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Ingrid Betancourt, l'ancienne candidate des Verts à la présidence colombienne qui entame mercredi sa quatrième année dans la jungle colombienne otage de la guérilla, est une passionaria de la politique, connue pour ses coups d'éclat contre la corruption.
Pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2002, cette jolie femme de la bonne société colombienne aux allures d'adolescente, qui a fêté ses 43 ans en détention, distribuait du viagra aux passants, pour dénoncer "la dilapidation du pays".
De même elle a commencé sa carrière à la Chambre des représentants après avoir distribué dans les rues de la capitale des préservatifs, sous le slogan: "La corruption est le sida de notre société. Protégeons-nous!"
"Elle est inflexible et pouvait dire à un président: vous êtes un délinquant et un voleur", se souvient sa mère Yolanda Pulecio.
Ses camarades du lycée français de Bogota Louis Pasteur, la décrivent comme une élève brillante, ambitieuse, charismatique, un peu casse-cou et très séduisante. "Elle a toujours adoré la France et parle la langue de Molière sans le moindre accent", témoigne Liliane Estefan, une élève de sa classe devenue architecte. "Déjà adolescente, elle professait des idées de gauche", ajoute son amie.
"Elle est douée pour tout, la littérature, la peinture, la poésie", soutient sa maman se souvenant que le poète chilien Pablo Neruda à qui, à 8 ans, elle montrait ses poèmes, l'appelait "ma collègue".
Francophile, l'ancienne diplômée de Sciences-Politiques à Paris a été l'élève du ministre français de l'Intérieur, Dominique de Villepin, avec qui elle continuera à entretenir des relations d'amitié.
Mais la jeune femme, dont le père Gabriel fut ministre de l'Education puis ambassadeur auprès de l'Unesco, a aussi de nombreux ennemis en Colombie. Ses détracteurs dénoncent volontiers sa jeunesse tumultueuse, dont une liaison avec un personnage trouble, aujourd'hui proche des paramilitaires.
Plusieurs dirigeants politiques l'accusent d'être une activiste enflammée adepte des coups médiatiques, destinés à lui conférer une popularité dont elle manque en Colombie.
Malgré le séquestre de l'ancienne sénatrice, sa famille avait maintenu sa candidature à la présidentielle, où elle n'avait obtenu que 0,5% des voix.
Dans son livre "la rage au coeur", elle affirme avoir a été l'objet de menaces de mort et contrainte de se séparer à plusieurs reprises de ses deux enfants, Mélanie et Lorenzo, âgés de 19 et 16 ans, pour les mettre à l'abri à l'étranger, notamment auprès de leur père Fabrice Delloye, son premier mari.
Ingrid a été enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC - uérilla marxiste) le 23 février 2.002 près de Florencia, à 600 km au sud de Bogota. Elle tentait de se rendre dans l'ancien fief des FARC, une zone démilitarisée grande comme la Suisse (42.000 km2) après la rupture la veille du processus de paix de cette guérilla avec le pouvoir.
Là encore ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir écouté le président de l'époque Andres Pastrana qui lui avait demandé en vain de ne pas se rendre dans ce secteur contrôlé par les FARC, craignant un enlèvement. "Ingrid était parfois un peu têtue", admet sa mère.
"Elle a toujours été persuadée que rien, ni personne ne pouvait lui résister", indique une de ses amies de l'université.
Mais Ingrid, même face à l'adversité, ne manque ni de panache, ni de courage. En août 2003, dans une vidéo transmise par les guérilleros, amaigrie elle appelle à une intervention de l'armée pour la libérer et proclame son refus d'être échangée.