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La mère d'Ingrid Betancourt, ex candidate présidentielle kidnappée par les Farc depuis 2002, a participé au "chat" du journal El Pais
Yolanda Pulecio a répondu aux questions des participants, qui concernaient les opérations militaires de sauvetage pour les kidnappés, l'échange humanitaire, sa vision du conflit et des points chauds de l'actualité politique colombienne.
"Malheureusement il y a 3 ans et demi que je n'ai aucune preuve de vie d'Ingrid, mais je sais dans mon coeur qu'elle est vivante, bien que dans des conditions probablement très difficiles...
Je suis totalement opposée au sauvetage par les armes. Cela signifierait mettre en danger la vie de ma fille et celle de tous ceux qui sont avec elle...
Les paramilitaires sont les premiers à s'opposer à un échange humanitaire. Cela ne les arrange pas que, dans le futur, on entame un processus de paix avec leurs ennemis...
Nous avons fait tout ce qui était possible par la libération d'Ingrid, ici et à l'extérieur, mais l'entêtement d'Uribe et de la guérilla persistent...
Ingrid est devenue un symbole de la lutte par la liberté des kidnappés..."
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Lisez le chat complet :
Sucubo :
Avant tout je voudrais vous exprimer mon soutien, et je voudrais savoir si vous avez eu des nouvelles de votre fille
Yolanda Pulecio :
Malheureusement il y a trois ans et demi que je n'ai aucune preuve de vie d'Ingrid. mais je sais dans mon coeur qu'elle est vivante, bien que dans des conditions probablement très difficiles..
Carlos F :
Etes-vous d'accord avec un sauvetage militaire ?
Yolanda Pulecio :
Je suis totalement opposée au sauvetage par les armes. Cela signifierait mettre en danger la vie de ma fille et celle de tous ceux qui sont avec elle. Nous avons plusieurs exemples de ce qui arrive quand on essaye un sauvetage par la force. Avec cette option, le Président, condamne pratiquement à mort les kidnappés.
La verdad:
Je sais de source sûre qu'Ingrid est la maîtresse d'un chef de la guérilla et qu'elle a eu une fille avec lui. En outre, ce qui est très bien, c'est qu'il s'agit de l'idéologue politique des Farc. Qu'en pensez-vous?
Yolanda Pulecio :
J'ai entendu pendant les dernières cinq années au moins dix rumeurs de ce genre. Nous avons pu avoir la confirmation que Clara Rojas, sa compagne et candidate à la vice-présidence, qui a été kidnappée avec elle, a eu un bébé et je suis sûre qu'elle est très heureuse avec son enfant. Mais en ce qui concerne Ingrid je n'ai eu aucune confirmation de ce que vous dites.
Clara :
Beaucoup de Colombiens soutiennent l'Échange Humanitaire, mais considèrent qu'on devrait inclure dans cet échange tous les kidnappés et pas seulement quelques-uns en échange de centaines de guérilleros.
Yolanda Pulecio :
Non seulement nous demandons la liberté pour d'Ingrid mais aussi celle de tous les kidnappés; mais chaque parent vit sa douleur propre. Je n'ai jamais conduit une campagne seulement pour elle, cela a toujours été pour tous les kidnappés. Nous avons fait ce qui est humainement possible pour que les media et l'ominion publique soient sensibilisés à la tragédie du kidnapping.
Rod_alemania :
Si on accepte l'échange, c'est renforcer encore la pratique barbare du kidnapping.
Yolanda pulecio :
Ce qui vous me dites signifie qu'il faudrait sacrifier tous les kidnappés pour qu'il n'y ait plus dans le futur ? cela ne me paraît pas juste, parce que rien ne garantit que dans le futur on ne continue pas cette pratique. L'idéal est d'arriver à un accord de paix après leur libération.
Carlos F :
La vérité me parait pénible, de voir des gens honnêtes comme Ingrid retenue en captivité. J'ai eu la chance d'être présent lors de son dernier discours, qui a été donné en 2001 à l'Université Javeriana de Cali. Qu'est-ce qui vous donne la force de continuer ?
Yolanda Pulecio :
Dieu m'a aidée à supporter cela, et j'espère continuer avec toute mes forces jusqu'à ce que Ingrid soit libre.
Sucubo :
Pourquoi le Gouvernement ne veut-il pas accepter l'aide de la France pour la libération d'Ingrid ?
Yolanda Pulecio :
C'est quelque chose d'incroyable, parce que la France est un grand pays qui combat pour des valeurs fondamentales comme la liberté et la vie.
Clara :
Avez-vous analysé la possibilité qu'Ingrid se trouve à l'aise avec la guérilla en ce moment, et qu'elle soutienne peut-être en partie sa lutte armée ?
Yolanda Pulecio :
Ingrid est une personne très droite et intègre dans tous ses choix. Je respecte tout ce qu'elle pense.
La Verdad:
Pourquoi ne rendent-ils pas alors public le fait qu'elle se consacrerait à conseiller politiquement la guérilla ?
Yolanda Pulecio :
Qui sait cela avec certitude ? Sa lutte, c'était de combattre la corruption dans ce pays.
Carlos F :
Que pensez-vous des déclarations de l'ex ministre Araújo, quand il dit que grâce à Dieu et à l'Armée, il est maintenant libre ? Croyez-vous que c'est un bon exemple de l'efficacité des forces militaires, l'hypothèse de la libération de Fernando Araújo ?
Yolanda Pulecio :
C'est un miracle qu'il s'en soit sorti vivant. Sa vie a été mise gravement en danger. Nous savons qu'il s'est échappé du camp des Farc, cela n'a pas été réellement un sauvetage militaire. Il ne me semble pas que ce soit un exemple d'efficacité des Forces Militaires. Ce n'est pas l'armée qui est allée le chercher pour le sortir du campement où il était. Ils l'ont mis en danger de mort.
Clara:
Croyez-vous qu'existent des pressions de divers secteurs pour que l'Etat ne négocie pas l'Échange Humanitaire ? De plus, j'ai entendu des rumeurs selon lesquelles de grands chefs d'entreprise et une partie de la haute société n'accepteraient pas l'Échange humanitaire.
Yolanda Pulecio :
La pression vient des paramilitaires. Cela ne les arrange pas que, dans le futur, on entame un processus de paix avec leurs ennemis.
Diego José :
Les Colombiens honnêtes veulent voir Ingrid revenir dans le jeu politique. J'espère que le président acceptera un échange humanitaire rapidement.
Yolanda Pulecio :
Mille mercis, j'attends aussi cela. Nous avons fait tout ce qui était possible pour sa libération, ici et à l'extérieur, mais l'entêtement du Président et de la guérilla est terrible.
Freddy Parra:
La sagesse vient avec la souffrance. Nous sommes sûrs qu'une personne aussi intelligente et cultivée grandit, où qu'elle soit. Nous, les Colombiens honnêtes, nous dépassons les haines et nous souhaitons à Ingrid, à sa chère maman et à tous les kidnappés : libertad !
Yolanda Pulecio :
Indubitablement, avec la souffrance, je crois qu' Ingrid aura beaucoup mûri .
Loli :
Pourquoi rejetez-vous la faute sur le Président et non sur la guérilla ? Pourquoi tant de publicité en Europe, puisque votre fille est allée volontairement vers les Farc ?
Yolanda Pulecio :
S'il vous plaît, ne calomniez pas Ingrid. Quand elle est allée à San Vicente del Caguán, c'était pour soutenir celui qu'ils avaient choisi comme maire de cette commune, et qui appartenait à son groupe politique. Ce n'est pas de la publicité, c'est une simple question diplomatique. Ingrid et ses enfants sont des citoyens français.
Anyelina :
Je comprends votre position de mère, mais l'échange de kidnappés est la seule chose qui fait que la guérilla continue à kidnapper davantage de personnes dans le futur. Croyez-elle que ce soit la solution pour le pays ? Aimeriez-vous que d'autres mères passent par la même souffrance?
Yolanda Pulecio :
Et cela vous plait-il que je passe par tout ceci, sans voir de solution rapide ?
Benaranjo :
Ingrid était-elle avertie qu'elle allait être kidnappée ?
Yolanda Pulecio :
Elle n'a jamais pensé qu'ils la kidnapperaient, elle n'a reçu aucun avertissement.
Nosoyfuribista :
Croyez-elle que la Colombie d'après Uribe est prête pour une femme politique comme Ingrid ?
Yolanda Pulecio :
Je pense honnêtement que la première chose ce qu'Ingrid fera, ce sera d'aller voir ses enfants en France. Mais le futur, nous ne le connaissons pas. La séparation d'avec ses enfants lui pèse certainement beaucoup.
Juan Vasquez :
l'Union Européenne, en tant qu'institution, fait-elle suffisamment pour les kidnappés de Colombie ?
Yolanda Pulecio :
La France a un engagement total pour la libération de tous les kidnappés. l'Union Européenne a aussi démontré son soutien, mais l'accord humanitaire ce n'est pas eux qui peuvent le conclure, c'est une affaire entre la guérilla et le Gouvernement du président Uribe.
Nosoyfuribista :
Croyez-elle qu'Uribe ignore la neutralité suisse "historique" en demandant à ce pays de concevoir des stratégies militaires pour libérer les kidnappés "à sang et à feu" ?
Yolanda Pulecio :
Uribe sait que la France et la Suisse sont principalement préoccupées de défendre la vie et la liberté des kidnappés.
Rod_alemania :
Avez-vous parlé récemment avec Uribe, et que dit-il ?
Yolanda Pulecio :
La dernière fois que j'ai parlé avec lui, j'avais demandé le rendez-vous avec une année d'avance. J'ai demandé à nouveau un rendez-vous en novembre de l'année passée, mais n'ai eu aucune réponse.
Carlos F :
J'ai 24 ans et un fils de 10 mois. Je sais à quel point ce serait rerrible si mon fils disparaissait. Je suis avec vous dans votre calvaire. Je suis sûr que nous reverrons à nouveau Ingrid en liberté.
Yolanda Pulecio :
Mille merci, je souhaite tout le bonheur possible à votre enfant. Je souhaite que personne ne souffre du kidnapping d'un de ses fils.
Lucho :
Qu'est-il passé avec Juan Carlos Lecompte ? On ne l'entend plus parler d'Ingrid.
Yolanda Pulecio :
Je ne sais pas pourquoi les journalistes ne l'appellent pas.
Clair :
Croyez-elle que le scandale de la "parapolitique" affecte la possibilité d'un échange ?
Yolanda Pulecio :
Je crois qu'en effet il y a eu un impact. Mais si le Président obtenait l'accord humanitaire, ce serait un point positif pour lui.
Benaranjo :
Avez-elle essayé de vous regrouper avec les mères des autres kidnappés et d'aller dans la zone où a été kidnappée Ingrid, pour demander à rencontrer la guérilla ?
Yolanda Pulecio :
Oui, nous avons pensé aller à la rencontre de la guérilla. Mais on nous a dit que c'était dangereux.
Nosoyfuribista :
Qu'est-ce que vous croyez qu'Ingrid dirait du scandale de la "parapolítique" ?
Yolanda Pulecio :
Ingrid avait déjà des pressentiments de ce qui allait passer à ce sujet. Elle l'avait déclaré à San Vicente du Cagúan, dans la réunion des candidats à la présidence.
Nacho :
Le président demande de l'aide technologique pour le sauvetage militaire. Croyez-vous que ce qui manque pour libérer les kidnappés, ce n'est que la technologie ?
Yolanda Pulecio :
La seule chose qui manque, c'est plus d'humanité.
Cami :
A un certain moment, ont-ils exigé une rançon, ou avez-vous su dès le début que le kidnapping était à but uniquement politique ?
Yolanda Pulecio :
Ils n'ont jamais exigé de l'argent. J'ai bien envisagé cette hypothèse comme une possibilité, mais la guérilla n'accepte rien, les Farc demandent simplement un accord humanitaire.
Pipo :
L'accord humanitaire est-il la seule solution humainement possible ?
Yolanda Pulecio :
Oui. Par exemple, regardez l'exemple des deux ennemis presque irréconciliables que sont les Juifs et les Palestiniens. La Colombie a en outre signé la convention internationale humanitaire qui oblige les parties en conflit à humaniser la guerre.
Clair :
Mais si les Farc, en réalité, ne sont pas affaiblis, cet accord sera très difficile dans le court terme?
Yolanda Pulecio :
Que les Farc soient affaiblis ou non, c'est la même chose. L'accord humanitaire ne dépend pas de cela. C'est un problème à caractère strictement humanitaire et cela ne signifie pas la reddition de l'État.
Rod_alemania :
Avez-vous rencontré et discuté avec les parents des députés de Cali ?
Yolanda Pulecio :
Oui, je parle très souvent avec eux et nous travaillons ensemble.
Payasito :
Pourquoi croyez-vous que les accords de paix ont échoué?
Yolanda Pulecio :
Ils ont échoué par manque de volonté politique.
PaulaV :
Comme fille et comme mère, je ne parviens pas à imaginer tout ce par quoi vous êtes passée pendant ces années. De tout coeur nous sommes avec vous.
Yolanda Pulecio :
Merci beaucoup pour votre soutien et votre solidarité. Aidez-moi à demander à Dieu de faire un miracle.
Clara :
Votre théorie est démocratiquement acceptable, mais pour les délinquants des Farc, la peur et la pression sont les armes de base de leur stratégie.
Yolanda Pulecio :
L'accord humanitaire serait un début pour commencer un processus de paix à long terme, ce qui implique qu'au milieu du conflit on puisse libérer les kidnappés et les combattants. Mais le plus important pour que se termine la guerre, c'est qu'il y ait une justice sociale en Colombie.
Payasito :
Croyez-vous que pour délivrer les députés de la Vallée, il faille démilitariser Florida et Pradera?
Yolanda Pulecio :
Il n'y a aucun inconvénient à démilitariser ces deux bourgades, mais le Président ne le veut pas.
Julian :
Quand votre fille sera à nouveau libre, préféreriez-vous qu'elle quitte le pays, ou bien qu'elle continue sa lutte politique ?
Yolanda Pulecio :
Ce serait mieux qu'Ingrid s'éloigne pour un certain temps de la politique et puisse profiter de ses enfants.
Charly :
Trouvez-vous quelque chose de positif dans le kidnapping d'Ingrid ?
Yolanda Pulecio :
La seule chose de positif est qu'Ingrid est devenue le symbole de la lutte pour la liberté des kidnappés.
Gatoloko :
Très certainement, Madame. Nous tous, Colombiens, devons veiller sur votre fille, parce que le jour où ils la libéreront - espérons que ce soit le plus tôt possible - elle sera la pierre dans la chaussure de ce Gouvernement et, pour 2010, la solution dont la Colombie a besoin.
Yolanda Pulecio :
J'ai une peur terrible que lorsqu'elle sera libre, il y ait des personnes qui essayent de lui enlever la vie pour l'éliminer de la carte politique.
Yolanda Pulecio :
À tous mille et mille mercis. Je quitte ce chat en vous saluant de tout mon coeur, et en vous remerciant pour votre intérêt et votre solidarité envers ma famille et envers celle des milliers de familles qui, comme moi, vivent un calvaire.