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Douste-Blazy fait le point sur les otages en Colombie

29/01/2006 - Stop-Info

Le ministre des affaires étrangères a fait un aller-retour en Colombie ce jeudi pour évoquer avec Alvaro Uribe la possibilité d’un échange de prisonniers avec les FARC.

Tout le monde est d’accord sur une chose, les négociations sur une éventuelle libération des otages en Colombie sont au point mort. L’optimisme qui avait surgi d’une initiative européenne en décembre dernier est vite retombé. La principale guérilla colombienne a en effet repoussé au 2 janvier la médiation proposée par la France, la Suisse et l’Espagne afin d’aboutir à un "échange humanitaire" entre des otages et des prisonniers rebelles, montrant du doigt le président colombien comme principal responsable. C’est dans ce contexte que Philippe Douste-Blazy s’est déplacé pour évoquer les perspectives d’un accord et pour se réunir avec des proches des otages.

La médiation européenne en suspend

Le projet présenté aux FARC début décembre par les diplomates européens visait à démilitariser une zone de 180 km² pour y mener des négociations avec le gouvernement colombien. La chaîne de télévision CMI avait d’ailleurs annoncé le 24 décembre que la guérilla souhaitait inviter les ambassadeurs des trois pays servant d’intermédiaires pour en discuter. Une semaine plus tard, les FARC ont cependant rejeté l’offre par un communiqué. Cette annonce avait été précédée par la mort de 29 soldats de l’armée colombienne le 27 décembre, suite à une attaque de la guérilla, qui s’avérait être la plus meurtrière de l’année en cours. Pour justifier leur refus d’entamer des négociations, l’organisation armée affirma qu’elle demandait la démilitarisation d’une zone quatre fois plus vaste, en ajoutant que "le principal obstacle d’un accord humanitaire est l’absence de volonté politique de l’actuel président colombien".

Celui-ci a vivement réagit aux accusations, traitant les FARC de "bouffons". Depuis son élection en 2002, il a en effet privilégié une ligne de fermeté envers la guérilla, en optant pour une solution militaire au conflit. Cette politique, soutenue par les Etats-Unis, a jusque là reçu un écho très favorable en Colombie, puisque Uribe bénéficie d’environ 70% d’opinions favorables dans les sondages. La proposition européenne venait cependant à point nommé pour rétablir un dialogue, et trouver une solution sur le sort des otages (la proposition d’échange portait sur 59 personnalités politiques et militaires, contre environ 500 prisonniers rebelles).

Les prisonniers "otages" de la campagne électorale

C’est dans ce contexte que Philippe Douste-Blazy a rencontré Alvaro Uribe ce jeudi, en se contentant de réaffirmer à la sortie "l'engagement constant du gouvernement français" pour la libération des Français, et notamment de la franco-colombienne Ingrid Betancourt détenue depuis presque quatre ans. Il s’est en outre montré relativement optimiste sur les possibilités de réactiver l’initiative européenne, affirmant que "l'accord humanitaire est une revendication que [les FARC] ont formulée de longue date".

Toute initiative diplomatique doit cependant être replacée dans le cadre de la campagne présidentielle. Alvaro Uribe se présente en mai à sa propre succession, et a pour l’instant toutes les chances de l’emporter. Un accord d’échange (plébiscité par une majorité de Colombiens) pouvant profiter à la campagne d’Uribe, les FARC ne lui feront aucun "cadeau" sur ce point. Le groupe armé a notamment accusé le président d’instrumentaliser la proposition européenne à des fins électoralistes, en la rendant publique début décembre. Cette idée a été relayée par le mari d’Ingrid Betancourt, Juan Carlos Lecompte, qui reprochait à Uribe d’avoir "montré au pays de manière précipitée les progrès obtenus par la France, l’Espagne et la Suisse", et de ne pas avoir de "volonté politique" pour parvenir à un accord.

Dans l’immédiat, un "échange humanitaire" apparaît donc plus qu’improbable, chaque camp évaluant les répercussions que cela pourrait avoir sur la campagne présidentielle. Bien qu’impuissante dans ce contexte, la diplomatie française a donc profité de cette visite pour réactiver la relation bilatérale, mise à mal par une série d’intromissions du Quai d’Orsay dans le conflit colombien.


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