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Marleny Orjuela: l'héroïne des séquestrés

20/04/2006 - Rumbo.com

Marleny Orjuela"Merde... ils vont nous massacrer... on ne va pas en sortir vivants !", s'écrie, désespéré, le sous-officier de la police antinarcotique Alexander Zambrano en ce matin du 3 août 1998.

Le batallón de Miraflores -- à quelque 400 milles au sud-est de Bogota -- vient d'être attaqué par 1.100 guérilleros des FARC. Cette offensive a laissé 35 morts, et 129 militaires et policiers ont été faits prisonniers.

Zambrano n'est pas mort mais il est tombé en pouvoir des FARC.

C'est le lendemain que Marleny Orjuela est informée de la tragédie. Depuis ce moment la vie de cette comptable, mère de deux fils, heureusement mariée et qui, comme beaucoup de colombiens concentrait tous ses efforts pour trouver un emploi, a changé complètement.

Comme une héroïne elle décide de se battre pour la libération de son cousin et d'exploiter la volonté et l'optimisme qui la caractérisent, pour regrouper autour de ce combat beaucoup de familles d'autres kidnappés.

"Deux jours après l'attaque, je me suis rendue au Guaviare où on m'a confirmé le kidnapping d'Alexander; puis je suis rentrée le 8 août à Bogota et avec autres parents, nous avons créé notre organisation ", dit-elle avec une voix ferme.

Depuis lors, Marleny dirige ASFAMIPAZ (Association colombienne des Parents Membres de la Force Publique détenus et libérés par les groupes partisans) afin de mieux faire entendre leurs voix dans une société qui leur a tourné le dos, comme elle nous le raconte avec des larmes dans les yeux.

"La tâche que nous avons entreprise est très difficile, elle est accompagnée de beaucoup de solitude. Dans ce pays il y a malheureusement des kidnappés de première et de seconde classe, et jusqu'à la dixième catégorie, comme c'est le cas pour les soldats et les policiers ", dit-elle entre deux sanglots.

En 1999 quand s'est ouvert le processus de paix entre le gouvernement d'Andres Pastrana et les FARC, Marleny voyage vers  la " zone de distension" et demande à parler avec les chefs des rebelles.

Il ne reçoit une réponse que 10 mois après. Manuel Marulanda, le chef de la guérilla la plus puissante d'Amérique latine, lui fait alors savoir qu'il veut lui parler.

Marleny obtient d'être interviewée avec le guérillero septuagénaire, qui la reconnaît en tant que porte-parole des parents de policiers et de soldats kidnappés.

Marulanda ne lui fait aucune promesse. Marleny demande et redemande des concessions qui se heurtent à un mur, explique-t-elle.

À la fin de cette "rencontre historique", Marulanda offre à Marleny la possibilité de visiter les kidnappés au coeur de la forêt.

En septembre 2000 Marleny se rend donc au coeur de la zone en guerre, dans des territoires inhospitaliers et insalubres, où le soleil ne perce jamais l'épaisseur du feuillage.

"L'angoisse qui m'a prise sur le chemin, cela a été de penser que je n'étais pas médecin, et que je risquais de voir une grande quantité de kidnappés malades sans pouvoir les aider. Et c'est bien ce que j'ai trouvé : 250 policiers et soldats, dont certains souffraient du paludisme ", raconte-t-elle avec une voix calmée.

Elle continue sa lutte comme un "grande marche". Le processus de paix se négocie avec de grandes difficultés, jusqu'en juin 2001, jour où les FARC libèrent 304 membres de la force publique.

La libération d'Alexander

Alexander est parmi les privilégiés qui recouvrent la liberté. Marleny en pleure d'émotion et rend grâce à Dieu de pouvoir revoir son cousin en vie.

47 officiers et sous-officiers n'ont pas la même chance, mais la voix de Marleny est un beaume pour leurs parents. "Depuis le moment où j'ai créé cette organisation, j'ai dit aux familles que je ne m'arrêterais que lorsque le dernier serait libéré, qu'il soit ou non de ma famille".

Elle continue ses efforts avec énergie et leadership. Mais le processus de paix s'arrête en février 2002, et arrive alors au pouvoir Álvaro Uribe avec un programme de "main dure" envers la guérilla, ce qui limite les espoirs de libération pour ceux qui sont en train de "pourrir dans la forêt".

La stratégie de Marleny change alors. Depuis lors, chaque mardi, avec les autres parents de kidnappés, elle manifeste devant le Congrès et devant le Palais présidentiel.

D'une seule voix et avec un mégaphone ils crient avec rage : "Ils les ont capturés vivants, nous voulons qu'ils reviennent vivants" ; "Nous sommes peu aujourd'hui, nous serons beaucoup demain " ; "Nous ne sommes pas beaucoup, mais on tiendra bon".

Marleny interrompt les harangues pour nous confier : "Bien que nous ayons un Président qui a le coeur tellement dur, nous gardons l'espoir qu'Uribe signera finalement l'accord humanitaire qui rendra la liberté aux kidnappés ; je crois que cela se produira avant deux ans ".

Margarita Sánchez, dont le frère est détenu par les FARC depuis sept ans, nous parle de Marleny avec le visage couvert de larmes : "Je l'admire énormément, c'est une femme très honnête et très engagée. Sa plus grande qualité, c'est la solidarité dont elle fait preuve, dans un pays où règnent l'immobilisme et le désintérêt envers les kidnappés".


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