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L'espoir descend dans la rue

06/02/2008 - Le Temps

Des centaines de milliers deColombiens ont défilé lundi dans la plupart des villes du pays et à l'étranger «contre les FARC». La manifestation record, organisée au départ par un groupe d'internautes, a paralysé les centres villes. La guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui détiendrait 700 otages dont une quarantaine de responsables politiques ou militaires comme Ingrid Betancourt, reçoit une gifle d'opinion sans précédent en quarante-trois ans d'existence.

• Tous les quotidiens colombiens, qui avaient pour la plupart appelé à manifester, consacrent leur une à la mobilisation, avec des photos et des commentaires dithyrambiques. L'affluence était du «jamais vu», titre El Tiempo, qui estime que «des millions» de manifestants ont convergé dans la seule capitale, Bogotá - le maire parle de 500 000. El Universal hasarde une estimation nationale de 3,8 millions de personnes, sur les 43 millions de Colombiens.

• Pour El Colombiano, c'est le «début d'une histoire»: après des années d'indolence ou de peur des paysans, le pays se levait hier en respirant «un autre air». «C'était une démonstration de force d'une nation excédée par la violence et désireuse de paix», conclut El País de Cali.

• Les FARC font évidemment les frais de la journée. Après des rassemblements aux allures de kermesse contre le trafic de drogue ou le kidnapping, ces vingt dernières années, «c'est la première fois qu'un seul des auteurs des violences est signalé clairement et condamné par la foule», souligne El Tiempo. Cet aspect est repris, à l'étranger, par les titres latino-américains, sous les images des marées blanches humaines. «Le monde a dit non aux FARC», rappelle ElComercio, qui fustige le «terrorisme déguisé en insurgence. «Prenez bonne note, Messieurs de la guérilla, insiste ElTiempo. Ces masses que ous évoquez dans vos communiqués ont clamé que l'enlèvement et les ravisseurs sont détestables.»

• L'apparente unanimité fait presque oublier les polémiques qui ont entouré la manifestation. Exploitant au départ un élan de solidarité avec les otages, dont des preuves de vie ont dévoilé les dures conditions de détention, elle s'est vite radicalisée autour d'un simple message anti-guérilla. «Le rassemblement ne visait pas une libération des séquestrés, analyse après coup El Universal. C'était juste pour dire que la paix doit se faire sans les FARC.»

• Cette optique radicale, hostile à des négociations, est encore problématique. «Beaucoup se demandent si la protestation n'était pas utilisée par le président Alvaro Uribe pour sa politique «à poigne» contre les rebelles, rappelle Portafolio, et si elle n'aurait pas plutôt dû condamner tous les groupes armés»: non seulement les FARC, mais aussi la guérilla, moins puissante, de l'Armée de libération nationale, et les escadrons paramilitaires d'extrême droite, officiellement démobilisés mais qui subsistent dans plusieurs régions. Voz, depuis la semaine dernière, dénonçait ainsi les «objectifs belliqueux et intolérants» des promoteurs. «Je ne participerai pas à cette marche», prévenait l'éditorialiste.

• Une autre controverse reste ouverte: ces manifestations serviront-elles à quelque chose? «Les FARC ont prouvé qu'elles étaient insensibles à l'opinion», reconnaît ElTiempo, tout en se demandant «ingénument» si l'annonce de la prochaine libération de trois nouveaux otages, faite à la veille des manifestations, ne visait pas à améliorer l'image de la guérilla. ElColombiano espère bien forcer la main des ravisseurs par une mobilisation continue: «Il faut continuer à travailler sans relâche jusqu'à ce que tous les otages retrouvent leurs foyers.»

Mais beaucoup restent sceptiques: «Aucune des marches espagnoles n'a poussé l'ETA d'un pouce vers le désarmement, rappelle Semana. Tout juste à provoquer des affrontements verbaux entre organisateurs.»


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