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Dans Libération, Franklin Pérez, ex-otage des Farc, raconte ses trois ans de captivité :
Aujourd'hui encore, Franklin Pérez a du mal à trouver le sommeil. Des années après sa libération, les fantômes de sa captivité aux mains de la guérilla colombienne le poursuivent toujours dans sa petite maison de Bogotá, loin des jungles humides où il a perdu trois ans de sa vie. «Parfois, j'ai envie de repartir pour mourir au combat», lâche l'ancien soldat de 26 ans.
Mûrement planifiés. Le soldat venait de rejoindre un butin humain que les Farc allaient grossir au fil des années. D'autres captures de combattants allaient succéder à l'attaque de Miraflores, mais aussi des enlèvements de civils mûrement planifiés, comme celui du sénateur Jorge Gechem, capturé sur une route de campagne le 20 février 2002. Trois jours plus tard, sur une voie du sud du pays au coeur de la guerre, la candidate à la présidentielle d'alors Ingrid Betancourt et son bras droit, Clara Rojas, tombaient à leur tour sur un barrage guérillero.
Aussitôt après leur capture, Franklin et les autres soldats et policiers de Miraflores ont dû suivre les guérilleros dans leur fuite, «une corde au cou». Dans un pays grand comme deux fois la France, dont le Sud est couvert de jungle ou zébré de cordillères abruptes, les ravisseurs ont fait subir à leurs prisonniers des marches de plusieurs jours pour échapper aux recherches militaires. Aux déplacements succédaient de longues périodes d'inactivité, dans des cahutes entourées de barbelés, sous le couvert des arbres.
Fouilles rigoureuses. Pour tuer le temps, Franklin, illettré lors de sa capture, achève d'apprendre à lire et à écrire. D'autres dessinent ou sculptent, grâce à de minuscules outils ayant échappé aux fouilles rigoureuses des gardiens, ou trafiquent les rations délivrées au compte-gouttes. «Comme je ne fumais pas, j'étais riche», s'amuse le soldat. Chaque cigarette pouvait s'échanger contre du papier hygiénique, du savon... Pour ne pas devenir fou, au cours des longues journées «sans voir le soleil», Franklin s'adonnait aux pompes ou aux flexions. En cachette et parfois de nuit : il devait tromper la vigilance des guérilleros, qui surveillaient l'activité des otages pour éviter les tentatives d'évasion, réprimées sans pitié. Plusieurs fuyards, rattrapés, ont été abattus. «Nous sentions la menace de la mort tous les jours», se souvient l'ex-conscrit.
Autant qu'une balle ou une attaque aérienne aveugle de l'armée, les détenus craignaient aussi les maladies : diarrhées, leishmanioses, ou les crises de paludisme qui ont frappé Franklin à huit reprises. «Les Farc avaient des médicaments à chaque fois, j'ai eu de la chance», constate-t-il. Tous n'ont pas connu le même sort : un membre des Farc a fait parvenir, la semaine dernière, la nouvelle de la mort du capitaine Julián Guevara, capturé lors d'une attaque de garnison il y a sept ans, après «quatre jours d'une maladie soudaine».
Dans les rares lettres parvenues à sa famille, l'officier, comme Franklin, montrait sa lutte contre l'ennemi quotidien des otages : «la solitude», même au milieu des autres captifs. Orphelin, Pérez a attendu en vain une lettre de son cadet ou de ses oncles, ou un message personnel sur des émissions de radio consacrées aux otages. Quand la libération s'est enfin produite, en juillet 2001, il ne «reconnaissai[t] pas [sa] famille», dit-il. Les Farc avaient finalement accepté de le relâcher avec 358 autres soldats et policiers, contre 14 de leurs cadres emprisonnés. «Je n'arrivais pas à y croire. Nous allions redécouvrir la liberté, la ville...»
Dépressions et insomnies. C'est aujourd'hui un échange semblable que la guérilla exige : la libération de centaines de ses combattants, contre ses 59 otages, dont Ingrid Betancourt. Mais les Farc et le gouvernement n'ont même pas commencé à négocier. Et Franklin, l'ancien otage au regard perdu, toujours à la merci des dépressions et des insomnies, n'ose plus imaginer ce que ressentent ses compagnons captifs depuis parfois huit ans.