|
||||||
Le glyphosate est un herbicide qui tue les mauvaises herbes et envenime les relations diplomatiques. Soutenue par les Etats-Unis, la Colombie juge qu'elle est en droit de l'utiliser sur son territoire pour venir à bout des cultures de coca, l'arbuste dont on tire la cocaïne. Mais l'Equateur voisin dénonce les conséquences écologiques des aspersions aériennes d'un herbicide non sélectif menées à sa frontière et les risques sanitaires encourus par sa population.
A la veille de l'investiture du président équatorien Rafael Correa (gauche), prévue le 15 janvier, la reprise de ces fumigations aériennes a déclenché une crise diplomatique sans précédent entre les deux pays andins. L'Equateur exige l'arrêt immédiat des épandages d'herbicide et menace de saisir du dossier l'Organisation des Etats américains (OEA) et les Nations unies. Le président colombien Alvaro Uribe (droite) n'a pas confirmé s'il assisterait à la prise de fonctions de son homologue équatorien.
M. Correa s'est rendu, le 29 décembre, à la frontière et a qualifié de "maladroite" la politique antidrogue de la Colombie. Sa future ministre des relations extérieures, l'écologiste Maria Fernanda Espinosa, a pour sa part évoqué "des mesures plus drastiques" que celles adoptées par l'actuel gouvernement équatorien si le dialogue avec Bogota devait échouer.
Les Equatoriens ont l'impression de payer un lourd tribut au conflit colombien. Financée par Washington, la guerre du gouvernement Uribe contre la drogue et les guérilleros qui en vivent a repoussé vers le sud-ouest de la Colombie les cultures illicites et les combats. Armes et drogue, combattants et réfugiés passent la frontière qui s'étire sur 640 km entre hauteurs andines et forêt tropicale. Huit mille soldats équatoriens tentent sans succès de la contrôler.
Début 2006, Bogota s'est engagé à suspendre les épandages aériens dans le département frontalier du Putumayo. A Quito, la décision a été présentée comme une victoire diplomatique. Toutefois, le 11 décembre, le président Uribe a annoncé que 10 000 nouveaux hectares de coca avaient été détectés dans le Putumayo. Et il a donné ordre aux petits avions chargés de glyphosate de reprendre leurs vols. Indigné de l'"attitude hostile" de la Colombie, le président équatorien Alfredo Palacios a alors rappelé son ambassadeur à Bogota. Et le président élu, Rafael Correa, a annulé au dernier moment une visite au président colombien.
Le ministre colombien de l'agriculture a rappelé, de son côté, que l'Equateur faisait un usage agricole du glyphosate, à grande échelle, tandis que la ministre des relations extérieures invoquait l'innocuité de l'herbicide. A Bogota, le directeur de la police a déclaré subitement que des cultures de coca avaient été détectées en territoire équatorien.
Les arguments colombiens ont été mal reçus à Quito. "Le gouvernement Uribe joue les provocations pour masquer le scandale intérieur concernant des liens entre la classe politique colombienne et les paramilitaires d'extrême droite", considère un proche du futur président équatorien. Le dialogue s'annonce difficile.