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La libération de deux otages colombiennes, privées de leur liberté depuis six ans, (sans oublier les sept cent cinquante otages encore en captivité pour le compte des Farc, plus les deux milles cinq cent autres pour le compte d'autres organisations (Chiffres de la Fundación País libre, Colombie), met devant la scène deux problèmes de taille: d'une part, le projet politique de Chavez d'étendre la révolution Bolivarienne au niveau continental ("La République Bolivarienne du Sud") et la reconnaissance du gouvernement colombien du conflit intérieur avec les Farc d'autre part. et le processus de paix toujours dans l'impasse.
Le rôle joué par Chavez dans la libération de deux otages est indéniable.
Dans un premier moment, il a été désigné très officiellement comme médiateur par le Président Uribe, et cela, pour deux raisons. La première, l'espoir de voir aboutir la libération étant donné le prestige dont Chavez jouit aux yeux de la guérilla colombienne. Enfin, la propre initiative de Chavez en proposant au gouvernement colombien ses bons offices dans cette médiation. Plus tard, le Président Uribe déchoit le Président Chavez de sa fonction médiateur en dénonçant l'ingérence de Chavez dans les affaires et la politique colombiennes.
Malgré cela, la libération a été possible grâce à Chavez dans le cadre d'une diplomatie spectacle.
Comment faut-il mesurer la rôle joué par Chavez? Les Farc voulait donner raison à Chavez au milieu du conflit idéologique de fond qui oppose le Présidents Uribe (de la droite et principal allié des Etats-Unis dans le continent) et le Président vénézuélien. En libérant les deux otages, les Farc ont fait augmenter la valeur de médiateur de Chavez qui apparaît ainsi comme la seule personne (malgré les efforts de la France et de la communauté internationale) pouvant faire le lien entre le gouvernement colombien et les Farc.
Dans l'immédiat, Chavez se présente donc comme l'acteur fondamental dans la libération des otages. Fort de ce rôle, dans le moyen terme, il joue la carte de celui par qui le processus de paix en Colombie aboutira un jour. En tant qu'interlocuteur privilégié des Farc, il aspire à apporter une solution viable au conflit colombien.
Le 11 janvier, deux jours après la libération de deux otages, Chavez a fait une déclaration devant l'Assemblée Nationale de son pays, sous fond d'applaudissements nourris de ses partisans, pour proposer au gouvernement colombien, à la communauté internationale, aux gouvernements du continent latino-américain ainsi qu'à l'Europe, d'enlever le statut de terroristes aux Farc et, en échange, de leur donner le statut de "force belligérante". Pour Chavez, les Farc sont dotées d'un projet politique, d'un projet "bolivarien" dont il se fait le promoteur.
Les réactions en Colombie, du Président Uribe et de la classe politique, de droite comme de gauche, ont été immédiates.
Le gouvernement rejette fermement une telle proposition. Pour lui, "les groupes violents en Colombie sont terroristes parce qu'ils portent atteinte à la démocratie et utilisent des méthodes d'extermination en attentant contre l'humanité" (El tiempo, Bogotá, 11 janvier 2008). Le gouvernement dénonce également les activités de narco-traffiquants des Farc, leur principal moyen de financement, l'enlèvement de personnes, le recrutement forcé des enfants dans leur files, l'assassinats des enfants, de femmes, de personnes âgées, ainsi que l'utilisation de mines anti-personnelles dont le solde de victimes est énorme dans les pays (voir note à la fin de ce paragraphe), la violation des droits de l'homme et de droit international humanitaire, la destruction de l'écosystème du pays avec l'expansion de plantations de coca, le déplacement forcé de la population, de paysans. Le gouvernement dénonce donc le "terrorisme transnational" à la place d'une lutte politique dans le pays.
(Note : D'après le dernier rapport d"Action Intégrale contre les Mines anti-personnelles" (Colombie), en 2007, 33 civils et 154 militaires ont perdu la vie après avoir marché sur une mine et 148 civils et 539 militaires ont souffert de blessures et d'amputations de membres inférieurs. Ces chiffres dépasses les chiffres pour l'Afghanistan et le Cambodge.)
Les analystes politiques colombiens mettent en garde l'opinion sur les implications politiques de ce changement de statut. Les Farc peuvent avoir des relations diplomatiques ouvertes et formelles avec le Venezuela, des relations commerciales, voire même avoir un siège dans le pays voisin qui pourrait aussi leur proposer l'asile politique, figure qui n'a pas d'application dans le cas d'un terroriste.
De son côté, le président du Polo Democrático, parti de la dite « gauche démocratique » (opposée à la gauche armée, donc aux Farc) qui contrôle plusieurs mairies du pays, comme la mairie de Bogotá, la capitale, pense que le fait de reconnaître aux Farc le statut de belligérants n'implique pas la méconnaissance des actes de terrorisme dont ils sont responsables et pour lesquels ils doivent être jugés au-delà de leur statut d'organisation rebelle.
Un ex-ambassadeur de Venezuela en Colombie se déclara très étonné : "C'est la première fois qu'un chef d'Etat intervient dans ce sens".( El tiempo, Bogotá, 11 janvier 2008).
Le gouvernement argentin fait également état de son inquiétude. Tous ceux qui avaient fait partie de la mission humanitaire internationale, déclare-t-il, et qui se sont réunis en Colombie à la fin dumois de décembre, participaient à une mission humanitaire et non pas à une bataille politique comme le veut Chavez avec sa déclaration.
Le statut "belligérant" pour les Farc suppose qu'elles soient considérées comme un état dans l'Etat. Aujourd'hui, les Farc revendiquent d'être la vraie autorité dans beaucoup des régions du territoire national et, en pratique, d'être un autre gouvernement à l'intérieur du Gouvernement. C'est ainsi qu'ils sont forts de leur revendication de force belligérante. Avec un tel changement de statut, le conflit interne de la Colombie pourrait être assimilé à un conflit de type international. La prise d'otage deviendrait légitime.
Il est évident que Chavez a procédé à un virage dans son intervention en tant que médiateur dans l'affaire des otages. Dans un premier moment, son intervention était de type humanitaire. Maintenant, elle est ouvertement politique avec des intérêts partisans géopolitiques à l'échelle du continent. »