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Florence Thomas
MENSAJE PARA ELLAS Y ELLOS
En ces jours de nativité et à l’aube du nouvel an, je pense fréquemment à Ingrid Betancourt et à tous les autres otages, mais surtout à Ingrid, à la fois parce que j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec elle quelques semaines avant son enlèvement; à la fois parce que c’est une femme et cela me permet de m’interroger sur sa situation actuelle de colombienne privée de liberté; à la fois parce que, pour moi, elle représente un paradigme de toutes les personnes séquestrées.
C’est à travers elle que je peux penser à toutes et à tous.
C’est à travers elle que je peux m’interroger sur leurs vies et leurs rêves; c’est à travers elle que je me demande comment ils affrontent l’hiver, le froid et cette humidité qui transperce les os et l’âme.
C’est à travers elle que je me demande comment le corps répond aux privations, à un régime répété, aux maladies; comment survit l’esprit face à l’incertitude de chaque lendemain et aux jours d’un calendrier qui n’a ni décembre, ni nouvel an; comment résiste l’âme quand elle se sent abandonnée, quand elle ne reçoit pas d’échos de l’extérieur, voix d’humanité à travers le mur du silence aussi bien de la part d’un gouvernement sourd que d’une société civile qui semble baisser les bras –bien que ce ne soit pas certain parce que je sais le travail incessant de quelques organisations de femmes lié à un possible accord humanitaire-.
Et viennent les questions ? :
Quel est le parcours des fantasmes ou des rêves lorsqu’on est privé de liberté ?
Comment bat le coeur lorsqu’on n’a plus la possibilité de crier ou de se rebeller ?
Comment se répriment les envies de serrer dans ses bras les êtres chers ?
Comment s’apaisent ces désirs de sentir à nouveau le doux poids du corps de l’autre sur le sien, ces désirs de lentes caresses et de mots fous d’un amour qui guérit tout ?
Quelle saveur ont les larmes quand le sel de la vie les abandonne ?
Quelle couleur a la nuit quand grandit l’oubli des jours de liberté ?
Ingrid, femmes séquestrées, hommes séquestrés, résistez et rêvez parce que ce sont les seules armes que personne ne pourra jamais vous prendre, parce que, comme l’a dit Ernesto Sábato, la résistance est le lieu où habite l’espoir. Les femmes le savent, car la résistance leur a permis de survivre à 5000 ans d’esclavage. C’est cette résistance ancestrale que nous, les femmes, avons opposée à l’oppression que nous accorde aujourd’hui une autorité incontestable.
Femmes et hommes otages, ne cessez pas de résister et transformez la résistance et les rêves en source de votre respiration, en aliments du corps et de l’âme, et sachez que, malgré le silence qui vous entoure, nombreux d’entre nous sont à vos côtés, plus que jamais en ce mois de décembre, mois des embrassades, des rencontres, mois durant lequel nous voudrions envoyer la frénésie mercantile en enfer pour nous concentrer sur les dimensions réellement essentielles de la vie, telles que les rêves et la liberté.
* Coordinadora del grupo Mujer y Sociedad