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Le contenu de la lettre désespérée de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, premier signe de vie depuis 2003, alimente l'inquiétude de sa famille qui a exhorté samedi les présidents français, vénézuélien et colombien à agir "avant qu'il ne soit trop tard".
La famille et les comités de soutien à Ingrid Betancourt ont dit "attendre beaucoup" d'un entretien téléphonique que le président français Nicolas Sarkozy devait avoir samedi, selon eux, avec son homologue colombien Alvaro Uribe.
M. Sarkozy a promis de "redoubler d'efforts" vendredi après la publication à Bogota de preuves de vie des otages retenus par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste), dont une vidéo et une lettre d'Ingrid Betancourt.
La famille a demandé la relance de la médiation menée par le président vénézuélien Hugo Chavez, interrompue avec fracas par M. Uribe le 22 novembre, mais seule capable, selon elle, d'aboutir à une libération des otages détenus par les FARC.
"Je suis persuadée que la seule personne qui peut dénouer tout ça c'est Chavez", a déclaré Astrid Betancourt, en soulignant qu'il y avait urgence à agir pour sa soeur.
L'ex-candidate à la présidentielle colombienne, enlevée en février 2002, apparaît sur une vidéo très amaigrie, immobile, le visage et les yeux baissés.
"Ici nous vivons comme des morts", raconte dans sa lettre à sa famille l'ex-candidate à la présidentielle colombienne, enlevée le 23 février 2002 par les FARC. "Je vais mal physiquement (...) J'ai l'appétit coupé, je perds mes cheveux en grandes quantités", dit l'otage dans une lettre de 12 pages adressée à sa mère Yolanda Pulecio.
Ce message est pour sa famille un "appel au secours déchirant" qui montre "l'urgence" à agir, soulignent les comités de soutien proche de la famille.
Passée la joie de savoir que leur mère est vivante, "ce qui domine chez Lorenzo et Mélanie (ses enfants) c'est l'inquiétude car c'est une lettre de femme qui est vraiment au bout du rouleau", a indiqué samedi Hervé Marro, porte-parole des comités de soutien à Ingrid Betancourt.
"Cette lettre redonne une existence aux otages qui avaient été déshumanisés. Nous demandons à tous les dirigeants de bien lire les messages d'Ingrid", a affirmé Hervé Marro en appelant à une "mobilisation internationale".
Le fils de Mme Betancourt, Lorenzo, a estimé que pour l'heure la balle était dans le camp de M. Uribe lequel, à chaque avancée vers une libération des otages met "des bâtons dans les roues".
"Il faut que le président Uribe comprenne que les otages se sentent seuls et qu'ils meurent de solitude et de désespoir", a-t-il dit, en espérant que M. Uribe accepte de relancer la médiation de M. Chavez avec les FARC.
"Si on ne fait pas tout pour qu'ils reviennent le plus vite possible à la maison, on va les perdre dans cette jungle", a renchéri sa soeur Mélanie.
Dans sa lettre, Ingrid Betancourt rend hommage à M. Chavez et à la sénatrice colombienne de gauche Piedad Cordoba qui ont mené la médiation entre les FARC et Bogota. "A Piedad et Chavez, toute, toute mon affection et mon admiration", écrit-elle.
Elle s'en remet aussi au président américain George Bush, proche de M. Uribe, et au président Nicolas Sarkozy qui "est sur le Méridien de l'Histoire". "Avec Chavez, le président Bush et la solidarité de tout un continent, nous pourrions assister à un miracle", espère-t-elle encore, ajoutant toutefois qu'avec les années, il lui est "difficile de continuer à croire".
Les FARC, en rébellion contre les autorités colombiennes depuis 1964, demandent notamment, dans le cadre d'un "accord humanitaire", la libération de 500 des leurs contre celle de 45 otages dits "politiques" dont Ingrid Betancourt et trois Américains.