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La maman d'Ingrid Betancourt s'oppose à une libération militaire

10/01/2007 - Courrier International , CM&, Tele Sur, Peru.com

Yolanda PulecioLa mère de l'ex candidate présidentielle colombienne Ingrid Betancourt considère que les sauvetages militaires mettent en danger la vie des kidnappés, et exige du président Álvaro Uribe, de rechercher un accord humanitaire avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

Yolanda Pulecio, mère de l'ex candidat présidentielle colombienne Ingrid Betancourt, toujours détenue par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) depuis 2002, a rejeté l'option militaire pour le sauvetage de sa fille, comme le propose le gouvernement du président colombien Álvaro Uribe.

"En aucune manière. Nous ne donnons pas l'autorisation de monter un sauvetage militaire d'Ingrid ", a indiqué Yolanda Pulecio, qui ajoute que le retour de l'ex ministre de Développement Fernando Araújo "a été un miracle, parce qu'ils auraient pu le tuer ".

Ce n'est pas la première fois qui la mère de l'ex candidate présidentielle s'oppose à un sauvetage militaire, mais elle insiste à nouveau sur le sujet, après que le ministre de Défense, Juan Manuel Santos, ait indiqué qu'il envisageait un sauvetage par la voie militaire des otages qui sont encore en pouvoir des FARC, quelques heures après que l'ex ministre Araújo se soit enfui d'un campement de ses ravisseurs, après six années de kidnapping.

Yolanda Pulecio a fait valoir que les sauvetages militaires mettent en danger la vie des otages. Elle a exigé d'Uribe qu'il soutienne un accord humanitaire avec le groupe insurgé, afin de concrétiser l'échange de politiques et militaires retenus, contre des insurgés emprisonnés.

Fernando Araújo, l'otage de la polémique

L'aventure de l'ex-ministre qui a échappé à ses ravisseurs lors d'une intervention militaire relance le débat entre les partisans de la manière forte et ceux de la négociation pour libérer les otages détenus par les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

"Malgré les risques liés à de telles opérations, le retour à la liberté de l'ex-ministre Fernando Araújo démontre que le recours à la force est une voie possible pour secourir des otages." Telle est la conclusion que tire Cambio de l'édifiante évasion, le 31 décembre 2006, de Fernando Araújo, autrefois ministre du président Pastrana et détenu par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) depuis le 4 décembre 2000.

L'hebdomadaire colombien raconte les détails de cette fuite improbable, qu'il tient des confidences du fugitif. "Quand j'ai compris que les hélicoptères qui survolaient le camp allaient passer à l'attaque, j'ai profité de l'animation parmi mes geôliers, qui se préparaient à l'assaut, pour m'éclipser." On trouve d'autres précisions dans l'interview de Araújo que publie le quotidien El Espectador. "Les guérilleros m'avaient dit qu'ils me tueraient plutôt que de me laisser être secouru. Alors quand j'ai vu nos soldats, j'ai pensé 'soit tu t'évades, soit tu meurs' ; c'était une question de vie ou de mort. Et j'ai couru vers la jungle."

Du coup, l'ex-ministre n'a pas pu constater que les combats s'étaient soldés par la mort d'un militaire colombien et de six guérilleros, note Cambio. "Les jours suivants, je me suis caché. Dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, je me suis déplacé la nuit, et je me camouflais le jour ; je me suis nourri avec du yucca ; et c'est vendredi, quand je me suis réveillé, que j'ai décidé que j'allais sortir de la jungle pour essayer d'entrer en contact avec des soldats colombiens." Ce qui est advenu le vendredi 5 janvier.

"La fuite-sauvetage d'Araújo qui vient d'émouvoir tout le pays met l'accent sur l'absence de choix clair entre l'action militaire et la négociation", juge le chroniqueur Rodrigo Puyo Vasco dans El Colombiano. "Ce cas précis fait pencher la balance dans le camp de la force, même s'il subsiste des arguments contraires, certains parfaitement acceptables comme ceux des familles des otages qui craignent pour la vie de leur proche, d'autres plus contestables provenant d'opposants au gouvernement, au système, ou de sympathisants de la subversion…"

Si le chroniqueur insiste sur les réticences des familles, c'est que plusieurs opérations du même type que celle qui a abouti à la liberté pour Araújo ont échoué, tournant au drame "et au décès des prisonniers. Un gouverneur d'Etat et un ex-ministre de la Défense ont ainsi trouvé la mort", relève Cambio. Qui ajoute que pour ce qui est du sauvetage du 31 décembre, "la famille avait été consultée et avait donné son accord. L'opération avait été montée minutieusement à partir d'informations livrées à l'armée par un transfuge des FARC."

Le ministre de Défense Juan Manuel Santos tient cependant à préciser que si le gouvernement, fidèle à la ligne proclamée haut et fort par le président Alvaro Uribe, reste partisan de la manière forte, "il ne sera pas toujours possible de consulter les familles juste avant l'action", complète El Colombiano. Le quotidien cite aussi le commandant en chef des forces armées colombiennes, Freddy Padilla de Leyn, qui prétend que les chiffres plaident en faveur de la politique gouvernementale : "Lors des deux dernières années, le recours à l'armée a permis de libérer 441 personnes et d'arrêter 477 kidnappeurs." Le journal ajoute que, selon la fondation Pays libre, "3 177 personnes ont été séquestrées entre 1999 et 2006".

Dans El Espectador, Fernando Araújo plaide d'ailleurs pour un usage modéré de l'intervention armée : "L'expérience de mon sauvetage est un succès. J'ai toute confiance dans l'armée colombienne. Cependant, un accord humanitaire, dans les termes dictés par le gouvernement d'Alvaro Uribe, bien sûr, est une solution qui présente moins de risques pour les otages."

C'est aussi la leçon que tire le quotidien El Tiempo de l'aventure. L'ex-otage "a émis deux commentaires qui méritent réflexion. D'abord, la pression mise par les forces colombiennes obligeait les guérilleros à bouger en permanence et à être tout le temps en alerte. Mais la négociation ne doit pas être pour autant abandonnée, a aussi déclaré Araújo, qui a eu des mots de soutien pour les milliers de détenus aux mains des FARC."

Dans El Colombiano Rodrigo Puyo Vasco indique une piste. "La participation d'un tiers, en l'occurrence un pays prêt à assurer la médiation, serait un premier pas, car les échecs répétés des négociations de paix et des accords humanitaires ne laissent autrement pas beaucoup d'espoir. En effet, la détention d'otages comme boucliers humains pour protéger la guérilla risque de ne plus être très longtemps un prétexte suffisant pour empêcher les militaires d'agir afin de restaurer l'Etat de droit et le pouvoir de toutes les institutions à travers l'ensemble du pays."


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