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Ingrid Betancourt, otage depuis 4 ans

20/02/2006 - France 2, La Croix

Des humoristes français ont lancé lundi à Paris une semaine de soutien à Ingrid Betancourt et aux otages en Colombie

Les humoristes Laurent Ruquier, Raphaël Mezrahi, Pierre Palmade, Anne Roumanoff ont notamment animé cette soirée baptisée "rires contre les larmes", en présence de 1.000 personnes dont l'ex-mari d'Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye, de leurs enfants Melanie et Lorenzo, et de sa soeur Astrid Betancourt.

"Pendant tout ce temps, nous avons appris à cohabiter avec la tristesse mais nous ne voulons pas perdre la joie de vivre, à l'instar du peuple colombien qui ne perd pas le sourire malgré ses souffrances", a commenté Astrid Betancourt.

A l'approche du quatrième anniversaire de détention de l'ancienne candidate des Verts à la présidence colombienne, le message du comité de soutien et de la famille est double:

- "Nous demandons en premier lieu que le gouvernement colombien ne recule pas et qu'il continue d'accepter" une proposition internationale d'échange humanitaire, a-t-elle expliqué.

- Secondo, "nous considérons que la réponse (des Farc) à cette proposition n'a pas été négative et qu'ils attendent les élections de mai avant de se prononcer", a poursuivi Astrid Betancourt.

Elle a, par ailleurs, lu un message reçu du ministre des Affaires étrangères Philippe Douste Blazy qui doit recevoir la famille d'Ingrid Betancourt cette semaine. "Vous savez que les autorités françaises, au plus haut niveau, ont réagi dès l'enlèvement de notre compatriote, le 23 février 2002 et n'ont pas cessé, depuis lors, de poursuivre leurs efforts", affirme le ministre qui s'est rendu en Colombie fin janvier. "Quant à moi, j'ai donné une priorité absolue à l'objectif de ramener Ingrid Betancourt parmi nous. J'y travaille sans relâche, comme à la libération des autres otages", évoquant le sort de la Franco-colombienne Aida Duvaltier, qui "vient de décéder après 7 ans d'une cruelle captivité" en Colombie.

Pour Ingrid Betancourt, la journée du jeudi 23 février marquera le début de sa cinquième année de détention. Elle bénéficie en France d'un soutien croissant. L'espoir d'un accord permettant la libération des otages détenus par les Farc en Colombie s'est amenuisé ces derniers temps

Pour le capitaine Julian Guevara, la guerre est terminée. La semaine dernière, sa famille a appris sa mort, après des mois d’incertitude. Ce policier était depuis sept ans et trois mois détenu par la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Il faisait partie des 58 otages qui, comme Ingrid Betancourt, attendent dans la jungle un accord d’échange humanitaire entre le gouvernement et les rebelles qui permettrait leur libération.

La mort du capitaine, victime d’une maladie qui l’aurait emporté en quatre jours, selon la guérilla, a rappelé au pays l’urgence d’une négociation. « Si sa disparition peut inciter les deux camps à s’entendre, elle n’aura pas été vaine », affirmait dimanche 19 février sa mère à Bogota.

Malheureusement, alors qu’Ingrid Betancourt devrait entamer jeudi 23 février sa cinquième année de détention, rien n’est moins sûr. Ni le gouvernement colombien, ni la guérilla des Farc, qui exige toujours que soient relâchés ses 500 combattants prisonniers, ne paraissent prêts à céder sur ce dossier.

L’annonce en décembre 2005 d’une possible démilitarisation de 180 km2 dans le sud-ouest du pays, acceptée par Bogota, qui jusqu’ici rejetait toute « zone de sécurité » exigée par les Farc, avait redonné espoir aux familles, avant que la réponse des rebelles ne tombe, tranchante. « Il est clair qu’avec Alvaro Uribe, il n’y aura pas d’échange humanitaire », faisait savoir le mouvement armé sur son site Internet au lendemain du Nouvel An.

L’année 2006 est une année électorale en Colombie. En mars, le pays élira son Assemblée et, en mai, son président. Un scrutin au cours duquel l’actuel chef d’État, Alvaro Uribe, briguera un second mandat, que la plupart des sondages lui donnent gagné d’avance.

L’effort de guerre, appuyé par Washington, coûte cher au pays

Dans ces conditions, la guérilla refusera sans doute de donner le moindre avantage à celui qui avait juré de « l’anéantir », lors de son arrivée au pouvoir il y a quatre ans. De son côté, le président veut, pour assurer sa réélection, des résultats militaires : la capture d’un chef rebelle, ou une victoire éclatante sur le terrain.

Conformément à ces consignes présidentielles, l’armée a mis les bouchées doubles. Dans le Sud, les troupes, engagées dans le « plan Patriote », pièce maîtresse de la stratégie de Bogota contre les rebelles, poursuivent l’état-major des Farc, et tentent de lui couper les vivres, en arrachant la coca qui les finance en partie.

Une vaste opération d’éradication est en cours dans le parc national de la Macarena, au milieu de combats qui ont coûté la vie à une quarantaine de policiers en deux mois. Plus à l’ouest, les canons pointent sur l’un des autres refuges du groupe armé : la cordillère des Andes, où se trouveraient certains des hommes forts des Farc. Enfin, sur la frontière avec l’Équateur, l’armée pourchasserait Raul Reyes, leur porte-parole, qui y aurait installé sa base.

L’effort de guerre, appuyé par Washington, coûte cher au pays. En hommes surtout : l’utilisation par les Farc de mines antipersonnel, semées sur près de la moitié du territoire, a freiné l’avancée des troupes. Quant au supposé « repli stratégique » des guérilleros, c’est de l’histoire ancienne.

Après avoir longtemps joué à cache-cache dans les montagnes, les rebelles répliquent à l’avancée des soldats, avec un armement modernisé. Dans le sud-ouest du pays, des campements entourés de tranchées équipées de lance-roquettes leur ont permis de soutenir, en avril dernier, l’une des plus grandes offensives lancées depuis le début du mandat d’Alvaro Uribe.

Rien n’a réellement été amorcé avec l’ELN

Autant d’éléments qui laissent penser que la guerre en Colombie est loin d’être finie, et que l’anéantissement promis par le président est une chimère. « Même si certaines routes de la guérilla ont été coupées, ces résultats ne sont pas proportionnels aux sacrifices fournis par le pays, explique l’expert militaire Alfredo Rangel. Capturer les chefs de la guérilla dans un terrain si vaste et si difficile est quasi impossible. »

Les opposants d’Alvaro Uribe estiment que seule une négociation de paix, qui pourrait débuter avec la libération des otages, permettrait au pays de sortir de quarante ans de conflit. Certes, le président a enclenché le démantèlement des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), troupes paramilitaires d’extrême droite, dont 20 000 combattants ont rendu les armes depuis 2003. Il tente aussi des approches, à Cuba, avec l’Armée de Libération Nationale (ELN), la deuxième guérilla du pays.

Mais, dans les deux cas, les critiques sont nombreuses. L’ONU a récemment reproché à l’État sa trop grande indulgence envers les escadrons paramilitaires, qui ont bénéficié durant deux décennies de la complaisance de l’armée pour éliminer leurs ennemis, souvent des civils, accusés de flirter avec les rebelles.

Et rien n’a réellement été amorcé avec l’ELN. « Les supposées avancées du président, que ce soit pour les otages, ou pour des discussions de paix sont pour la galerie, affirme l’ancien négociateur Alvaro Leyva, qui promeut l’idée d’un accord humanitaire. Le gouvernement ne veut pas reconnaître qu’il y a dans ce pays une guerre. Pourquoi négocierait-il avec des gens qu’il considère comme de vulgaires narcotrafiquants terroristes ? ».

Seule la pression internationale, notamment de la France et de la Suisse, très engagées en faveur d’un rapprochement entre les deux parties, et peut-être un sursaut de l’opinion colombienne, pourraient changer la donne


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