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Durant les six années qu'il a passées comme prisonnier de la guérilla desForces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), Fernando Araújo a gardé le moral grâce à une routine quotidienne et en faisant durer chaque chose qu'il faisait le plus longtemps possible, jusqu'à boire un verre d'eau.
L'ex ministre de Développement, 51 ans, a échappé à ses ravisseurs la veille du Nouvel An, pendant une attaque militaire du campement dans lequel il était retenu prisonnier, puis il a erré pendant cinq jours à travers une nature hostile, une histoire qui a fasciné les Colombiens.
Le plus émouvant est peut-être de savoir comment Araújo, qui a été kidnappé par une guérilla urbaine alors qu'il se promenait dans les rues d'une ville des Caraïbes, le 4 décembre 2000, a fait pour ne pas être se laisser abattre pendant tous ces jours longs et ennuyeux, dans la montagne, surveillé par des jeunes rebelles.
''Chaque tâche quotidienne que je faisais, depuis me baigner, manger ou laver la vaisselle, je la transformais en une activité importante, raconte Araújo dans une interview avec AP.
Les Colombiens ont dévoré chaque détail de cette expérience extraordinaire et traumatique.
''Au début cela a été stressant, ce changement brutal entre mon ancienne vie et ma nouvelle vie comme otage, nous dit-il.
Il se levait de bonne heure chaque matin et écoutait les nouvelles à la radio. Quand quelqu'écrit lui tombait entre les mains, il le dévorait, il s'est même plongé avec passion dans la lecture d'un manuel de chimie.
Araújo a aussi profité de l'occasion pour mieux comprendre la mentalité des FARC et acquérir ainsi une meilleure compréhension du conflit de cinq décennies qui frappe son pays. Un pays où les rebelles kidnappent des personnalités politiques pour essayer de les échanger contre des militants emprisonnés ou pour toucher des rançons.
''Ce sont des gars de la campagne, la majorité sont analphabètes, ils n'ont pas beaucoup de connaissances, commente-t-il. Ils reçoivent un endoctrinement permanent qui leur dit que le reste de la société est mauvaise ou ignorante et que seuls eux, les rebelles, sont bons".
Les commandants de la guérilla avaient soin de changer ses 16 gardes régulièrement, pour qu'Araújo n'établisse aucun lien avec eux. Il s'ensuit que la majorité des conversations tournaient autour du football, et c'est pourquoi cet otage, membre de l'oligarchie colombienne, n'a jamais formé d'amitiés.
''Les relations ont toujours été cordiales, mais cela n'est jamais devenu de l'amitié".
Il vivait avec ses ravisseurs en changeant régulièrement de campement, dans une région où la température pouvait facilement dépasser les 37 degrés à l'ombre. Araújo a dû subir la séparation d'avec ses quatre fils, et la décision de son épouse de divorcer, après deux années. Il avait été enlevé seulement sept mois après leur mariage.
''Je me suis rendu compte qu'elle avait décidé de prendre un autre chemin après deux ans, quand ses messages ont arrêté et quand je n'ai plus entendu de nouvelles d'elle, et quand la radio a cessé d'annoncer qu'elle combattrait pour ma libération", a déclaré Araújo, un ingénieur civil.
En Colombie, il y a plusieurs radios qui consacrent des programmes pour que les parents des kidnappés leur transmettent des messages à l'aube, car on sait que beaucoup d'entre eux peuvent les écouter à ce moment de la journée.
Une pensée permanente occupait son esprit, celle de s'échapper, ''mais je n'ai jamais vu comment, parce que la surveillance était continue, nous dit-il.
Seize guérilleros le gardaient par équipes de six qui changeaient toutes les deux heures. A un certain moment il a eu autour de lui jusqu'à 50 combattants pour le garder.
''J'ai su que la première chose dont j'aurais besoin, c'était d'être en bonne condition physique pour m'enfuir, et je m'exerçais donc chaque jour".
L'occasion est arrivée le 31 décembre, quand il a vu que le moment était propice. Il écoutait la radio, quand il a remarqué que des hélicoptères volaient dans les environs, une chose à laquelle il prêtait peu d'importance parce que c'était habituel. Mais quand ils sont descendus plus bas et quand ils ont ouvert le feu, il a su que c'était une tentative de sauvetage.
En profitant de la confusion momentanée de ses ravisseurs, il s'est précipité au sol et il a fui le campement aussi vite qu'il a pu.
"Je savais qu'ils me tueraient en cas de sauvetage ; ou je m'échappais ou j'allais être tué - c'était le moment ou jamais" .
Il a couru 24 heures sans s'arrêter, car il voulait s'éloigner suffisamment du camp. Il craignait d'être trahi par des collaborateurs de la guérilla, et a donc évité les premières maisons qu'il a vues.
A un certain moment il s'est trouvé en face d'une montagne impossible à franchir, et il a donc dû reculer et marcher à nouveau en direction du camp de la guérilla.
Au cinquième jour il a rencontré un paysan qui lui a donné un verre de lait et des instructions pour arriver au village le plus proche.
En fin de compte, il est arrivé péniblement au village, affamé, assoiffé et épuisé, et a finalement trouvé quelques soldats qui se sont demandé pourquoi cet homme "à l'apparence de fou" les embrassait, avant qu'ils ne découvrent son identité.
Après avoir donné des dizaines d'interviews, Araújo pense maintenant à son futur.
''Revenir à la vie normale, c'est un processus, ce n'est pas un moment précis, nous dit-il.
Il se réveille encore parfois en se demandant si tout cela n'a pas été un rêve, et il n'est pas sur de rester en Colombie, "de crainte que la guérilla ne veuille l'assassiner pour s'être échappé".