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Une fois n'est pas coutume, le président Alvaro Uribe a exprimé "sa gratitude" à Piedad Cordoba. Féroce critique de la stratégie sécuritaire du gouvernement, Mme Cordoba a réussi là où d'autres médiateurs ont échoué. Elle a obtenu que les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie libèrent unilatéralement six otages.
"Merci, merci Piedad" : ce furent les premiers mots d'Alan Jara, un ex-gouverneur qui, mardi 3 février, retrouvait la liberté, après sept ans et demi passés dans la jungle. Mais éloges et remerciements n'ont pas mis fin aux problèmes judiciaires de la sénatrice. Mme Cordoba est en effet impliquée dans le scandale dit de la "FARC-politique".
Sur la base des courriels du chef guérillero Raul Reyes, abattu par l'armée en mars 2008, la justice colombienne ouvrait, en mai de la même année, une enquête préliminaire contre une douzaine de personnalités colombiennes.
Trois parlementaires, deux journalistes et un ancien ministre sont concernés. Tous sont soupçonnés d'avoir entretenu des liens coupables avec l'organisation armée. Aucun n'a encore été condamné. "L'enquête, complexe, avance lentement", confirme Julio Enrique Socha, président de la salle pénale de la Cour suprême - compétente pour juger sénateurs et députés.
La dimension politique du dossier complique évidemment le travail de l'instruction. "La justice était tenue d'enquêter, rappelle un juge d'instruction, pas forcément de condamner."
Carlos Lozano dirige l'hebdomadaire communiste Voz. Comme Mme Cordoba, il avait été officiellement autorisé à contacter les FARC pour tenter de négocier la liberté des otages. Il a été mis en examen pour délit de rébellion. "L'accusation est absurde, les preuves très contestables", affirme son avocat. Membre du Comité de défense des prisonniers politiques, il ne cache pas son inquiétude.
Le gouvernement cherche-t-il à utiliser la "FARC-politique" pour faire diversion ?
Le scandale de la "parapolitique" et les révélations concernant les liens entre certains parlementaires de la majorité présidentielle et les milices paramilitaires ternissent l'image du président Alvaro Uribe sur la scène internationale.
Piedad Cordoba, aimée et haïe, un nouvel espoir de liberté
La sénatrice colombienne Piedad Cordoba, un ardente opposante au gouvernement du président Álvaro Uribe, éveille l'amour et la haine dans son pays, et est devenue en Colombie l'espoir de liberté pour beaucoup de kidnappés et leurs familles, qui voient en elle l'issue politique à leur calvaire.
Cordoba, femme noire de 54 ans qui porte toujours un coquet turban, s'est initiée à la politique dans sa ville natale, Medellín, où depuis un âge très jeune elle a commencé à travailler avec des Communautés marginales, une travail qu'elle a continué par la suite dans sa profession d'avocate et comme militante du parti d'opposition Libéral.
Représentante de l'aile de gauche du mouvement politique traditionnel, elle a la réputation de « ne pas avoir la langue en poche » à cause de ses positions polémiques. A plusieurs reprises le pouvoir l'a accusée de maintenir des liens avec les guérillas colombiennes et ainsi de « trahir la patrie ».
Menacée plus d'une fois pour ses idées, victime du conflit armé qui ensanglante sa nation, elle s'est donné pour but, depuis qu'elle est arrivée pour la première fois au Congrès en 1992, de résoudre ce conflit par la voie négociée.
Elle a été kidnappée en 1999, pendant son second terme au Congrès, par ordre de Carlos Castaño, feu le fondateur des paramilitaires Auto-défenses Unies de Colombie (AUC), qui l'a remise en liberté quelques semaines plus tard (suite à l'intervention personnelle d'Ingrid Betancourt)
Le coup la plus récent qu'elle a subi a été, en 2006, la disparition et l'assassinat de son conseiller Jaime Enrique Gómez Velásquez, un professeur avec lequel elle travaillait sur un projet pour exiger des condamnation plus sévères pour les paramilitaires des AUC démobilisés.
C'est peut-être suite à son expérience du kidnapping qu'elle a consacré les dernières années de sa carrière politique à la recherche d'un accord humanitaire qui permette l'échange de kidnappés contre des guérilleros emprisonnés par le pouvoir colombien.
Les positions critiques de Cordoba lui ont fait gagner la confiance des guérilleros des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'Armée de Libération Nationale (ELN).
Convaincue du levier important que pouvait représenter pour cet échange un acompagnement international, après des demandes en ce sens faites par des otages dans des vidéos reçues comme preuves de survie, elle a appelé en 2007 le président du Vénézuéla, Hugo Chavez, à l'accompagner comme médiateur, après avoir obtenu une autorisation du gouvernement colombien pour travailler de cette manière.
Chávez et Cordoba ont obtenu, dans le cadre de leur courte mission - interrompue très vite par l'administration d'Uribe sous prétexte que ces deux médiateurs auraient été imprudents dans le processus - que les FARC délivrent six séquestrés "échangeables" et envoyent des preuves de survie de plusieurs otages parmi lesquels l'ex candidate présidentielle Ingrid Betancourt, libérée l'année passée.
Au milieu de l'impasse colombo-vénézuélienne qui a suivi l'annulation du travail de médiation, le Ministère public colombien a ordonné de faire des recherches sur des liens supposés de Piedad Cordoba avec l'organisation partisane, décision que la sénatrice a qualifié de "campagne de discrédit pour l'effacer de la carte politique".
Malgré les critiques, les menaces et les insultes, Cordoue n'a pas abandonné son engagement à travailler pour l'échange humanitaire et pour trouver une issue politique négociée au conflit.
Son pari le plus récent, pour arriver à ce but, elle l'a fait avec le "groupe de Colombiens et Colombiennes pour la Paix", qui ont engagé depuis septembre de l'année passée un dialogue epistolaire avec la guérilla, pour rechercher la libération des kidnappés et amener la paix dans le pays.
Le fruit du travail de cette collectivité, composée de politiciens, de journalistes, d'académiciens, d'ex-otages et d'intellectuels a été, cette semaine, la libération unilatérale de six autres kidnappés, parmi lesquels trois policiers, un militaire, l'ex gouverneur du département du Meta Alan Jara et l'ex député de la Vallée du Cauca Sigifredo López.
Après avoir mené à bien cette mission de libération, Cordoba et le groupe "Colombiens pour la Paix" se sont donné pour but de continuer le travail à la recherche de l'échange de de 22 prisonniers en uniforme contre environ 500 insurgés emprisonnés, pour obtenir la liberté de 700 kidnappés "économiques" en pouvoir des FARC et également pour soutenir d'autres victimes du conflit interne.
Ce travail pour la paix lui a valu dêtre proposée pour le prix Nobel pour la Paix par Adolfo Pérez Esquivel, une reconnaissance que Cordoba a déclaré de ne pas mériter.
Aimée, haïe, interrogée, félicitée, accusée d'être jusqu'à la fiancée de Chávez, la sénatrice, la mère et la femme courageuse qui défend les minorités, est devenue le seul espoir des parents de plus de 3.000 otages qu'il y aurait en ce moment en Colombie, familles qui espèrent qu'elle va pouvoir mettre fin au cauchemar que souffrent ces victimes, certains d'entre eux depuis plus de 11 années.