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Clara Rojas est sans nouvelles d'Ingrid Betancourt depuis trois ans

11/01/2008 - Le Monde, AFP

Ingrid, courage, j'espère te voir ici bientôt !" L'ancienne otage de la guérilla colombienne Clara Rojas, libérée jeudi 10 janvier avec l'ancienne sénatrice Consuelo Gonzalez, a révélé sur la radio Caracol être sans nouvelles depuis trois ans de son amie Ingrid Betancourt, enlevée avec elle en février 2002. Clara Rojas, avocate de 44 ans, était son assistante et sa directrice de campagne. Elle affirme que les guérilleros l'ont séparée de son amie"pour des raisons de sécurité".

Dans son interview, Clara Rojas a évoqué la naissance de son fils Emanuel, le 16 avril 2004, par césarienne. L'accouchement l'avait alors immobilisée pendant quarante jours, alors que les combats visant les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) étaient intenses. L'enfant, a-t-elle expliqué, a souffert d'une fracture du bras au moment de la naissance. "Cela a été très dur, mais je suis en vie pour lui, et j'espère que lui aussi. C'est un enfant très courageux."

C'est Ingrid Betancourt qui a confectionné les premiers habits d'Emanuel et lui a chanté des comptines en français, a poursuivi Clara Rojas. "Je garde ces souvenirs ; je veux les montrer à ma mère et les partager avec Yolanda [Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt]." Clara Rojas a été séparée de son enfant au bout de huit mois. Elle a appris, en même temps que l'opinion publique, que son fils avait été recueilli dans une institution colombienne, à Bogota, en 2005. "J'ai été la première surprise. Ils me disaient qu'il allait bien et de ne pas m'inquiéter, mais j'étais sans nouvelles de l'enfant."

"LES HOMMES ONT DES CHAÎNES AU COU EN PERMANENCE"

A propos de sa libération, Clara Rojas a révélé qu'elle et Consuelo Gonzalez ont marché pendant vingt jours sans faire de pause. "Nous étions épuisées et n'avons pas bien dormi." Interviewée sur une autre radio colombienne, la W, Consuelo Gonzalez, 57 ans, détenue par les FARC depuis septembre 2001, a dénoncé les conditions de captivité des otages masculins de la guérilla, assurant qu'ils sont enchaînés jour et nuit. "Les hommes ont des chaînes au cou en permanence. Ils se baignent avec, quoi qu'ils fassent ils ont les chaînes, et la nuit, peut-être pour des raisons de sécurité, ils les attachent à un arbre au bout de chaque lit", a raconté l'ancienne parlementaire. Les femmes détenues par la guérilla ne sont pas soumises au même régime.

Mme Gonzalez a demandé aux Colombiens de faire "quelque chose" pour la libération des autres otages. Les deux femmes ont apporté au président vénézuélien, Hugo Chavez, des preuves de vie de huit otages avec qui elles étaient codétenues. Mme Gonzalez a précisé que ces huit otages étaient "très épuisés physiquement, avec d'importants problèmes de santé (...), il n'y a pas de soins médicaux".

Uribe reconnaît l'efficacité de Chavez et appelle les FARC à une négociation

Le président colombien Alvaro Uribe a salué, jeudi 10 janvier, l'"efficacité" de l'opération menée par son homologue vénézuélien pour obtenir la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez et exprimé sa "gratitude" envers Hugo Chavez, dans une allocution télévisée aux Colombiens.

Lundi, Bogota avait pourtant indiqué qu'elle n'accepterait plus de missions internationales pour libérer les otages des FARC, après la tentative ratée, fin décembre, de faire libérer trois otages. Bogota avait accusé la mission menée sous l'égide du CICR et de Caracas de n'avoir servi"qu'à critiquer le gouvernement et à diffuser la propagande des FARC".

M. Uribe a souligné jeudi que les FARC gardent en captivité 750 personnes, dont 44 pourraient faire l'objet d'un échange, les autres faisant l'objet d'une demande de rançon. Le président colombien a invité les FARC "à considérer une négociation simple, vive, de bonne foi, qui serait entourée de garanties démocratiques".


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