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A Bogota, les otages au coeur de la bataille présidentielle

03/12/2005 - Le Monde, Le Courrier International, L'Humanité

Le gouvernement a assuré, mercredi 30 novembre, que le président Alvaro Uribe ne violait pas la nouvelle législation électorale. C'est la première fois dans l'histoire de la Colombie qu'un président est candidat à sa propre succession. Avant d'être modifiée en 2004, la Constitution interdisait la réélection du chef de l'Etat. Depuis que M. Uribe a officialisé, dimanche, sa candidature pour l'élection présidentielle de mai 2006, sa présence médiatique est sous étroite surveillance. Le président sortant est crédité de 56 % des intentions de vote.

Dans l'opposition, le défaitisme règne. Ni le Parti libéral ni la gauche n'ont encore désigné leur candidat. Les deux petites formations de la gauche démocratique hésitent entre Antonio Navarro Wolf, un ex-guérillero assagi, et Carlos Gaviria, un ancien magistrat plus radical.

Une loi de garanties électorales, qui fixe les règles du jeu de la campagne, vient d'entrer en vigueur. Les médias jugent excessives ses exigences d'"équilibre de l'information", pour éviter que le candidat au pouvoir n'abuse de sa position. Radios et télévisions devront remettre un rapport hebdomadaire au Conseil national électoral. Le président du Conseil estime que "l'autorégulation des médias est la meilleure garantie d'équité". Pourtant, lundi, Radio Caracol interviewait le président Uribe pendant une heure et demie, le lendemain de l'annonce de sa candidature.

Elu en 2002 sur la promesse de pacifier la Colombie, M. Uribe doit sa popularité aux succès de sa politique sécuritaire. La guérilla d'extrême gauche s'est repliée loin des villes. Attentats et enlèvements ont diminué. Les négociations engagées avec les groupes paramilitaires d'extrême droite ont contribué à la réduction des indicateurs de violence.

Mais le conflit armé n'est pas réglé. La démobilisation inachevée des paramilitaires a révélé l'ampleur de leur pouvoir économique et politique en province. Aucun des grands chefs de la guérilla n'a été capturé. Dimanche, au nez et à la barbe de l'armée, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont enlevé 19 personnes — 14 d'entre elles ont été rapidement libérées. "Aucun accord sur les otages n'est possible tant qu'Uribe sera au pouvoir", a déclaré le porte-parole des FARC, Raul Reyes.

Lundi, la guérilla a fait parvenir une vidéo de six minutes aux proches d'Oscar Tulio Lizcano, enlevé il y a cinq ans et quatre mois, alors qu'il était député. M. Lizcano est le plus ancien des cinquante-neuf otages politiques détenus par les FARC. Assis entre deux guérilleras armées, il remercie la communauté internationale et l'Eglise catholique de leur action en faveur d'un "échange humanitaire" et supplie le gouvernement de négocier.

Cette vidéo est la première preuve de vie parvenue à la famille Lizcano en deux ans. Les proches de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt en attendent une depuis deux ans et demi.


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