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Grâce à une réforme de la Constitution qu'il a voulue et pilotée, le président colombien Álvaro Uribe se présentera à sa propre succession. Son investiture officielle, dimanche 27 novembre, par le parti conservateur pour le scrutin présidentiel de mai 2006 ouvre le débat électoral, qui portera essentiellement sur le bilan du président-candidat. Une première dans ce pays en crise profonde.
"Álvaro Uribe devra faire attention à ce qu'il dit et fait pour ne pas créer de contradiction entre sa fonction de président et sa position de candidat", avertit l'hebdomadaire Cambio. Car, "si l'opinion publique a passé outre les erreurs, les équivoques et les contradictions du président, elle observera avec davantage d'attention les faits et gestes du candidat", prévient la revue, qui s'amuse à rappeler qu'à l'époque de sa première candidature il s'opposait à toute réforme de la loi ouvrant la possibilité à un président de briguer un second mandat. Or une telle révision constitutionnelle vient d'avoir lieu, sous l'impulsion d'Uribe lui-même. La Cour constitutionnelle colombienne a définitivement avalisé la réforme fin octobre 2005. Et Álvaro Uribe, au pouvoir depuis 2002, pourra donc se présenter à l'élection présidentielle de mai 2006.
"A neuf mois de la conclusion de son mandat présidentiel, Álvaro Uribe revient dans l'arène politique. A partir de cette semaine, le chef de l'Etat doit agir comme un candidat et défendre son bilan dans le débat électoral", estime El Espectador. "A la différence des campagnes précédentes, dans lesquelles dominait la discussion sur des programmes qui restaient à concrétiser, cette fois-ci, tant pour le président-candidat que pour ses adversaires, la campagne sera centrée sur les avancées et les erreurs d'un gouvernement qui aspire à continuer à orienter l'avenir de la Colombie."
Par ailleurs, le quotidien colombien publie un éditorial qui s'oppose fermement à la réélection du président. "Le slogan principal du gouvernement Uribe, depuis la campagne électorale de 2002, est que la 'sécurité démocratique' va mettre en déroute la guérilla, cause, selon lui, de tous les maux du pays. A la tête du gouvernement en tant que représentant des ploutocrates et d'une nouvelle caste de propriétaires terriens, le président Uribe, qui a appuyé Bush lors de son invasion de l'Irak, va persister dans son travail de sape contre les travailleurs et le peuple colombien en général. Avec sa réélection probable, il continuera son bla-bla à nous en donner la nausée." Le quotidien colombien pointe les difficultés que connaît le président dans les négociations avec la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui détient toujours plus de 3 000 otages.
Le quotidien économique La Republica se réjouit pour sa part de la candidature d'Uribe. "Dans ce quotidien, nous soutenons cette nomination, qui devrait aussi recevoir un large soutien populaire et nous souhaitons un second mandat du président. Parce que, sous son administration, l'économie a été gérée de façon adéquate. La Colombie a déjà un taux de croissance de 5 % pour cette année. Divers indicateurs, comme le produit intérieur brut (PIB) ou l'emploi, sont des signes clairs de la relance économique. La politique de 'sécurité démocratique' a su restaurer l'ordre. De tels résultats positifs, que personne ne peut contester objectivement, confirment la nécessité de poursuivre le chemin tracé jusqu'à maintenant, tant en matière de sécurité qu'en politique économique. Nous considérons que le président Uribe est la meilleure option électorale, au-delà des partis. Il connaît les problèmes du pays, et il a démontré sa capacité à les gérer. Nous pensons que son engagement social est sincère, pas populiste, et qu'il possède suffisamment de leadership pour transformer ses rêves en réalités."
De son côté, le quotidien El Tiempo espère que "la campagne électorale sera intense et occasionnera une grande confrontation idéologique autour de la gestion et des propositions du président-candidat. Il serait bon pour le pays que le débat ne se réduise pas à des attaques personnelles et soit riche de propositions viables, qui répondent aux besoins d'un pays soumis à une profonde crise sociale."