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En Colombie, les défenseurs des victimes des paramilitaires se font assassiner

23/02/2009 - La Jornada

Dans tous les cas, l'élément commun est la protestation de paysans dépouillés de leurs terres

En Colombie, au moins 20 dirigeants de groupes de défense des victimes des paramilitaires d'extrême droite ont été assassinés au cours des dernières trois années, par des hommes non identifiés par les autorités, mais très probablement liés aux organisations armées qui ont, durant les années 80 et 90, dépouillé des paysans de leurs biens, dont ils prétendent maintenant garder la propriété, au moyen de nouveaux crimes et d'actions en marge de la loi.

Le signal d'alerte a été lancé par la Commission Nationale pour la Réparation et la Réconciliation (CNRR), un organisme créé par État colombien pour garantir l'application d'une législation qui a facilité la démobilisation d'organisations armées illégales, une loi connue sous le nom de "Justice et la Paix".

Les crimes contre les responsables des organisations de victimes de paramilitaires ont été commis dans la région de l'Urabá, dans le département d'Antioquia (Nord-Ouest), une des régions les plus touchées par le conflit armé interne au cours des années 90, selon un rapport de la CNRR, divulgué ce dimanche par le journal El Tiempo.

Dans tous les cas, l'élément commun est la protestation de paysans déplacés, dépouillés "par le feu et par le sang" de leurs bien par les groupes de paramilitaires, a indiqué le rapport de la CNRR, qui est présidé par l'Eduardo Pizarro, une autorité académique qui est responsable de s'assurer que la législation n'est pas détournée par les paramilitaires démobilisés.

Au moins 30 mille membres des paramilitaires de l'AUC (Auto-défenses Unies de Colombie) ont été démobilisés en 2007, dans le cadre de la loi Justice et Paix établie par le gouvernement du président Álvaro Uribe.

Cette loi  oblige les ex combattants accusés de crimes contre l'humanité à admettre leurs crimes et à rendre la totalité des biens illicites en guise de réparation pour les victimes, en échange d'une limitation à huit années maximum des  peines de prison qu'ils encourrent.

Les démobilisés utilisent des prête-nom

Selon Pizarro, président de la CNRR, beaucoup de démobilisés se sont organisés pour qu'en sortant de prison dans un délai maximal de huit années, ils puissent jouir de leurs biens acquis illégalement, en utilisant des prête-nom.

Pour cette raison, a indiqué Pizarro, chaque personne qui apparaît devant les autorités pour réclamer ce que beaucoup d'ex paramilitaires ont dissimulé, se transforme en menace potentielle et pourrait éventuelement les envoyer en prison pour 40 ans, et ils sont prêts à tout pour éviter ce risque.

Par conséquent, la CNRR craint que la violence contre les victimes s'intensifie, comme c'est le cas dans le département d'Antioquia, où on parle de 525 menacés, parmi lesquels 463 ont demandé une protection au gouvernement en 2008.

Outre la démobilisation des combattants paramilitaires, certains chefs de leurs organisations, comme Salvatore Mancuso, ont été extradés aux Etats-Unis.

Les déclarations des démobilisés ont donné lieu aussi à un scandale connu comme "la parapolitique", dans lequel des parlementaires et des fonctionnaires publics du gouvernement national et des gouvernemants régionaux se sont compromis avec des dirigeants paramilitaires. La parapolitique a aussi touché plusieurs chefs d'entreprise liés eux aussi aux paramilitaires

La démobilisation fait partie d'une politique plus vaste que le gouvernement d'Uribe nomme sécurité démocratique, politique qui est dénoncée non seulement par les secteurs de gauche en Colombie, mais aussi par des politiciens comme l'ex président César Gaviria, qui a déclaré récemment dans une entrevue publiée cette semaine dans El Tiempo:

"Le paramilitarisme n'a pas disparu, entre autres parce qu'il est un élément essentiel du trafic de drogues, et tant qu'en Colombie il y aura un trafic de drogues aussi important, il y aura du paramilitarisme. C'est un monde de propriétaires terriens, et ils le défendent par le sang et par le feu. Ils combattent pour leurs laboratoires de drogue, pour produire la coca et pour accumuler les richesse. C'est cela le paramilitarisme d'aujourd'hui. C'est une contre-réforme agraire terrible qui se déroule depuis des années sans que l'État fasse rien pour l'éviter. Le gouvernement paraîtrait au contraire plus intéressé à le légitimer."


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