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Cet écrivain et penseur (Portugal, 1922) jouit d’une admiration sans bornes pour un monde qui l’a consacré comme une des plus importantes figures littéraires du siècle dernier.
Sceptique et intellectuel, Saramago (premier portugais a avoir eu le prix Nobel de littérature) garde une position éthique engagée avec le genre humain. Il est depuis toujours membre du parti communiste. Il se rallia à la révolution dite des oeillets qui marqua la fin de la dictature portugaise (1974).
Il vint en Colombie dans le cadre d’une tournée à travers divers pays pour promouvoir son dernier roman, « Essai sur la lucidité », sa création la plus politique, où il propose une hypothèse originale sur ce qui se passerait si 83% des électeurs d’un pays votaient blanc.
Vous connaissez bien la situation colombienne. La guerilla se justifie t’elle ?
Elle a toute sa justification dans le cadre de la résistance d’un peuple occupé par un envahisseur. Ce qui se passa en France pendant la seconde guerre mondiale ou ce qui se passe actuellement en Irak. Le concept de guerilla a quelque chose de noble, c’est à dire des citoyens qui s’organisent pour résister à l’envahisseur. Je ne crois pas que ce soit le cas de la Colombie. Ici il n’y a pas de guérilla mais des bandes armées.
Vous êtes communiste et la guerilla s’est identifiée au communisme...
Je ne peux imaginer un pays communiste qui s’adonne à la séquestration, l’assassinat et la violation des droits de l’homme. Ils ne sont pas communistes, peut être le furent ils au début, plus maintenant.
Quelle est l’alternative face aux problèmes sociaux du pays ?
D’une part une démocratie effective qui fonctionne, d’autre part le respect des droits de l’homme.
A chaque élection, les partis présentent un programme pour obtenir des voix. Si les partis, au lieu de se fatiguer à faire tant de promesses qu’ils ne tiennent jamais, se limitaient à défendre la déclaration universelle des droits de l’homme, ils auraient un programme de gouvernement.
Les droits de l’homme ne sont respectés nulle part. Droit à la vie, à une existence convenable, à manger et au travail ; à la santé et à l’éducation. Le grand combat de la citoyenneté doit être la lutte pour le respect des droits de l’homme.
Pourquoi ne s’appliquent ils pas ?
La remise, le 10 décembre 1998, de mon prix Nobel a coïncidé jour pour jour avec le cinquantenaire de la signature de la déclaration des droits de l’homme. A cette occasion, il y eut partout dans le monde des événements et informations sur les droits de l’homme. L’année d’après, le 10 décembre 1999, je n’ai entendu ou lu quoi que ce soit. Je suis très attentif à ce qu’il va se passer dans quelques jours, le 10 décembre de cette année mais je suis sûr que personne n’en parlera. Les gouvernements, les multinationales et entreprises nationales ne s’y intéressent pas. Les citoyens sont apathiques. Les droits de l’homme continuent d’être une sorte de comédie ; pire, une farce, pire, une tragédie, parcequ’ils servent seulement la rhétorique parlementaire ou politique quand ça arrange, mais après, on les enterre et on en parle plus.
Que faire dans un pays comme la Colombie, avec deux millions de déplacés, avec 3000 séquestrés, avec des femmes maltraitées, des filles violées, avec des enfants qui font la guerre, avec des hommes assassinés... ?
Je dirai qu’en guise de consolation, aux grands maux les grands remèdes : Voter blanc. Il faut arrêter avec cette fatalité qui consiste à dire on va voter pour un homme ou pour cet autre sans que rien ne change : la police et ses attaques, les bandes armées et ses enlèvements, le peuple avec la faim et le chômage. Le peuple doit dire : ça suffit !. Mais il ne s’agit pas de dire stop et de rester à la maison, c’est à dire s’abstenir de voter ; il s’agit de dire stop et voter blanc. Je vous assure qu’on s’en apercevrait et que le système commencerait à trembler.
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En plus des problèmes déjà mentionnés en Colombie, nous sommes en train de perdre nos indigènes puisque la guerilla, mais aussi paramilitaires et narco trafiquants les assassinent...
Ce lent génocide contre les véritables propriétaires de la terre américaine commença en 1492 et continue implacablement. Je ne parle pas seulement de la Colombie, également des indigènes de Chenalho aux Chiapas (Mexique) ou des Mapuches du sud. L’indifférence des gens ne m’étonne pas ; c’est la marque de fabrique du colonisateur. En continuant ainsi, les indigènes disparaîtront totalement comme une espèce d’animal en voie de disparition, et les gens diront : « Ce fut un crime de plus, à rajouter à ceux déjà commis contre les indigènes. »
Vers quoi va le monde ?
Il y a quelques semaines nous déjeunions ma femme et moi avec Umberto Eco à Milan. A un moment il me dit « j’ai peur de ce que l’avenir réserve à mon petit-fils ». Si vous analysez mes propos dans ce reportage, je trouverais que nous devons tous avoir peur de l’avenir.
Voir l'article complet, et la réponse (favorable à la guérilla) de James Petras, professeur émérite de l’université d’État de New York à Binghamton (USA) et professeur associé de la St Mary’s University, Halifax (Canada) sur :