit dans la guerre quotidienne ne donne pas de résultats », tranche Ismaël Malagon. Conscient du caractère « politique » de la situation, il n’en attend pas moins un geste des FARC et du gouvernement car, rappelle-t-il, depuis que « le président a été élu l’accord humanitaire est sur la table mais il n’y prête pas attention ».

Sur le fronton de la mairie de Bogota, accolés aux portraits des séquestrés, ces mots formulent un voeu : « Oui à l’échange. De silence en accolades. De solitude en mots. De chaînes en baisers. D’absence en liberté ».


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