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4.000 femmes font un monument à la paix dans les rues de Bogota

12/12/2006 - El Tiempo

Pour célébrer le Jour des Droits Humains, elles ont mis leurs vêtements de deuil et elles formé une longue file de quatre kilomètres, pour rappeler les milliers d'assassinés et de kidnappés.

Avec des légendes qui clamaient : "Justice"', "Plus jamais" ou "La Vérité" ... et une croix de bois entre leurs mains, elles se sont rendues depuis la Place Bolivar jusqu'à la 72ème rue, et ensuite sur la 15ème jusqu'au parc de la 93ème, pour représenter d'une manière symbolique la douleur accumulée de milliers de colombiens à cause du conflit armé.

Les femmes avaient à leurs pieds une brique avec une affiche funèbre reprenant le nom de disparus et le lieu où on les avait vus - vivants - pour la dernière fois.

Il y avait des noms très connus, comme celui des candidats présidentiels Bernardo Jaramillo, Luis Carlos Galan et Carlos Pizarro ; des humanistes comme Héctor Abad Gómez, Alfredo Correa d'Andreis et Eduardo Umaña Mendoza, mais aussi des anonymes comme Bernardo Beltrán et Carlos Rodriguez (Palais de Justice, 1985) et Elena Martínez et Herlindo Perea (Bojayá, 2002).

Sans doute, ce long monument à la mort a causé le même effet chez tous les sportifs métropolitains, qui ont arrêté leurs bicyclettes ou leur marche pour lire les noms : tristesse...

Joaquin Pérez, spontanément, a éclaté en sanglots devant la brique de Bernardo Jaramillo Ossa, le chef de l'Union Patriotique, assassiné dans les années 90, et il a tracé un cercle, comme une offrande. En le faisant il a dit : "la vie est comme un cercle". Puis il est parti...

Anatilde Martínez, résidente de Ciudad Bolivar (un bidonville dans le sud de Bogota), a été harcelée de questions, car elle gardait la brique qui portait le nom de la candidate présidentielle Íngrid Betancourt, kidnappée en février 2002.

"Ils m'ont demandé si j'étais de sa famile. Je leur ai dis que je ne la connaissais pas, mais qu'il fallait prier pour qu'ils la libèrent", nous dit-elle.

Les non-identifiés et les anonymes

"Voir cette rangée de briques qui représente tant de gens qui ont disparu ou qui ont morts dans ce pays, cela donne froid dans le dos, et aussi la rage au coeur", nous dit Emiro Gómez, un passant, tandis qu'il expliquait à sa fille, avec des mots simples, le massacre de Mapiripán (Meta, 1997).

Durant cette journée on a aussi évoqué les morts de Trujillo (Vallée), des Montes de María (Bolivar), Urabá (Antioquia), Prado et Cajamarca (Tolima), parmi beaucoup d'autres.

Ana Clobis Bejarano, 66 ans, résident de Sierra Morena (dans le sud de Bogota) avait à ses pieds la brique de Jhon Fredy Betancourt, assassiné en novembre 2003, à Acevedo (Huila).

"Je ne l'ai jamais connu, mais nous qui sommes des mères, nous savons comment elles souffrent quand leurs fils ne reviennent pas", nous dit-elle pour justifier sa présence.

Iván Torres, directeur de la Fondation Rayuela et organisateur de la journée, déclare que cette action a été montée avec l'idée de la réconciliation, et pour donner à toutes les victimes de la violence, la même importance et la même attention.

"Nous tous les colombiens, nous avons la même clameur : nous voulons savoir la vérité et nous voulons la justice, mais ce que nous voulons surtout, c'est qu'on ait enfin la paix dans ce pays. On ne peut pas continuer à tuer ", a-t-il déclaré au début de la manifestation.

Les femmes sont restées sur leurs chaises jusqu'à midi passé. Ensuite, elles se sont divisées en deux groupes qui sont allés par la Septième rue (au sud) et la 15ème (au nord), pour arriver à la Place Bolivar et au parc de la 93ème, respectivement.

Là, on a tenu des discours pour les victimes et on a conclu la journée avec un concert.

'Il faut tous nous mettre en mouvement'

Au rythme des tambours elles ont parcouru la Septième rue, en répétant comme un slogan : 'Il faut tous nous mettre en mouvement".

Parmi les organisations qui ont participé à cette journée, on souligne la Garde Indigène du Cauca (Prix National de Paix 2004), les Femmes de l'Association des Travailleurs ruraux du Carare (Prix Nobel Alternatif de La Paz 1990), et les Mères de la Candelaria, de Medellín.

Il y avait aussi des délégations avec des hommes et des femmes de Soacha, Villavicencio, Port Berrío, Pereira, Ibagué, Barrancabermeja et Montagnes de María, entre autres villes.


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