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Le Noël incomplet des enfants d'otages en Colombie

25/12/2004 - Le Courrier International, El Tiempo

Dans sa lettre au Père Noël, Johan, un enfant colombien de 7 ans, n'a pas demandé de recevoir des jouets, juste de connaître son père, l'un des deux plus anciens otages retenus en Colombie par la principale guérilla du pays depuis 1997.

"J'ai demandé au Père Noël que mon papa soit libre très bientôt et à la guérilla qu'elle me le rende, qu'elle libère tous les otages pour qu'ils soient avec leurs familles et regardent les lumières de Noël", dit Johan.

Le 21 décembre 1997, alors qu'il était sur le point de naître, son père, le caporal Libio Martinez, a été enlevé par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) à Patascoy, dans le département de Narino (sud).

Le visage de son père, il le connaît grâce aux photos que les FARC ont envoyées il y a deux ans pour prouver qu'il était encore en vie.

"Il me demande +Maman, où est mon papa? Pourquoi n'est-il pas avec nous?+. Pour moi il est très douloureux de devoir lui répondre: +Mon amour, papa est retenu en otage+", explique sa mère, Claudia Tulcan.

Johan est l'un des nombreux enfants d'otages ne connaissant leurs pères qu'à travers les photos ou les vidéos envoyés par les FARC qui, selon les autorités, détiennent 1.600 otages dans les jungles ou les montagnes du pays.

Daniela a 5 ans. Avec l'aide de sa mère, elle a écrit sa carte. De son écriture hésitante, elle a réclamé son papa et "aussi une Barbie".

Son père, Juan Carlos Narvaez, est l'un des 12 députés du département de Valle (sud-ouest) enlevés par les FARC le 11 avril 2002. Daniela le voit sur son écran de télévision.

"Elle avait trois ans quand ils ont enlevé Juan Carlos. Ses premiers souvenirs sont ceux d'un papa otage, qui lui envoie des messages à travers une vidéo. Elle voit les familles réunies pour Noël, préparant le dîner, les cadeaux, les vacances... nous on ne le fait pas", explique sa mère, Fabiola Perdomo, qui défend bec et ongles un échange humanitaire entre guérilleros emprisonnés et otages de la guérilla.

"L'enlèvement ne tue pas les personnes, mais il ne les laisse pas vivre non plus", dit-elle.

Il y a une semaine, le président Alvaro Uribe a lancé un ultimatum à la guérilla: il autorisera l'extradition aux Etats-Unis de "Simon Trinidad", l'un des responsables des FARC actuellement incarcéré si 63 otages des rebelles -- 59 Colombiens, trois Américains et un Allemand -- ne sont pas libérés avant le 30 décembre 2004. La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ancienne candidate pour les Verts à la présidence de la République détenue depuis près de trois ans, figure sur cette liste de 63 personnes séquestrées.

Kevin, 9 ans, dont le père policier enlevé il y a cinq ans est aussi sur la liste, se lasse de ces négociations qui n'en finissent pas entre gouvernement et guérilla pour aboutir à la libération d'otages

"Nous ne voulons pas que la guérilla joue avec nous, ni qu'Uribe soit réélu car mon père resterait quatre ans de plus dans la jungle", lance-t-il.


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