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Ingrid, Florence et les autres

22/01/2005 - Le Figaro

ALEXANDRE KAUFMANN / AFP.

Alors qu'après le retour de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot, la tragédie des otages continue avec la disparition en Irak de la journaliste Florence Aubenas et de son chauffeur Hussein Hanoun al-Saadi, une autre Française est toujours maintenue en captivité : Ingrid Betancourt, enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) le 23 février 2002, avec son amie et chef de campagne, Clara Rojas.

Pas de nouvelles officielles depuis août 2002, mais on l'imagine plutôt en bonne santé, l'intérêt de la guérilla étant de la garder en vie afin de l'utiliser comme monnaie d'échange. Côté négociations, on est toujours au point mort. Un «échange humanitaire» est proposé par le président Alvaro Uribe, mais à la condition que les guérilleros relâchés ne rejoignent pas leurs 17 000 camarades d'armes. Inacceptable pour les Farc.

Par ailleurs, l'idée même d'un tel troc est controversée, car il s'agirait alors d'échanger des innocents kidnappés et séquestrés contre des guérilleros condamnés par un tribunal officiel colombien. D'ailleurs, dans une des vidéos diffusées par les Farc en 2002, Ingrid Betancourt déclarait qu'un échange humanitaire ne pouvait concerner que des combattants, et que les civils devaient être libérés spontanément.

Pourtant, selon Miguel Gomez-Martinez, ambassadeur de Colombie à Paris, «il est plus facile de libérer des otages en Irak que d'avoir affaire aux Farc». On sait que ces dernières disposent de l'expérience, des infrastructures et de la logistique nécessaires pour garder des détenus très longtemps, et qu'elles n'ont pas besoin de rançon, le trafic de drogue leur fournissant déjà suffisamment d'argent.

Mais surtout, l'ex-étudiante de Sciences-Po est pour les guérilleros une véritable aubaine : selon Roberta Granda, porte-parole des Farc récemment capturée, sa nationalité française et le tapage médiatique européen en sa faveur lui confèrent une valeur «fantastique et exceptionnelle».

Ainsi, toujours d'après Miguel Gomez-Martinez, «l'agitation des médias français a en quelque sorte servi les Farc, en leur faisant prendre conscience de la valeur de leur prisonnière». Autre problème, cette fois soulevé par une partie de l'opinion publique colombienne : comment justifier la seule libération d'Ingrid Betancourt plutôt que celle d'un autre innocent ?


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