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Nouvelle condamnation internationale de l'Etat colombien

07/12/2006 - El Espectador

Sept juges internationaux rendent la Colombie responsable de la crise humanitaire dans le sud-ouest de Bogota. Ils accusent aussi les USA et les multinationales de favoriser la violence.

Cazucá, uno de los sectores donde se registran los hechos más violentos en el suroccidente de Bogotá.

'Les crimes contre la population de Ciudad Bolivar et Cazucá, des bidonvilles situés au sud-ouest de Bogota, ne sont pas des crimes isolés, mais ils constituent un mode de violence lié à des intérêts économiques, politiques et militaires, nationaux et internationaux.'

Sur cette base, le Tribunal International Contre l'Impunité vient de condamner l'État colombien, blamant également les autorités locales de la capitale de la République et de Soacha (Cundinamarca), pour ne pas avoir fourni aux déplacés qui s'accumulent dans ces zones urbaines, l'infrastructure nécessaire pour y mener une vie digne.

Selon ce jugement, la Colombie est responsable de ne pas garantir les droits fondamentaux de ses citoyens, de ne pas sanctionner les auteurs de dizaines de crimes, et d'appliquer ses politiques socio-économiques en utilisant de manière excessive la Force Publique contre des secteurs vulnérables de la population civile. L'organisme a également dénoncé l'impunité dont jouissent les groupes paramilitaires qui opèrent dans ces deux localités.

Le Tribunal a déclaré coupables, non seulement l'État colombien, mais aussi la Communauté internationale et les entreprises transnationales des Etats-Unis, du Canada, de Belgique et de Suisse en Colombie. Il a également accusé les Etats-Unis de financer le plan Colombie et le plan Patriota qui, selon les juges internationaux, ont eu pour effet le déplacement forcé de la majorité des habitants de ces localités.

Dans un jugement de sept pages, le Tribunal impute à Washington la responsabilité d'avoir empêché une solution négociée au conflit armé, "en imposant aux groupes des insurgés la qualification de groupes terroristes, écartant ainsi toute solution non militaire au conflit."

Ces condamnations ont été étendues, non seulement à la Communauté internationale, mais aussi aux blocs Capital et Centauros (groupes paramilitaires), pour leurs crimes contre l'humanité, et pour avoir imposé un état de terreur contre la population civile.  

Les témoignages

La sentence du Tribunal a été formulée après avoir écouté 21 témoignages d'habitants et après avoir examiné les preuves qui ont été fournies pour des cas disparitions forcées, d'exécutions extrajudiciaires, de violations des normes du Droit International Humanitaire, de capture et de détention illégales, et de contrôle territorial par les paramilitaires.

L'organisme international, qui a siégé au Capitole National les 24 et 25 novembre derniers, a été convoqué par le Mouvement National des Victimes de Crimes d'État, la Commission des Droits Humains du Sénat de la République, les organisations sociales de Ciudad Bolivar et de Cazucá, et le Projet "Justicia y Vida", organisations qui ont dénoncé l'assassinat de quelque 600 personnes.

Bien que ce jugement soit symbolique et sans effet juridique, la sentence constitue une sanction morale et publique de nivau mondial contre l'État. Le tribunal était composé de huit juges : François Houtart (Belgique), comme président ; le père Javier Giraldo, vice-président ; Carmen Kardag, des Philippines ; Patricia Dahl (Etats-Unis) ; Alexis Ponce, (Équateur) ; James Deckard et Orlando Fals Borda. Le procureur était Christopher Ferguson (Suisse). On attendait la présence de représentants de l'État colombien, mais ils ne se sont pas présentés pour justifier la politique de "sécurité démocratique" du président Uribe et ses conséquences.

Ce n'est pas la première fois que la Colombie est sanctionné par ce tribunal. Il avait déjà été sanctionné pour les cas du bombardement de civils à Saint-Domingo de Tame (Arauca) et pour les massacres et disparitions de Barrancabermeja, Santander.


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