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Clara Rojas, l'assistante d'Ingrid Betancourt, son fils Emmanuel et une troisième otage doivent être libérés prochainement par la guérilla. Portrait d'un enfant dont on ne sait presque rien, mais dont le sort émeut tout un pays.
C'est l'enfant de toutes les interrogations, de toutes les curiosités aussi. Mais depuis quelques jours, il est devenu l'enfant qu'attend toute la Colombie: Emmanuel doit avoir entre 3 et 4 ans. On ne sait presque rien de lui, si ce n'est qu'il est né d'une relation consentie durant la captivité de sa mère Clara Rojas, faite prisonnière par la guérilla des FARC en même temps qu'Ingrid Betancourt, le 23 février 2002.
Dans les heures qui viennent, sa mère et lui, ainsi qu'un troisième otage, doivent être rendus à la liberté, les FARC remerciant ainsi le président vénézuélien Hugo Chavez et la sénatrice colombienne Piedad Cordoba pour leur médiation humanitaire et politique. Alors, Emmanuel, enfant de l'amour malgré la guerre? Le journaliste colombien Jorge Enrique Botero, qui a eu connaissance de cette information dès 2004, mais ne l'a révélée qu'en avril 2006 après deux vérifications auprès des FARC, est toujours resté très prudent: Clara Rojas a souvent été vue en train de discuter avec un guérillero de base. Surtout, l'enfant n'est pas né d'un viol.
Sur Radio Caracol, Botero précise: «Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une grande histoire d'amour. Je ressens ceci comme le drame d'une personne qui s'implique dans la vie de son adversaire, en fait, comme l'épisode, tellement humain, d'un mélange de sentiments et d'instincts, et qui a dû être éphémère». C'est pour cela qu'il récuse toute interprétation facile par le «syndrome de Stockholm» selon lequel les victimes s'identifient parfois avec leur bourreau.
«Moitié à eux,moitié à nous»
Le père, sanctionné par les FARC, a été séparé de Clara durant la grossesse. Personne ne sait s'il est encore en vie. Une chose est sûre: la naissance de cet enfant dans des conditions extrêmes a été un événement inédit pour la guérilla elle-même. Pour Botero, en dépit de l'aide d'une femme médecin et d'une guérillera, «les conditions d'accouchement par césarienne en utilisant des instruments de cuisine tels qu'un couteau me semblent avoir été très risquées» au point que la survie de la mère et de l'enfant à cette épreuve est un vrai miracle.
Le nom du petit garçon, Emmanuel, n'a été connu qu'en mai de cette année, lorsque John Frank Pinchao, policier détenu depuis 1998 par les FARC, réussit à s'échapper et révèle les conditions de vie très précaires des otages. Il raconte que l'enfant est en bonne santé, que les guérilleros le gardent avec eux et s'occupent de lui durant de longues heures, ne lui laissant passer que peu de temps avec sa mère, ce qui attriste profondément celle-ci.
Il faut dire que dès sa naissance, Manuel Marulanda, chef des FARC a dit: «C'est une situation compliquée: pour la moitié, cet enfant est à eux [la famille], pour l'autre, il est à nous». Quand elle l'a appris, la grand-mère d'Emmanuel a immédiatement répondu: «Il n'y a pas d'«eux» et «nous». Nous sommes tous des Colombiens. Il n'y a aucune raison pour que mon petit-fils soit condamné depuis le jour de sa naissance à être victime de la guerre».