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Le sort enviable des déserteurs des FARC fait débat à Bogota

17/12/2008 - Le Monde, BBC Mundo

Wilson Bueno Largo, alias "Isaza", le guérillero colombien devenu célèbre pour avoir déserté avec un otage, est à Paris depuis le 10 décembre, après avoir touché un demi-million de dollars. A Bogota, ce cas fait débat, le président Alvaro Uribe ayant promis liberté et récompense à tous les guérilleros qui suivront l'exemple d'Isaza.

"J'envisage de prendre le maquis pour déserter et obtenir une bourse en France", ironise ainsi une étudiante, Paola Ruiz. L'ancien procureur Alfonso Gomez Mendez juge dangereuse une politique gouvernementale qui "fait savoir à la jeunesse que le crime paye bien". L'offre présidentielle s'adresse à tous les guérilleros, y compris aux sept membres du "secrétariat", la direction suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Nombre de chefs guérilleros ont été condamnés par contumace pour des crimes graves : assassinats, massacres, enlèvements.

Le haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo, a précisé, dimanche 14 décembre, que les guérilleros déserteurs et libérateurs d'otage bénéficieront d'une liberté conditionnelle, sans amnistie de leurs crimes.

"COÛTS PERVERS"

Amnesty International avait critiqué la proposition de M. Uribe, en rappelant qu'"il ne peut y avoir d'amnistie ou de pardon avant jugement pour des individus ayant violé les droits de l'homme ou le droit international humanitaire".

Selon M. Restrepo, l'appât d'une récompense s'est avéré efficace pour inciter les guérilleros à déserter. De source officielle, plus de 3 000 d'entre eux se sont livrés aux autorités cette année. En mars, un membre des FARC apportait aux autorités la main coupée de son chef Ivan Rios, qu'il venait d'assassiner pour toucher la récompense. D'aucuns évoquent les "coûts pervers" pour la société de l'incitation rémunérée à la désertion et à la délation.

"En promettant la liberté à des individus condamnés par la justice, le gouvernement fait peu de cas de la séparation des pouvoirs", souligne l'analyste Jorge Ivan Cuervo. M. Gomez Mendez rappelle pour sa part que "seul le Congrès est autorisé à voter une loi d'amnistie pour les délits politiques". Tous deux s'interrogent sur l'indépendance du parquet qui, le 9 décembre, acceptait de ne pas accuser Isaza d'enlèvement, afin de permettre son départ pour Paris, en compagnie de l'ancien otage Ingrid Betancourt.

M. Uribe a précisé que la situation des guérilleros qui s'échapperont en compagnie d'une de leurs victimes sera "à chaque fois assimilée à un échange humanitaire" : la liberté du guérillero contre celle de l'otage. Pour libérer leurs otages, les FARC, qui en détiennent encore une trentaine, exigent depuis des années un échange de prisonniers.

"Paradoxalement, Uribe s'est toujours opposé à la négociation d'un tel accord humanitaire avec les FARC, note M. Cuervo. Ce serait, à ses yeux, reconnaître à la guérilla une dimension politique. Il préfère tenter d'obtenir au cas par cas la libération des otages et parier qu'il va ainsi venir à bout des FARC." De l'avis des juristes, le pari est risqué.

Ce qui attend l'ex-guérillero Isaza à Paris

Selon El Tiempo, la justice colombienne a attendu la dernière minute pour donner son feu vert à la sortie du territoire de l'ancien guérillero, décidant finalement d'abandonner toutes poursuites à son encontre. "L'ancien guérillero, précise El Tiempo, a reçu du gouvernement colombien 1 milliard de pesos [335 000 euros], un visa d'étudiant et de travail accordé par le gouvernement français, en guise de remerciement pour avoir pris le risque de sauver le sénateur Oscar Lizcano, otage des FARC pendant sept ans." Le départ d'Isaza est aussi "un message fort" destiné à ses anciens compagnons, qui signifie que "cela vaut la peine de libérer les otages", souligne El Tiempo.

Que recevra Isaza à son arrivée ? se demande El Tiempo :

"1. Pour débuter sa nouvelle vie à Paris, l'ex-guérillero percevra une aide humanitaire de 3 000 euros, selon les déclarations du haut-commissaire colombien pour la Paix, Luis Carlos Restrepo.

2. Pour leurs dépenses mensuelles, Isaza et sa compagne recevront chacun 800 euros, versés soit par le gouvernement français, soit par le gouvernement colombien – la question n'est pas tranchée. Le gouvernement français contribuera à leurs frais de santé et d'éducation aussi longtemps que nécessaire.

3. Isaza est muni d'un billet aller-retour au cas où il aurait besoin de retourner en Colombie, que ce soit pour des raisons familiales ou judiciaires."


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