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Dans la rubrique "Opinion" de El Tiempo, un texte de León Valencia :
C'est une coutume de demander aux acteurs de conflit, à l' époque de Noël, une cessation des hostilités.
Pour le Noël qui vient, le meilleur cadeau serait l'échange humanitaire. Le soulagement qu'en éprouveraient les familles qui souffrent en raison de la captivité de leurs êtres chers serait suffisante pour créer une atmosphère spéciale.
J'ai entendu le président Alvaro Uribe, lors d'une entrevue avec Darío Arizmendi, déclarer que le jour le plus triste de sa période de gouvernement avait été le 5 mai 2003, quand son ami l'ex ministre Gilberto Echeverri, le gouverneur Guillermo Gaviria et huit autres otages avaienyt été tués au cours de l'opération militaire qui prétendait les libérer des Farc. L'échange humanitaire est la meilleure manière de conjurer cette tristesse que je crois sincère.
Pour refuser l'échange on a élaboré et diffusé toutes sortes de mauvais arguments. Voixi les huit principaux, qu'il faut absolument démonter.
1. La carte principale que doit jouer le Gouvernement est l'opération militaire. Cette option a précisément été brulée ce pénible 5 mai. En ce jour malheureux, le Gouvernement et les Forces Militaires se sont lié les mains. Le risque de rater de la même manière de nouvelles opérations de sauvetage est très élevé et le coût politique d'une nouvelle tragédie est immense.
2. La démilitarisation d'une zone est un grand avantage militaire pour les Farc. Dans le pire des cas, c'est un avantage réversible en un délai très court. Il est militairement impossible qu'une zone démilitarisée s'étendant sur une ou deux communes, occupée par les Farc pendant une courte période, ne puisse pas être rapidement réinvestie par la force publique dans le cas hypothétique où la guérilla prétendrait s'y maintenir.
3. L'accord humanitaire peut démoraliser la force publique. Tout au long de ces trois années je me suis trouvé avec beaucoup d'officiers de haut rang et je leur ai demandé directement quel effet un échange de prisonniers aurait sur la troupe, et aucun d'entre eux ne pense que cela pourrait se produire. Au contraire, certains répondent qu'un tel acte d'humanité valoriserait les militaires.
4. Les guérilleros libérés renforceraient significativement la puissance de la guérilla. Je puis donner le témoignage du temps où je faisais partie de l'Eln : seuls approximativement 20 pour cent des militants qui sortaient de prison retournaient à des postes de combat dans la guérilla. Je crois que maintenant ce pourcentage sera encore plus petit parce que les guérillas ont perdu de leur base idéologique, et parce que la guerre que l'on mène est maintenant plus dure et plus dégradée.
5. L'échange est un risque politique très coûteux pour le Gouvernement et très bénéfique pour les Farc. Au contraire, refuser de le faire, en une seule fois et de manière rapide, donne aux Farc la possibilité de maintenir un dialogue permanent avec la Communauté internationale, avec l'Église et avec les dirigeants politiques et sociaux du pays.
6. En ce moment de lutte intense contre le terrorisme, la Communauté internationale ne verrait pas d'un bon oeil pareil échange. Il y a quelques années, le gouvernement israélien, à qui personne ne peut donner des leçons d'intransigeance et de dureté, a conclu un tel échange, totalement étrange et disproportionné : des centaines de prisonniers palestiniens contre les cadavres de quelques combattants israéliens; cet échange a été très bien accueilli dans l'opinion internationale. La politique des pays développés est de privilégier la négociation des otages quand il y a risque de mort et quand l'alternative militaire fait courir des risques de tragédie.
7. La société colombienne considérerait l'échange comme un acte de faiblesse d'un président auquel ils font précisément confiance pour son attitude décidée dans la lutte contre la guérilla. Les enquêtes disent le contraire. Jusqu'à 63 pour cent du public interrogé dans les sondages est favorable à l'échange humanitaire.
8. L'échange s'est transformé en une scène privilégiée où un grand nombre de médiateurs interviennent pour en tirer un bénéfice politique et cela embrouille l'action du Gouvernement. Il y a peut-être quelque chose de vrai, mais la cause en est justement qu'il n'y a pas eu une attitude décidée du Gouvernement pour s'engager dans un dialogue direct et au plus haut niveau, pour rechercher une issue rapide.