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Ingrid Betancourt a été isolée après des conflits avec ses geôliers et des otages

19/01/2008 - UniVision, Tribune de Genève

Fragilisée par près de six ans de captivité aux mains de la guérilla colombienne des Farc, Ingrid Betancourt a souffert d'un certain isolement après avoir connu des conflits avec ses geôliers, mais aussi avec ses compagnons de détention, selon des témoignages.

Consuelo Gonzalez, l'ex-parlementaire libérée la semaine dernière par la guérilla marxiste, a raconté que l'ancienne candidate à la présidence colombienne, qui possède aussi la nationalité française, s'était trouvée "un peu isolée" au sein du groupe à la suite de discussions politiques passionnées.

"Au début, nous parlions beaucoup de politique, nous commentions les nouvelles, mais rapidement nous nous sommes rendu compte que ces discussions, au cours desquelles certains adoptaient des positions très radicales, créaient des moments de tension, des conflits, et du jour au lendemain, nous avons décidé de ne plus parler de politique", a-t-elle révélé dans un entretien avec l'AFP.

"Avec Ingrid, mais aussi avec tout le groupe, nous avons traversé des périodes difficiles. Comme dans chaque groupe, il existe des moments de tension, de désespoir, et la détention elle-même génère les tensions", a poursuivi Mme Gonzalez.

Egalement libérée la semaine dernière, Clara Rojas, l'ancienne directrice de campagne de Mme Betancourt, enlevée à ses côtés en février 2002, avait indiqué qu'elles s'étaient brouillées à la suite d'une tentative d'évasion ratée.

Et en mai 2007, le sous-officier John Frank Pinchao Blanco, ancien compagnon de détention de l'otage franco-colombienne, qui venait de s'évader d'un camp des Farc, avait aussi évoqué ces discussions houleuses.

Le policier racontait qu'à plusieurs reprises il s'était disputé avec Ingrid Betancourt "sur des questions idéologiques" et qu'ils pouvaient ne plus se parler pendant des jours.

Le policier l'avait également qualifiée de "plus grand ennemi des guérilleros". "Elle leur parle durement. Elle n'hésite pas à les affronter", avait-il dit, ajoutant qu'elle avait tenté cinq fois en vain de s'enfuir et vivait comme les hommes avec des chaînes au cou.

"Une fois passée l'étape du chaos, de la confusion et de la négation de la situation d'otage, vient une étape d'acceptation, de crise émotionnelle qui conduit à la dépression", explique Dary Lucia Nieto, une psychologue de la fondation "Pays libre", spécialisée dans le soutien aux victimes d'enlèvement.

"Compte tenu des moments différents, des personnalités, des antécédents, de l'âge, certains otages connaissent des moments euphoriques alors que d'autres traversent des périodes de désespoir, et cela provoque de violents chocs. C'est à ce moment qu'une personne commence à sentir que les geôliers sont des ennemis, mais le groupe (de prisonniers) aussi", ajoute la psychologue.

Mme Gonzalez, qui a partagé le même camp de détention qu'Ingrid Betancourt entre 2003 et 2004, a confirmé qu'elle souffrait beaucoup de l'estomac, notamment pendant les longues marches.

Un autre de ses souvenirs témoigne du traitement infligé par les guérilleros: "Ils la transportent brusquement sur un hamac, la cognant contre les arbres et sans aucun égard pour son état, ils la balancent au sol".

Lorsqu'une personne est malade, indique Dary Lucia Nieto, les geôliers utilisent les médicaments comme "un moyen de soumission".

"La terrible situation physique de Betancourt, alors que les autres otages paraissent en meilleure condition, peut provenir de (la) sensation d'isolement", ajoute-t-elle.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), première guérilla du pays avec 17.000 hommes, réclament la libération de 500 de leurs hommes incarcérés en échange de 43 otages qu'elles détiennent, dont Mme Betancourt et trois Américains.


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