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Des photos de Betancourt dans la forêt, grâce au chanteur Renaud

25/12/2007 - Cyberpresse, Couleur France, Libération, El Universao, El Pais

Des milliers de photos d'Ingrid Betancourt, otage depuis 2002 des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie, marxistes), ont été lancées par avion lundi sur la forêt colombienne, grâce au soutien financier du chanteur français Renaud.

Le mari de Mme Betancourt, Juan Carlos Lecompte a indiqué à l'AFP avoir survolé, avec un petit avion de tourisme les départements de Vaupès,Guainie et Guaviare, pour diffuser les photos de son épouse et de ses enfants, dont elle ne connait pas le visage d'aujourd'hui.

Quelque 22 000 photos d'Ingrid Betancourt et de ses enfants ont ainsi été dispersées au dessus de la forêt amazonienne du sud de la Colombie, sur des petits villages indigènes.

«Comme dans les contes pour enfants, les fables, ils disent qu'Ingrid est à la frontière du Brésil, du Venezuela et de la Colombie. J'ai donc décidé de faire ce dernier voyage, j'espère que ce sera le dernier», a poursuivi M. Lecompte, en espérant que les photos soient reconnues par les habitants.

L'attente angoissée des familles des otages

La Colombie attend, mais les otages ne sont toujours pas rentrés chez eux. Il y a quelques jours, la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) avaient annoncé la prochaine libération unilatérale de trois des 45 otages qu’elle détient: Clara Rojas, l’amie et collaboratrice d’Ingrid Betancourt enlevée avec elle en 2002; son fils, Emmanuel, qu’elle a eu durant sa captivité avec un guérillero, il y a plus de trois ans; et la députée Consuelo Gonzalez, 57 ans, enlevée en 2001 et dont l’état de santé serait aujourd’hui très fragile.

Mais à Bogota ce week-end, les familles des otages n’en savaient pas plus sur cette prochaine libération. «Le gouvernement colombien me dit qu’il ne sait rien, confiait Clara Gonzalez de Rojas, la mère de Clara Rojas. Alors, j’attends. J’ai tout préparé au cas où il faudrait que je parte recevoir quelque part Clara et Emmanuel mais je ne sais pas où… Je ne sais pas quand.» Où? Ce devait être en principe au Venezuela, puisque cette libération devait être, selon les Farc, un «geste» envers le président de ce pays, Hugo Chavez, dont la guérilla se sent proche politiquement. Depuis août, Chavez a tenté de mener une médiation pour la libération des otages, avec l’accord du gouvernement colombien, jusqu’en novembre. Depuis lors, il insiste sur le dossier même si Bogota a fait savoir qu’elle ne souhaitait désormais plus «d’interventions extérieures» dans le dossier.

Samedi à Caracas, la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, très engagée dans la médiation aux côtés d’Hugo Chavez, affirmait ne pouvoir donner aucune indication de date pour la libération des otages: «La seule chose qui est sûre, c’est que les Farc vont les libérer. Mais je ne sais ni où, ni comment, ni quand, ni même si ça sera avant la fin de l’année». Pour livrer leurs otages, les Farc auraient, selon elle, «des problèmes de sécurité». «Il y a eu un précédent très négatif: ceux qui ont apporté les preuves de vie sont aujourd’hui en prison.» Référence à la capture de trois membres présumés des Farc, le 30 novembre en Colombie, qui étaient en possession de «preuves de vies», vidéos et lettres de 16 des 45 otages – dont Ingrid Betancourt. Avant d’être interceptés par les services colombiens ces messages, devaient à l’origine être livrés au Venezuela, à Hugo Chavez. Désormais, affirme Piedad Cordoba, «je suis moi-même menacée, mes déplacements sont suivis de très près», ce qui expliquerait les difficultés de l’opération de libération.

Deux jours plus tôt elle avait même dénoncé un «plan pour l’assassiner» sur ordre «d’un haut fonctionnaire colombien». Bogota lui avait demandé «un peu plus de prudence dans ses déclarations», suggérant qu’elle pouvait porter l’affaire devant la justice si elle avait suffisamment d’indices.

Quoi qu’il en soit, Hugo Chavez a lui aussi affirmé que les retards éventuels de la libération des trois otages étaient dûs à la mauvaise volonté de la Bogota. «C’est une opération délicate parce qu’il y a des groupes, en Colombie, dont certains proches du gouvernement qui vont tenter de la faire échouer.» Une accusation totalement rejetée à Bogota. «Nous faisons tous les efforts possibles pour que vous rentriez», a lancé le président Alvaro Uribe dans un message dirigé à «tous les otages». Quant à la libération «unilatérale» de trois d’entre eux, «elle est la bienvenue».

Hugo Chavez, lui, a indiqué qu’il n’en resterait pas là: «Nous allons continuer d’essayer de libérer le reste des otages et d’aller vers un processus de paix. Mais nous avons peu de moyens parce que le gouvernement colombien n’en a pas la volonté.»

A Paris, samedi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la cathédrale Notre-Dame en solidarité avec Ingrid Betancourt et les autres otages, déposant des bougies sur le parvis. Mélanie Delloye, la fille d’Ingrid Betancourt, a qualifié la libération imminente de trois otages de «geste de bonne volonté des Farc»: «A ce moment là il faudra aussi que le président colombien reconnaisse que la balle est dans son camp et que c’est à lui de faire un geste». On n’en est malheureusement pas encore là.


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