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Syndicaliste au péril de sa vie en Colombie: Apecides Alviz ...

10/12/2004 - Le Courrier International

Trois gardes du corps, un prédécesseur assassiné: Apecides Alviz Fernandez est syndicaliste au péril de sa vie en Colombie, où 60 défenseurs des travailleurs ont été tués en 2004.

"Le plus grand problème c'est l'impunité qui règne dans mon pays. Sur 60 meurtres, on a identifié les couplables de trois seulement. Et l'enquête a conclu à l'implication de l'armée", rapporte M. Alviz Fernandez, en marge du congrès du mouvement syndical international qui se tient au Japon.

Trois militants syndicaux ont été assassinés en août dans la province d'Arauca, après avoir été "enlevés à leur domicile", rapporte-t-il, et les présumés coupables, qui appartiennent à l'armée, incarcérés.

Cet événement, qui a conduit la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) à dénoncer "la poursuite effrénée des atteintes aux droits syndicaux" en Colombie, alors que pour le gouvernement, "la situation s'améliore de façon notable depuis l'accession au pouvoir du président Uribe".

Combattus par le gouvernement, les syndicalistes colombiens sont aussi victimes des paramilitaires AUC (Autodefensas unidas de Colombia) et de la guérilla de gauche, les Farc, explique-t-il.

Deux vice-présidents de son syndicat ont été assassinés à la fin des années 80, ainsi que son prédécesseur, José Raquel Mercado, en 1977, et lui-même ne se déplace jamais sans trois gardes du corps, raconte posément M. Alviz Fernandez, 60 ans, qui préside la Confédération des travailleurs de Colombie, le plus ancien (1935) des cinq syndicats indépendants du pays.

La Colombie est régulièrement épinglée par la CISL, la première organisation syndicale mondiale, comme le pays le plus dangereux du monde pour l'exercice de la liberté syndicale.

Ce pays a pourtant ratifié les huit conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT), universellement reconnues, qui fondent les normes du travail.

Le mouvement syndical a demandé la constitution d'une commission d'enquête de l'OIT sur le respect de la liberté syndicale (convention n.87 qui date de en Colombie, mais en vain.

"Les employeurs, qui sont représentés à l'OIT, et les gouvernements s'y sont opposés, seuls quelques-uns, comme l'Afrique du Sud et la Norvège y étaient favorables", explique M. Alviz Fernandez.

Depuis une dizaine d'années, son syndicat, la CTC, défend, outre les salariés traditionnels, les travailleurs des secteurs informels (vendeurs ambulants notamment), qui représentent un quart de la population active, soit quatre millions de personnes, selon lui.

"Leur nombre augmente à cause du chômage", lequel atteint 25% selon lui (13% officiellement), explique M. Alviz Fernandez.

La CTC dénonce aussi les "contrats de groupe", qui ont surgi il y a trois ans et se sont généralisés: les travailleurs forment une coopérative, laquelle passe contrat avec les entreprises privées ou publiques: la rémunération est versée au chef du groupe, qui la redistribue.

L'employeur se dispense de verser cotisations sociales et congés, et la rétribution des travailleurs est nettement inférieure au salaire minimum, explique le syndicaliste.

"Nous voulons que ce système absurde, qui a cours partout, dans l'industrie sucrière, le commerce, les télécommunications, prenne fin", tranche-t-il.

"Il faut qu'il y ait une réflexion de la part des multinationales. La pauvreté est en train d'augmenter de façon intolérable, ça n'est bon ni pour nous ni pour eux. L'exploitation a des limites", conclut-il.


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