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Du fond de la forêt, Ingrid Betancourt sera-t-elle candidate à la présidence de la Colombie ? Son mari, Juan Carlos Lecompte, a annoncé, mardi 17 janvier, une "bataille légale" pour présenter la Franco-Colombienne, otage de la guérilla, à l'élection présidentielle du 28 mai.
Ingrid Betancourt, âgée de 44 ans, a été enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le 20 février 2002, alors qu'elle briguait justement la présidence de la République au nom des Verts. "La présence d'Ingrid dans le débat politique est plus que jamais nécessaire", estime son époux. Il veut "faire contrepoids" au président Alvaro Uribe, candidat à la réélection, et considère que "la démocratie colombienne et les électeurs ont tout à y gagner". M. Lecompte a publiquement enjoint aux FARC de libérer son épouse. "Si les guérilleros ne veulent pas faire le jeu d'Uribe en négociant avec lui, ils n'ont pas à négocier, ils n'ont qu'à la libérer unilatéralement", a-t-il plaidé.
Malgré d'apparentes concessions de part et d'autre, gouvernement et guérilla refusent toujours de se rencontrer pour négocier la liberté de Mme Betancourt, celle de son assistante, Clara Rojas, et de soixante autres otages politiques, militaires ou policiers, dont certains sont retenus depuis sept ans. Un émissaire de la France a rencontré à trois reprises les représentants des FARC en 2005, sans obtenir une preuve de vie d'Ingrid Betancourt. Les dernières nouvelles parvenues à la famille Betancourt remontent à mai 2003.
"Pour lancer la candidature d'Ingrid, nous devons obtenir des autorités qu'elles restituent une existence légale à son parti", explique son mari. En effet, le petit parti créé par Mme Betancourt, Oxigeno Verde (Oxygène vert), a cessé juridiquement d'exister en juin 2003, n'ayant pas obtenu le nombre de voix exigé par la loi pour être reconnu par les autorités électorales. Un recours administratif a été refusé en première instance, mais la Cour constitutionnelle doit encore se prononcer.
"L'action judiciaire que nous avons intentée vise à obtenir la préservation des droits et garanties électorales d'Ingrid, car elle a été capturée lorsqu'elle était investie d'une candidature présidentielle", explique l'avocat Harrison Vasquez. Au moment de son enlèvement, Mme Betancourt était créditée de moins de 2 % des intentions de vote.
"PRÉSERVER LE DROIT D'INGRID"
"Nous envoyons un message à l'opinion publique colombienne et internationale, afin qu'elles sachent que, dans ce pays, les libertés publiques sont de plus en plus restreintes, ajoute M. Lecompte. Nous devons maintenir les droits des personnes séquestrées." A son avis, "la candidature d'Ingrid est une question de dignité nationale et de solidarité avec les séquestrés, dont les droits sont bafoués".
Il évoque la situation des otages qui, à leur libération, se retrouvent à chercher du travail et à payer les traites accumulées de leur appartement, quand ce ne sont pas les impôts. "Si l'Etat colombien n'est pas en mesure de défendre la liberté de ses citoyens, il doit au moins protéger leurs droits, leurs biens et, le cas échéant, leur parti, martèle M. Lecompte. Oxigeno Verde doit exister. L'Etat doit préserver au moins le droit d'Ingrid d'appartenir à un parti politique qu'elle a fondé et qu'elle a dirigé jusqu'au moment de son enlèvement."
Et de conclure, plus souriant : "Avec Uribe donné gagnant par tous les sondages, le débat politique est très ennuyeux. Ingrid lui donnera du piquant."
A l'annonce de cette initiative, Yolanda Pulecio, la maman d'Ingrid Betancourt a insisté sur le fait que la seule chose sur laquelle devrait doit se concentrer l'opinion publique était le processus par lequel le Gouvernement et la guérilla devraient concrétisent rapidement un accord humanitaire avec aide de la Communauté Internationale, pour la libération tant de sa fille que celle des autres kidnappés, à travers un accord humanitaire.
LA POSITION DE YOLANDA PULECIO
"La déclaration de Juan Carlos Lecompte est une décision personnelle. Ni moi ni les membres du Parti Oxygeno Verde n'avons été consultés. Mon opinion à ce sujet est la suivante :
Quand elle se présente à un poste, Ingrid le fait après avoir réfléchi sérieusement. Pour elle la parole est importante, et si elle se lance dans un débat électoral c'est pour apporter des arguments, comme elle l'a fait dans ses campagnes précédentes. Je ne peux pas imaginer Ingrid comme une candidate muette, parce que les objectifs d'Ingrid n'ont jamais été de figurer pour simplement faire de la figuration.
Aujourd'hui les choses sont différentes, et ni Juan Carlos ni moi ne savons quelle est la position actuelle d'Ingrid en ce qui concerne la situation du Pays. La décision lui appartient, et par conséquent, tant que je n'ai pas une lettre signée par elle, qui exprime son désir d'être présentée comme candidate, je marque mon opposition et je n'autorise rien à ce sujet.