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La visite d'Ingrid Betancourt laisse les Colombiens perplexes

02/12/2008 - Le Monde, Radio Nederland, The Associated Press

Après une nuit sans sommeil, Ingrid Betancourt, "émerveillée", a vu l'aube se lever sur Bogota, dimanche 30 novembre. Cinq mois après sa libération, l'ancienne otage de la guérilla est revenue en Colombie pour une visite éclair de vingt-quatre heures. Déterminée à obtenir la liberté de ses compagnons d'infortune restés dans la jungle, Mme Betancourt a commencé une tournée qui doit la conduire dans huit capitales latino-américaines. Les familles des otages encore en captivité l'ont priée de se faire leur "ambassadrice" pour mobiliser la communauté internationale.

A sa descente d'avion, Ingrid Betancourt s'est longuement entretenue avec le président colombien, à qui elle a remis "une très belle lettre de Nicolas Sarkozy, qui exprime son respect et son affection à Alvaro Uribe, et qui confirme certains points sur lesquels la France souhaite s'engager". Un de ces points est "la recherche d'une solution négociée" au conflit colombien, a-t-elle précisé lors d'une conférence de presse dans les locaux de l'ambassade de France.

L'Elysée a confirmé son accord pour recevoir Wilson Bueno, alias "Isaza", le guérillero des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qui a déserté avec un otage, le 26 octobre. Mme Betancourt attache "beaucoup d'importance à ce geste". Elle sait que la venue en France d'un "terroriste repenti" va faire grincer des dents les Colombiens - à commencer par ceux qui se sont vu refuser un visa - et nombre de Français. "Si l'un de mes ravisseurs avait osé déserter pour me libérer, j'aurais voulu lui donner la terre entière, a-t-elle confié au Monde. Le courage d'"Isaza" doit être récompensé pour que d'autres guérilleros suivent son exemple."

L'ancienne candidate à la présidence ne souhaite pas revenir sur la scène électorale colombienne. Contre la politique "mesquine et corrompue", Mme Betancourt défend une "politique pour la nouvelle ère" basée sur "l'engagement désintéressé", "l'amour" et "la transparence". Elle regrette la polarisation qui règne dans son pays entre "ceux qui adulent Alvaro Uribe et ceux qui le haïssent". "Pourquoi ne pas reconnaître que le président fait certaines choses bien et exiger qu'il en améliore d'autres ?", dit-elle. Partisane de la négociation avec la guérilla, elle en appelle "à la générosité et à la créativité de tous" pour trouver une solution au drame des otages et ramener la paix en Colombie.

EN VOITURE BLINDÉE

Vendredi, des manifestations contre les enlèvements avaient eu lieu à Bogota et dans d'autres villes, à l'appel d'Ingrid Betancourt. Sa visite surprise, le lendemain, a suscité une certaine perplexité. Elle a expliqué que les organismes de sécurité français et colombien lui avaient déconseillé de participer à la manifestation, craignant que les FARC ne tentent "des actions de représailles" contre les otages libérés par l'armée. "Je veux bien qu'elle soit traumatisée, mais il ne faudrait pas qu'elle oublie que nous sommes 44 millions de Colombiens menacés, qui n'ont pas les moyens de vivre à Paris", chuchote un journaliste, agacé.

Mme Betancourt avait quitté la Colombie le 3 juillet, au lendemain de sa libération. Interrogée sur son mari, Juan Carlos Lecompte, resté à Bogota, elle a rappelé que la vie privée ne regardait pas les journalistes. "J'aime mon mari. Il est mon grand ami et sera toujours mon grand ami", a-t-elle toutefois précisé.

En voiture blindée et sous forte escorte policière, Mme Betancourt a pris, dès dimanche, le chemin de l'aéroport. Elle devait être reçue, lundi, par le président équatorien Rafael Correa.


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