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Alvaro Uribe pourra briguer un deuxième mandat

09/12/2004 - Le Figaro

Après le Libertador Simon Bolivar au XIXe siècle, Alvaro Uribe sera-t-il le deuxième président de l'histoire colombienne à exercer deux mandats successifs ? Le Parlement a réformé, la semaine dernière, la Constitution pour l'autoriser à briguer, dès 2006, un second mandat de quatre ans. Taillé sur mesure pour le président Uribe, le texte a été voté à une large majorité, au terme de plusieurs mois de débats. «Le Congrès a pris acte du désir de continuité du peuple colombien», se félicitait aussitôt le ministre de l'Intérieur et de la Justice, Sabas Pretelt. La réforme doit encore être entérinée par la Cour constitutionnelle, chargée de débusquer d'éventuels vices de procédure.

Traditionnellement, la plus vieille démocratie d'Amérique latine se méfie de la réélection présidentielle, considérée sous ces latitudes comme propice à l'éclosion des dictatures et expressément interdite par la Constitution progressiste de 1991. Mais depuis l'arrivée aux affaires d'Alvaro Uribe, en août 2002, l'idée que seul cet homme providentiel pourra mettre fin à quarante ans de guerre civile a, peu à peu, fait son chemin, et la réélection est devenue la priorité absolue de son gouvernement.

Les principaux arguments des partisans du président de droite : une popularité inédite et la baisse, selon les statistiques officielles, de la cadence des homicides et des enlèvements. Avec, en toile de fond, le sentiment largement répandu que, loin d'être défaite, la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) a opté pour la stratégie du repli et attend patiemment la fin de l'offensive militaire orchestrée par Alvaro Uribe.

L'opposition a eu beau dénoncer l'ajournement de réformes jusqu'alors présentées comme vitales et les intrigues clientélistes d'un président qui s'est forgé une majorité parlementaire à coups de postes en ambassades et autres faveurs politiques, la réélection semble aujourd'hui séduire une majorité de Colombiens. Outrée par ce «coup d'Etat institutionnel», la gauche met en garde contre les penchants autoritaires d'Uribe. Elle réclame des garanties pour exercer pleinement son droit à l'opposition et se cherche un candidat capable de l'emporter sur le très médiatique président.

Dans sa course à la réélection, le partisan de la mano dura contre les groupes «narcoterroristes» compte avec le soutien de son homologue américain. «Alvaro Uribe, es mi amigo», rappelait fin novembre George W. Bush à Carthagène, sur la côte caraïbe, lors d'une rencontre éclair. Le président américain a promis de demander au Congrès le renouvellement du plan Colombie de lutte antidrogue et antiguérilla, financé depuis 2000 par Washington à hauteur de 700 millions de dollars par an.

Selon le texte approuvé mardi, Alvaro Uribe ne pourra annoncer officiellement sa candidature que quatre mois avant le scrutin. D'ici là, sa popularité, qui commence à donner des premiers signes d'essoufflement, oscillera-t-elle toujours autour des 70% d'opinions favorables ? Deux Colombiens sur trois vivent dans la pauvreté, et la politique d'austérité économique du gouvernement ne devrait pas changer la donne à moyen terme. Mais paradoxalement, c'est surtout sur sa politique de paix que sera jugé, au printemps 2006, ce président chef de guerre. Le résultat des négociations avec les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite), dont 3 000 des 15 000 combattants devraient rendre les armes d'ici à la fin de l'année, sera un élément décisif. Uribe avait également promis de défaire militairement les Farc pour les forcer à négocier. L'objectif est loin d'être atteint. Les seules tractations pour la réalisation d'un «échange humanitaire» entre une soixantaine d'otages des rebelles et plusieurs centaines de guérilleros emprisonnés se bornent encore à un incessant va-et-vient d'exigences inconciliables.

Pour le Figaro à Bogota : Pascale Mariani et Roméo Langlois


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