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Le gouvernement colombien a durci le ton lundi à l'égard des Farc, reprochant à la guérilla de "mentir", afin de retarder délibérement l'opération de récupération de trois otages, dont une réalisation rapide s'annonce de plus en plus incertaine.
"Nous avons donné toutes les garanties nécessaires, mais les Farc sont en train de mentir et de (nous) tromper", a accusé le Haut commissaire colombien à la paix, Luis Carlos Restrepo, dans un discours très offensif.
"Nous savons que cette guérilla ment et trompe en permanence. Cela fait quarante ans que nous avons affaire avec eux", a déclaré à la presse M. Restrepo depuis l'aéroport de Villavicencio, 100 kilomètres au sud-est de Bogota, sur lequel des hélicoptères attendent trois jours que les Farc fournissent un point de rencontre.
Selon l'émissaire de Bogota, "la responsabilité en incombe aux Farc qui n'ont donné, inexplicablement, aucune information au gouvernement vénézuélien alors qu'ils ont annoncé la remise des otages depuis plusieurs jours".
"Cela doit être bien clair, c'est ce groupe qui n'a pas donné l'information pertinente", a-t-il ajouté, soulignant ques les autorités colombiennes avaient apporté "toutes les garanties" pour le bon déroulement de l'opération.
La mission humanitaire, menée par le président du Venezuela Hugo Chavez sous l'égide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), est suspendue à la communication par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) d'un lieu de rendez-vous pour aller chercher les otages dans la forêt.
Le président colombien Alvaro Uribe, connu pour sa politique de fermeté envers la guérilla, a décidé d'interrompre ses vacances dans sa propriété familiale dans le nord du pays, pour se rendre dans la journée à Villavicencio.
Il devrait se réunir avec les délégués de cette mission internationale dans laquelle sont représentés cinq pays latino-américains ainsi que la France et la Suisse.
Un peu plus tôt, dans la matinée, le chef de la diplomatie vénézuélienne, Nicolas Maduro, avait débarqué à l'aéroport colombien et rejoint les émissaires étrangers, sans faire la moindre déclaration.
Immobilisée sur le tarmac, la caravane aéroportée, composée d'appareils du CICR, est au complet depuis dimanche soir, après l'arrivée de deux petits hélicoptères, plus maniables au-dessus de la jungle.
Le gouvernement colombien a accordé un nouveau délai de trois jours, à partir de lundi, pour l'utilisation de son espace aérien.
Les trois otages que la guérilla marxiste a promis de relâcher depuis le 18 décembre sont Clara Rojas, proche de l'ex-candidate à la présidence colombienne Ingrid Betancourt, son fils Emmanuel né en captivité, et l'ex-parlementaire Consuelo Gonzalez.
L'idée de leur retour pour fêter le réveillon du Nouvel An avec leurs familles, un objectif poursuivi à l'origine par M. Chavez, ne cesse de s'amenuiser.
Le président vénézuélien a déjà laissé planer un éventuel échec de la mission en cas d'important retard, mettant en garde la guérilla contre des opérations militaires de "harcèlement", une hypothèse rejetée par Bogota.
Le CICR a exhorté les Farc à fournir "au plus tôt" les coordonnées du lieu pour la remise de ses prisonniers.
"Avec toute la logistique, nous sommes prêts à partir à tout moment sur le terrain pour aller chercher les otages", avait lancé Barbara Hintermann, chef de la délégation du CICR, dimanche soir à Bogota.
La mission n'est pas sans risque, car elle doit se dérouler dans une zone de conflit entre la guérilla, l'armée régulière, qui y possède la base d'Apiay, et les groupes paramilitaires d'extrême droite, liés au pouvoir.
Le report de la libération des otages en Colombie alimente les spéculations
Difficultés logistiques ou stratégie délibérée: le retard pris dans la libération de trois otages des Farc se prête aux spéculations en Colombie, où les autorités ont accusé lundi la guérilla de "mentir" en refusant délibérément de donner un lieu de rendez-vous.
L'opération de récupération des otages dans la forêt colombienne a été maintes fois reportée depuis l'arrivée des premiers hélicoptères du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), immobilisés depuis trois jours sur l'aéroport de Villavicencio, à 100 km au sud-est de Bogota.
Le Haut commissaire colombien à la paix, Luis Carlos Restrepo, a reproché lundi aux Farc de "mentir", imputant à la guérilla le retard subi par l'opération de libération de trois de ses otages.
Le coordonnateur général de la mission, le Vénézuélien Ramon Rodriguez Chacin, auquel la guérilla doit fournir le lieu de rendez-vous pour la remise de ses prisonniers, a admis qu'il ne savait toujours pas "où est l'endroit".
Considéré comme le canal de communication entre la guérilla et Caracas, M. Chacin, désigné par le président vénézuélien Hugo Chavez, a souligné que la détermination du lieu de rendez-vous serait une tâche complexe.
"Ne perdons pas de vue (...) que le jour où nous aurons les coordonnées en Colombie, il pourra s'agir d'un héliport, et quand nous arriverons sur place, pour raison de sécurité, ils en fixeront un second ou un troisième", a averti M. Chacin.
"Peut-être dans le troisième aéroport, ils nous diront qu'il faut marcher pendant un kilomètre, ou 500 mètres. Ce sont des mesures de sécurité qui sont compréhensibles", a-t-il ajouté.
Selon M. Chacin, les "coordonnées" pourraient aussi bien s'avérer "être juste une adresse dans un village ou un hameau (...) et nécessiter des marches avec des haltes ou des traversées nocturnes".
Le président vénézuélien avait aussi mis en garde la guérilla marxiste contre de possibles "opérations de harcèlement", à travers l'"appareil technologique" des Etats-Unis au-dessus de la forêt colombienne, évoquant des avions espions. Une hypothèse écartée par Bogota.
A Paris, la Fédération internationale des Comités Ingrid Betancourt (FICIB) s'est dite inquiète de l'éventualité d'une "intervention militaire pendant le processus de libération des otages ou après".
"Pour sa propre sécurité, la guérilla ne va pas remettre les coordonnées tant qu'elle ne sera pas sûre des sites pour la libération", a estimé pour sa part l'ancien conseiller colombien pour la paix Lazaro Viveros.
Mais le retard de l'opération pourrait aussi correspondre à une stratégie déjà employée par les Farc.
"Nous savons que cette guérilla ment et trompe en permanence. Cela fait quarante ans que nous avons affaire à eux", a souligné M. Restrepo.
L'émissaire colombien a assuré qu'il n'y avait "pas eu de combats" et que les conditions météorologiques étaient "optimales" dans la région où la mission doit aller chercher les otages.
"Les organisations qui restent en confrontation avec l'Etat, comme les Farc ou l'ELN (Armée de libération nationale, seconde guérilla, du pays d'obédience guévariste), ont leur propre logique et leur propre gestion du temps", selon Ana Teresa Bernal, membre de la Commission nationale de réparation et de réconciliation, qui s'occupe des victimes du conflit colombien.
Un exemple récent est encore dans les mémoires. En septembre dernier, la guérilla avait attendu cinq jours pour remettre au CICR les cadavres de onze otages, des députés provinciaux, tués dans des circonstances controversées, éprouvant les nerfs des familles.
Barbara Hintermann, chef de la délégation du CICR en Colombie, a exhorté dimanche soir la guérilla à livrer cette fois "au plus tôt les coordonnées de l'endroit où se réalisera l'opération" pour la remise des trois otages.