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En Colombie, les aveux du chef des paramilitaires

18/01/2007 - Le Monde, Le Nouvel Obs, Reuters, The Guardian

Assis devant son ordinateur portable, en complet-veston impeccable et rasé de près, l'homme a commencé ses aveux. Il a remis au juge une première liste de ses victimes, longue de 336 noms. Depuis le lundi 15 janvier, Salvatore Mancuso parle. Agé de 48 ans, il a dirigé les Autodéfenses unies de Colombie (AUC, milices d'extrême droite) dans le nord du pays pendant plus de dix ans. Comme les 58 autres chefs des groupes paramilitaires qui ont accepté de désarmer leurs troupes, M. Mancuso est aujourd'hui incarcéré dans la prison d'Itagui, près de Medellin. Pour bénéficier des réductions de peine accordées par la loi dite "justice et paix", les paramilitaires démobilisés doivent avouer "toute la vérité".

"On imaginait depuis longtemps cette vérité, mais elle est effrayante à écouter", souligne Ana Teresa Bernal, représentante des victimes à la Commission nationale de réparation et réconciliation. "Les mères, les soeurs, les enfants des victimes de Mancuso ont du mal à retenir leur émotion et leur indignation", ajoute-t-elle. Un circuit fermé de télévision ayant été installé au tribunal de Medellin, une cinquantaine de personnes ont pu écouter en direct les aveux du chef paramilitaire.

Massacre au couteau

M. Mancuso a admis, entre autres crimes, avoir dirigé le massacre d'El Aro (Centre), le 25 octobre 1996. Sous les yeux des habitants du village, quinze personnes ont été torturées puis assassinées par un commando. Selon le principal chef des AUC, l'opération a été préparée dans le bureau du commandant de la 4e brigade de l'armée. Le général Alfonso Monsalva, aujourd'hui décédé, aurait fournit renseignements et appui logistique. Quelques mois plus tard, toujours selon M. Mancuso, la force aérienne prêtait main forte aux miliciens qui massacraient au couteau 51 personnes à Mapiripan (Est). Le chef d'état-major, le général Padilla, s'est empressé de déclarer que l'éventuelle culpabilité de militaires restait à prouver et ne pouvait être qu'individuelle.

A en croire M. Mancuso, toutes ses victimes étaient des complices avérés de la guérilla d'extrême gauche. Pour venir à bout des guérilleros, les AUC ont tenté de les isoler en massacrant les civils soupçonnés d'accointance avec eux. Les défenseurs des droits de l'homme évaluent à plusieurs milliers le nombre de ces victimes civiles. La liste des 336 personnes assassinées sur ordre de M. Mancuso comprend des militants et des élus de gauche, des professeurs et des étudiants, des syndicalistes, des dirigeants paysans et indiens. Condamné par la justice ordinaire à quarante ans de prison pour le massacre d'El Aro, M. Mancuso pourrait voir sa peine définitive réduite à huit ans.

Le chef des AUC a expliqué comment les paramilitaires avaient infiltré la classe politique et l'Etat. Selon Mme Bernal, M. Mancuso a reconnu s'être initié à la lutte contre la guérilla dans le cadre des milices "Convivir". Un temps autorisés par la loi, ces groupes d'autodéfense ont connu leur essor dans la région de Medellin, à l'époque où l'actuel président Alvaro Uribe (droite) était gouverneur du département.

Après avoir durement critiqué les négociations menées par le gouvernement Uribe avec les paramilitaires et la loi "justice et paix", les organisations de défense des droits de l'homme se félicitent de voir finalement la vérité se faire jour

Mancuso affirme avoir forcé des électeurs à voter pour l'actuel président Uribe en 2002

Le plus important chef paramilitaire d'extrême-droite en Colombie a déclaré devant un tribunal spécial que des escadrons de la mort sous sa direction ont forcé en 2002 des électeurs à voter pour l'actuel président Alvaro Uribe, qui a vivement réagi à ces allégations mercredi.

Salvatore Mancuso, un des dirigeants des AUC (Forces d'Autodéfense unies de Colombie), a reconnu que son groupe avait soutenu M. Uribe, a déclaré à l'Associated Press l'avocat Omaira Gomez, qui était présent lors de l'audience à huis clos mardi.

Mercredi, le président colombien a fermement démenti que les paramilitaires aient influé sur sa victoire lors de l'élection de 2002.

"C'est la première fois que je reçois des informations selon lesquelles les paramilitaires ont pressé des gens à voter pour moi", a-t-il déclaré au micro de la radio RNC. "Dans chaque Etat dominé par les paramilitaires, j'ai perdu les élections, sauf dans l'Etat de Magdalena, ou j'ai gagné avec 7.000 ou 8.000 voix".

La classe politique colombienne fait face à une série de révélations liant des dirigeants aux paramilitaires. Trois membres du Congrès ont été arrêtés, et plusieurs alliés du président conservateur sont impliqués. M. Uribe n'a pas pour l'instant été entraîné dans ce scandale "para-politique".

M. Mancuso est l'architecte d'un accord de paix signé en 2003, en vertu duquel il témoigne actuellement devant le tribunal spécial de Medellin. L'accord a mené à la démobilisation de 31.000 paramilitaires, et prévoit des peines réduites pour les miliciens qui avoueraient leur implication dans les violences, massacres, tortures et autres crimes commis pendant les affrontements avec les rebelles d'extrême-gauche, qui ont ensanglanté la Colombie pendant un demi siècle.

Durant quatre jours de témoignages qui ont captivé le pays, M. Mancuso a avoué avoir commandité des massacres, dont un raid en 1997 sur la ville d'El Aro (nord), dans lequel 15 paysans ont été tués.

L'accord de paix a été dénoncé par des organisations de défense des droits de l'Homme, qui jugent le gouvernement trop indulgent avec des criminels pour certains impliqués dans des massacres et le trafic de cocaïne. Ces organisations exigent également des dédommagements financiers pour les proches des victimes.


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