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Espoirs déçus pour les otages détenus par les Farc

29/12/2005 - Le Figaro, Libération, Nouvel Obs, Terra, Reuters

Entre déclaration contradictoires et espoirs déçus des familles des victimes, l'échange humanitaire entre otages des Farc et guérilleros emprisonnés continue de piétiner. Et malgré de récentes avancées, le sort des otages de la guérilla des Farc, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, semble encore loin d'être réglé.

Selon la presse colombienne, l'organisation marxiste aurait cependant invité les ambassadeurs de Suisse, de France, et d'Espagne à rencontrer ses porte-parole en janvier, quelque part dans la jungle colombienne. Jusqu'à la date de la réunion, imminente, aurait été fixée.

Une «concession» importante

Les Farc voudraient connaître de première main les détails d'une formule élaborée par ces trois pays pour rapprocher les parties, et déjà acceptée par le gouvernement du président de droite Alvaro Uribe. Mais mardi, à Bogota, si les ambassades des pays concernés se disaient prêtes à rencontrer les Farc, elles démentaient avoir programmé une telle réunion.

Depuis plusieurs années, malgré les tentatives de médiation de l'Église catholique, d'ex-présidents colombiens et d'intermédiaires européens, Bogota et les Farc n'ont pas encore franchi le stade des préliminaires : la définition d'un lieu de réunion pour commencer à discuter les termes de l'échange de prisonniers.

Un pas important a pourtant été fait le 13 décembre, quand le président de droite, Alvaro Uribe, a accepté une proposition formulée par Paris, Berne et Madrid : la création d'une zone démilitarisée de 180 km2 autour du hameau d'El Retiro (sud-ouest), placée sous contrôle du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de trente à quarante observateurs internationaux. Une «concession» importante de la part du chef de l'État, jusqu'alors hostile à toute enclave démilitarisée.

Mais les Farc réclament le retrait des troupes officielles d'un territoire bien plus étendu. Et la divulgation par le président Uribe de la proposition de la commission internationale a fait craindre que la guérilla ne réponde aussitôt par la négative. De nombreux observateurs ont d'ailleurs surtout vu dans le revirement présidentiel une manoeuvre électorale. Candidat à sa succession à la présidentielle de mai 2006 et englué dans de très controversées négociations avec les paramilitaires d'extrême droite, Alvaro Uribe gagne à se déclarer ouvert à l'échange humanitaire. «La balle est dans le camp des Farc», peut à présent déclarer son vice-président, Francisco Santos.

Selon une source diplomatique française, la prétendue invitation des Farc aux trois ambassadeurs européens n'est pas parvenue aux principaux intéressés autrement que par voie de presse. Il s'agirait davantage d'une rumeur journalistique. A l'ambassade de France à Bogota, l'optimisme est d'ailleurs très modéré. Voilà plus de trois ans que Paris doit naviguer à vue entre les manoeuvres de la guérilla et celles du gouvernement colombien. D'un côté, les Farc, peinées d'avoir été incluses dans la liste européenne des organisations terroristes, mettent à profit le drame des otages pour se redonner une légitimité politique tout en discréditant le gouvernement d'Alvaro Uribe. De l'autre, Bogota, intimement hostile à l'échange humanitaire et passablement agacé par les pressions de la France, ne fait un pas en avant qu'en pleine période électorale.

Dans les milieux concernés, on se prend cependant à espérer que si les guérilleros n'ont pas encore refusé la récente proposition de la commission internationale, c'est, peut-être, qu'ils sont en train de l'étudier. Pour l'heure, ce sont les armes qui continuent de parler, et une recrudescence des attaques rebelles contre les forces gouvernementales annonce une violente campagne présidentielle. Mardi encore, 24 soldats ont été tués lors d'un raid guérillero dans la région du Meta dans le Sud-Est.

Car pendant les négociations, les combats continuent. Vingt-huit militaires colombiens ont été tués, mardi, lors de violents affrontements dans les environs de Vista Hermosa, dans le centre-est du pays. Six soldats sont gravement blessés et un est porté disparu. Cinq guérilleros ont également été tués.

Deux cents membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont tendu une véritable embuscade à une colonne de 90 soldats qui revenait d'une opération d'éradication de plantation de coca dans le parc naturel de la Serrania de la Macarena. Cette région, d'accès difficile, est depuis longtemps une zone de forte activité de la guérilla. C'est également un centre important pour la culture de la coca. La production de coca a beaucoup augmenté en 2004 pour atteindre environ 3 500 kilos par mois, selon des sources militaires. Il a fallu l'intervention de l'aviation pour mettre fin aux échanges de tirs. Cette attaque est l'oeuvre des troupes d'élite des Farc, le «groupe oriental». «Dans les derniers jours, le bruit courait que la guérilla préparait une offensive», a déclaré au journal colombien El Tiempo le maire de Vista Hermosa, German Gaona. L'armée a interdit à la presse l'accès à l'hôpital de la ville et contrôle fermement l'accès à la région.

L'opération Emperador sans résultat

La zone où l'accrochage a eu lieu est largement minée, ce qui rend difficile la récupération des corps des tués. Le commandant de l'armée nationale, le général Carlos Ospina, a fait le déplacement pour coordonner les opérations de représailles.

Ces affrontements démontrent les difficultés que rencontrent les forces colombiennes pour reprendre le contrôle des zones où les rebelles sont les plus actifs. L'opération Emperador, lancée en mars dernier par le gouvernement colombien, n'a eu que peu de résultats sur le terrain. De larges zones du territoire restent sous le contrôle des Farc. Les affrontements d'hier laissent craindre une recrudescence des actions violentes des Farc au cours de l'année 2006 alors que doit se dérouler la campagne électorale pour la présidentielle au cours de laquelle le président Uribe devrait postuler pour un second mandat.


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