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Caracas et Bogotá sont empêtrés dans une des plus graves crises diplomatiques ayant jamais opposé ces deux pays andins. La presse hispanique présente l'ensemble du dossier. Entre Caracas et Bogotá, rien ne va plus. L’objet de la discorde porte sur l’arrestation, le 13 décembre dernier à Caracas, d’un représentant de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC, Rodrigo Granda. "Les deux pays se trouvent en confrontation depuis que le gouvernement colombien a admis avoir payé des militaires vénézuéliens pour qu’ils capturent le chef des rebelles marxistes et le lui remettent après avoir franchi la frontière", rappelle El País, de Madrid. Se plaignant d’une violation flagrante de la souveraineté territoriale du Venezuela, le président Hugo Chávez a demandé à son homologue colombien de reconnaître qu’il a commis une erreur et de lui faire des excuses.
Mais Bogotá nie l’accusation et s’est interrogé en retour sur la liberté de mouvement accordé à l'"ambassadeur" des FARC au Venezuela. Les FARC sont considérées comme une organisation terroriste par Bogotá et les Etats-Unis, leur grand allié.
Aussi Hugo Chávez ne décolère-t-il pas. Il a rappelé son ambassadeur de Bogotá et a menacé de geler les relations diplomatiques avec la Colombie et les relations commerciales bilatérales. Pour la revue colombienne Cambio, "l’ultimatum de Chávez à Uribe afin que ce dernier lui présente des excuses a accru la tension entre les deux gouvernements au point que plusieurs présidents de la région, comme le Péruvien Alejandro Toledo, le Chilien Ricardo Lagos, le Brésilien Luiz Inácio da Silva et le Mexicain Vicente Fox ont proposé leurs services pour éviter que le différend entre la Colombie et le Venezuela s’aggrave".
Le quotidien espagnol El País rappelle que "la méfiance entre les deux pays est ancienne et s’est accentuée quand Hugo Chávez et les FARC se sont entendus, du moins sur le papier, pour manifester leur attachement respectif aux idéaux bolivariens".
Si les deux parties campent sur leurs positions, la crise a pris une autre dimension depuis que Hugo Chávez a accusé les Etats-Unis, le 23 janvier, d’être impliqués dans l’affaire Granda. Le président vénézuélien, populiste de gauche, est un critique radical de l’administration Bush. Washington a non seulement démenti en bloc toute implication, mais a répliqué en demandant à Caracas d’agir avec vigueur contre les terroristes. Tout en adoptant la position de Bogotá, Washington estime que "les autorités vénézuéliennes veulent détourner l’attention sur la tolérance qu’elles accordent aux groupes terroristes qui agissent depuis leur territoire en toute impunité", explique El Universal, de Caracas
"Le Venezuela n’a pas à rendre de comptes aux Etats-Unis", a répondu le vice-président vénézuélien José Vicente Rangel, cité par El Universal. Et Rangel d’ajouter : "Le gouvernement vénézuélien répondra à la demande d’explication du gouvernement colombien en temps voulu et sans pressions." La grave crise qui oppose Caracas et Bogotá pourrait cependant trouver une solution diplomatique avec la rencontre des deux chefs de la diplomatie à l’occasion de la réunion du Conseil andin des ministres des Affaires étrangères à Lima, au Pérou, aujourd’hui mercredi 26 janvier, signale El Tiempo, journal colombien.
Reste que la violence des propos et des attitudes a obligé chacune des parties à se préparer à la guerre, affirme l’hebdomadaire colombien Cromos. "'Un jour, il faudra que l’on jette au feu tous les plans de guerre ébauchés entre la Colombie et le Venezuela", avait proposé Hugo Chávez à Alvaro Uribe le 14 juillet dernier. Six mois plus tard, l’ambiance est à la confrontation. La capture de Rodrigo Granda s’est transformée en incident diplomatique qui a poussé les forces militaires des deux pays à actualiser leurs 'hypothèses de guerre' et qui pourrait à tout moment basculer dans un conflit réel."
par Philippe Randrianarimanana dans :