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Pour réprimer les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le président colombien Alvaro Uribe a déployé d'importants moyens militaires et policiers. Mais si la guérilla a perdu le contrôle de certains territoires depuis quelques années, elle n'entend pas pour autant baisser les bras.
En octobre, le ministre de la Défense Juan Manuel Santos s'était rendu en hélicoptère à La Julia, bastion des FARC à 193km au sud de Bogota. Accompagné de quelques responsables de l'ambassade des Etats-Unis et de soldats américains lourdement armés, il avait alors affirmé que "la guérilla ne contrôlera plus jamais ce territoire".
Quelques semaines plus tard, une équipe de l'Associated Press a pourtant dû franchir des barrages de rebelles pour atteindre cette ville, d'où plusieurs centaines de personnes ont fui depuis l'arrivée des soldats et policiers. "C'est idiot de dire que le gouvernement a achevé la guérilla", souligne Gustavo Valencia, un maraîcher de 52 ans.
Malgré une aide de l'armée américaine de plus de quatre milliards de dollars (2,7 milliards d'euros), les troupes colombiennes ont du mal à réprimer les FARC. A La Julia, la déclaration de victoire du ministre de la Défense semble prématurée. La population fait ainsi preuve d'une méfiance, voire d'une hostilité, à l'égard des forces de l'ordre.
A partir des années 1960, la guérilla a contrôlé de nombreuses régions de Colombie négligées par le pouvoir central. Il y a moins de dix ans, elle lançait des attaques importantes contre des bases militaires et avaient même brièvement occupé une capitale provinciale, enlevant des policiers et des militaires.
Depuis l'arrivée au pouvoir d'Alvaro Uribe en 2002, le gouvernement a repris le contrôle de nombreux axes routiers, où la guérilla installait des barrages pour enlever des otages. Et les rebelles ont disparu de la région de Bogota. Parallèlement, le nombre de soldats professionnels a doublé en sept ans, atteignant les 80.000 hommes.
Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le "Plan Colombie" lancé à l'origine par le président américain Bill Clinton est passé de la lutte contre les stupéfiants au combat contre la guérilla. Les forces spéciales américaines ont formé des troupes d'élite et des conseillers américains ont été détachés auprès de divisions colombiennes.
Les Etats-Unis apportent également une source d'informations importante grâce aux images par satellite et à l'interception de communications, précise le commandant en chef de l'armée colombienne, le général Freddy Padilla. "Les forces armées colombiennes sont aujourd'hui prêtes à se rendre n'importe où dans le pays par surprise" et "avec précision", explique-t-il dans un entretien accordé à l'AP.
Ainsi, les FARC ne peuvent plus déplacer plusieurs centaines de combattants sans être repérés, selon Alfredo Rangel, principal expert militaire du pays. Et le moral des troupes a été renforcé après la mort de deux chefs rebelles, dont le patron d'une faction qui retenait en otage le ministre des Affaires étrangères Fernando Araujo. Enlevé il y a six ans, il s'est échappé le 1er janvier dernier.
Mais pour l'heure, les 14.000 guérilleros des FARC, dont la lutte est officiellement fondée sur des revendications paysannes, résistent. Contrairement à la plupart de ses voisins, la Colombie n'a jamais approuvé de réformes pour distribuer les terres de manière plus équitable. Et les FARC pourraient facilement résister à des attaques frontales, à moins qu'Uribe ne parvienne à capturer certains de ses dirigeants.
La Julia, qui fut pendant longtemps une plaque tournante de la cocaïne, est un important bastion des FARC, principalement en raison de son inaccessibilité. "Nous sommes les patrons ici", a lancé un guérillero armé d'une kalachnikov lors de la visite des reporters de l'Associated Press. "Nous ne voulons pas que les médias se rendent à La Julia et soient au service de la propagande de l'Etat", a-t-il ajouté à toutes fins utiles.