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D'après les dernières informations diffusées par le gouverneur de Nariño, Antonio Navarro, ancien guérilléro et leader du Pôle Démocratique (opposition de gauche), les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) se seraient rendus il y a une semaine dans le village awa de Tortugaña Telembí et y auraient accusé plusieurs familles de collaborer avec l'armée déployée dans la zone : un jeune, qui a pu s'échapper du village, aurait raconté avoir vu les guérilléros torturer et tuer à l'arme blanche huit habitants au moins, dont trois enfants, neuf autres civils étant portés disparus.
À l'heure actuelle, a ajouté le gouverneur, il n'a pas été possible de gagner le village, situé à un jour et demi de marche de Barbacoas dans une zone boisée d'accès difficile du fait notamment de la présence de mines.
Tortugaña Telembí fait partie de l'Unité Indigène du Peuple Awa (Unipa), territoire officiellement "protégé" et englobant plusieurs communautés qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour rester étrangères au conflit armé, dans une région riche en plantations de coca où sont massivement présents rebelles, paramilitaires et soldats gouvernementaux.
Amnesty demande une enquête
Amnesty International a condamné aujourd’hui les homicides de 27 Awás dans le département de Nariño, dans le sud du pays, et exprimé sa profonde préoccupation au sujet des allégations selon lesquelles des membres de la communauté Awá ont commencé à fuir leurs foyers.
Selon l’Organisation nationale des indigènes de Colombie (ONIC), le 11 février, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont tué 10 Awás dans le département. Dix-sept autres avaient été tués auparavant, toujours à Nariño. Les FARC seraient également les auteurs de ces homicides. Un nombre inconnu d’Awás auraient également été enlevés.
S’ils sont prouvés, ces homicides constitueront un autre exemple tragique des nombreuses atteintes aux droit international humanitaire et aux droits humains commises contre les communautés indigènes par toutes les parties au conflit armé colombien, notamment les groupes de la guérilla, les paramilitaires et les forces de sécurité.Les homicides délibérés de civils sont un crime de guerre.
Amnesty International appelle les autorités colombiennes à ouvrir immédiatement une enquête indépendante sur ces homicides, à traduire les responsables de ces actes en justice, et à garantir la sécurité de la mission humanitaire qui souhaite se rendre dans la zone pour y vérifier les faits.
L’organisation appelle la guérilla à interdire les homicides délibérés de civils et à libérer tous les Awás et les autres civils qu’ils ont capturés.
Toutes les parties au conflit doivent respecter le droit à la vie des populations indigènes et des autres civils. Elles doivent également respecter leur droit de ne pas être impliqués dans le conflit.
Les évêques sont préoccupés
« Nous sommes très préoccupés pour les Awa, un peuple mal protégé qui a subi les vexations de groupes armés au cours des dernières années. C'est un peuple pacifique, qui revendique le respect de son organisation et essaie de récupérer ses traditions ; nous les accompagnons dans cette démarche et c'est pourquoi les derniers événements nous font beaucoup souffrir », a affirmé Mgr Gustavo Girón Higuita, évêque de Tumaco.
L'évêque évoquait le meurtre récent d'un nombre indéterminé d'indigènes Awa dans une zone rurale de Barbacoas (département méridional de Nariño), relevant de son diocèse.
« C'est un crime que tout le pays doit condamner », a précisé pour sa part Mgr Rubén Salazar Gómez, président de la Conférence épiscopale locale (Ceg).