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Par Ernesto Montenegro et Carolina Cano, chercheurs en sciences sociales (*).
Pourquoi Alvaro Uribe veut polariser le débat autour des FARC ?
Alors que différents secteurs politiques de droite appelaient à une mobilisation générale contre les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), le président du Pôle démocratique alternatif (PDA), M. Carlos Gaviria, recevait des menaces de mort.
Depuis début janvier, les principaux mass media colombiens se faisaient l’écho d’un appel lancé par des internautes à travers Facebook, pour cette mobilisation « mondiale » qui devait avoir lieu le 4 février dernier. De nombreux secteurs ont relayé cet appel : le gouvernement a mobilisé son ministère des Affaires étrangères et le corps diplomatique au-delà des frontières. Le président M. Alvaro Uribe a insisté sur l’importance historique de cet événement. Les médias se sont mis au service des organisateurs officiels de la manifestation et même les paramilitaires (milices d’extrême droite) ont invité les Colombiens à y participer. Le message que le gouvernement a voulu véhiculer est celui de l’approfondissement du conflit via l’intervention militaire pour libérer les otages aux mains des FARC.
Mais il y a eu aussi un rassemblement alternatif, convoqué par le PDA, à Bogota et dans plusieurs villes du pays, avec d’autres organisations sociales et syndicales. Le but : exprimer le rejet de la guerre et des enlèvements et promouvoir un accord humanitaire. Cet effort a contribué à rompre l’unanimisme que le gouvernement entendait imposer et a condamné les crimes commis par tous les acteurs armés.
Le PDA, principale force politique d’opposition en Colombie, considère les différentes guérillas et principalement leurs actions à caractère terroriste, comme un des éléments de la situation dramatique du pays. Cependant, ce parti s’est toujours efforcé de montrer que les raisons structurelles du conflit sont la véritable racine du problème. La construction d’une paix durable n’est possible qu’avec des réformes visant à remédier aux énormes inégalités sociales et des garanties du droit des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation des crimes qu’elles ont subis.
D’autre part, les dirigeants du PDA ont dénoncé la connivence des groupes paramilitaires, responsables de milliers d’assassinats, avec de nombreux membres de la coalition d’Uribe. Depuis la fin de 2006, ces liens délictueux ont été rendus publics par la justice colombienne : ce scandale dit de la « parapolitique » ébranle la légitimité du gouvernement. Quarante-six hommes et femmes politiques dont plusieurs parlementaires font l’objet d’enquêtes judiciaires pour ce motif et seize ont été incarcérés. Un cas emblématique est celui de l’ancien chef du Département administratif de sécurité (DAS) - service de renseignements, directement rattaché à la présidence de la République -, M. Jorge Noguera, accusé d’avoir mis ce département au service des groupes paramilitaires et d’avoir détourné quelque 300 000 voix en faveur de M. Uribe lors des élections de mai 2002 qu’il a remportées.
La question politique semble tourner autour des FARC, comme si une fois disparues, tous les problèmes du pays pouvaient s’évaporer. Le gouvernement fait tout pour polariser la situation et présenter organisations des droits de l’homme, organisations sociales et syndicales et opposants politiques comme proches des FARC. Des accusations graves, qui ne sont pas sans rappeler l’expérience de l’Union patriotique (UP), parti de gauche constitué légalement qui a subi l’assassinat de plus de 3 000 de ses militants. Le PDA a réitéré son caractère démocratique. Il a établi dans ses statuts que l’utilisation des armes est contraire à ses méthodes et à ses objectifs. Le PDA rappelle que cette stratégie du gouvernement vise surtout à occulter les véritables problèmes pesant sur la société colombienne et continue de revendiquer la solution négociée comme la seule issue possible du conflit.
C’est dans ce contexte d’intolérance politique que nous devons situer les menaces visant le président du PDA et provenant de groupes d’extrême droite. Une intolérance dont l’accentuation ne peut que conduire la crise à empirer en Colombie.
(*) Membres du PDA France.